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Portail de données numériques agricoles : une mise en place estimée à trois ans

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Le président de l’Irstea Jean-Marc Bournigal vient de livrer son rapport sur la mise en place d’un portail de données agricoles publiques et privées. Cette mise en place pourrait durer trois ans et mobiliser un investissement de 4,8 à 5,4 millions d’euros. Il plaide pour la création d’un consortium composé d’acteurs économiques du monde agricole.

Dans son rapport sur le projet de « Ag gate : portail de données pour l’innovation en agriculture » remis le 10 janvier, Jean-Marc Bournigal (président de l’Irstea) estime le temps nécessaire à la mise en place d’un tel portail à trois ans, « avec une première phase de construction (12-15 mois) et une phase de lancement (21-24 mois) ». Le projet consiste principalement à mettre à disposition des données publiques et privées agricoles (parcellaire, occupation du sol, météorologie, topographie IGN…) sur une même interface.
L’auteur estime « essentiel que ce projet soit porté par un consortium des quelques acteurs économiques du monde agricole ». Il imagine également la mise en place d’un « comité d’orientation stratégique » qui intégrera notamment les syndicats agricoles. Ce projet nécessiterait un investissement de 4,8 à 5,4M€ – l’auteur évoque la possibilité de faire reconnaître l’outil comme « pôle d’innovation » si aucune grande entreprise ne détient plus de 25 % du capital.

Conserver la maîtrise des données agricoles

Pour Jean-Marc Bournigal, ce projet doit répondre à la menace d’une « concentration (des données agricoles) dans les mains de quelques acteurs ». Il s’agirait de construire une « alternative dans laquelle la profession agricole reste maître des données qu’elle produit, et qui facilite leur valorisation, via un schéma d’innovation ouverte à de multiples acteurs». Autrement dit, d'une stratégie qui «permet d’opposer à la puissance de grands opérateurs la multiplicité et l’agilité de petites sociétés dans un écosystème dans lequel concurrence et synergies seront  favorisées».
En somme, le but, pour le gouvernement, est de constituer, avec les agriculteurs, une masse de données suffisament riche et précise, pour qu'elle devienne demain celle qui sera utilisée pour la fourniture de services numériques. Elle doit également permettre la création de start-up, à qui les données seraient plus facilement accessibles.

Une  «fédération» de base de données

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Le service principal apporté par le portail sera un « guichet unique » permettant d'accèder à des bases de données (une soixantaine identifiées à ce jour), bien que celles-ci resteraient stockées sur les plateformes de leurs propriétaires. Ce guichet assurera « l'inventaire, le référencement, la recherche, et le croisement  des données ». Ces données seraient ouvertes « sous conditions, par exemple avec des licences spécifiques ou contre rétribution ». D'autres fonctions pourraient être ajoutées : un « magasin numérique », où l'on trouverait des outils simples, de traitement ou de présentation des données. Un « cloud  agriculteurs » pour héberger les données professionnelles des agriculteurs. Un « espace d'échanges » entre acteurs de la profession agricole pour « partager expériences, savoir-faire, idées, etc. et pour créer une dynamique d'innovation ». Et une « vitrine d'outils d'aides à la décision », présentant les services sur le marché, et permettant leur évaluation par ses utilisateurs.

Une délégation numérique au ministère de l'Agriculture

Suite à la remise du rapport de Jean-Marc Bournigal, le ministère de l'Agriculture a annoncé dans un communiqué le 10 janvier la création d'une délégation ministérielle au numérique au sein du ministère de l'Agriculture. Son objectif sera « d’organiser la mise en accessibilité des données publiques du ministère et d’accompagner la profession dans la mise en place d’un portail de partage de données ». Cette délégation travaillera en partenariat avec « le secrétariat d’Etat au numérique et à l’innovation et le secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur et à la recherche ». Le ministère a par ailleurs annoncé que le rapport sera présenté à la profession lors d'une réunion du conseil supérieur d'orientation de l'économie agricole.