Volatilité, stratégie de filière, contractualisation, place des organisations de producteurs, grandes fermes laitières, anticipation des crises… un rapport sur la situation du secteur laitier post-quota, examiné le 25 juin à la commission des affaires européennes du Sénat, aborde tous les sujets qui sont au cœur des discussions dans la filière laitière.
« Avancer ensemble... c'est sans doute l'une des clefs de la réussite de la filière pour les prochaines années » : telle est l'une des conclusions du rapport sur la situation du secteur laitier post-quota, examiné le 25 juin à la Commission des affaires européennes du Sénat. Une conclusion d'actualité dans un contexte où le président de l'interprofession, Thierry Roquefeuil, a claqué la porte de l'interprofession. Présenté par Claude Haut (Socialiste et Républicain – Vaucluse) et Michel Raison (Les Républicains – Haute-Saône), ce rapport au ton parfois incisif aborde tous les sujets qui « fâchent ». Il met ainsi le doigt sur le manque de stratégie de la filière française, une stratégie décrite comme « passablement confuse » et « absolument pas à la hauteur des défis du moment ». « Les Français ne semblent pas être dans une stratégie de développement, encore moins dans une posture de conquête. […] On touche là un problème de fond. Il y a des pays qui ont une stratégie. L'Allemagne, de toute évidence, a une stratégie : être compétitive dans la compétition mondiale. Tout est orienté vers ce but unique. Le cap est fixé. Face à cela, la France présente un catalogue où rien ne manque : l'aménagement de territoires, le maintien des exploitations et des laiteries partout en France, les marges des entreprises, les revenus des producteurs, la per-formance économique, la performance écologique, le calendrier des produits, l'exportation, l'innovation, les relations contractuelles, la volatilité des prix et du marché… Il ne manque plus que le paysage et la lutte contre le changement climatique pour que le catalogue soit complet, consensuel, et, en réalité… vain. Il y a tout. Autrement dit, il n'y a rien », observent les rapporteurs.
Une France très en retrait sur les marchés mondiaux du lait
Pourtant cette filière a des atouts indéniables, surtout aux yeux de nos concurrents. « Ce qui frappe le plus dans ces quelques mois d'investigation, c'est cette impression de pessimisme ambiant, le regret d'une situation révolue, la crainte des concurrences, l'impression d'une inadaptation, l'absence de perspective claire et, plus que tout, le sentiment diffus de ne pas savoir où aller. Une situation simplement invraisemblable aux yeux de nos principaux compétiteurs qui mettent en avant les formidables atouts français », est-il écrit dans le rapport. Il alerte d'ailleurs sur le sujet « des créneaux de qualité, d'excellence, de typicité, qui certes, n'intéressent sans doute qu'une fraction de la population la plus fortunée des pays émergents » mais où « la France reste encore la meilleure. Mais attention, comme pour le vin, d'autres en fabriquent déjà et peuvent apprendre à faire mieux. » Le rapport aborde également la contractualisation, les organisations de producteur (OP) et les relations entre coopératives et industriels. « A priori, les coopératives ne sont pas concernées par les OP. Les relations entre la coopérative et ses adhérents relèvent du statut et non du contrat. « Cela ne nous concerne pas » dit la FNCL. Pas si sûr. La frontière, encore nette, entre secteur coopératif et secteur non coopératif, pourrait être plus perméable à l'avenir. Certes, en France, les éleveurs sont fidèles à leur laiterie mais c'est une tradition qui pourrait changer. Rien n'est gravé. Et la mobilité peut parfaitement être imaginée. « Un écart de prix durable entre les deux secteurs pourrait être une incitation à changer », analysent les rapporteurs.
La contractualisation, des débuts difficiles
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Les auteurs posent les avis critiques de chacune des parties sur la contractualisation et expliquent pourquoi, en France, les OP ont du mal à trouver un poids dans les négociations : « L'obligation de contractualisation a été immédiate alors que la création d'OP a été ultérieure et demande du temps. Résultat : quand les OP ont été créées, il n'y avait plus rien à négocier ! […] Les contrats ont été signés avant que les OP soient constituées ! ». Le texte aborde aussi clairement la problématique des clauses de sauvegarde dans les contrats que les industriels « multiplient pour éviter des renégociations périodiques des prix ». Du côté de la fixation des prix du lait au éleveurs, « si les indicateurs retenus dans les clauses prix des contrats sont connus, de nombreuses entreprises n'utilisent pas directement ou pas totalement ces indicateurs. Par exemple, les coopératives (Sodiaal notamment) fixent de plus en plus via leur conseil d'administration des prix d'acompte mensuels et des objectifs annuels qui reflètent la valorisation attendue par les marchés. ». Le rapport avance également que « cette volatilité est perçue très négativement par les éleveurs. Il y a d'abord une incompréhension, qui elle, est bien compréhensible ! L'éleveur admet parfaitement que son prix dépende de la pluie et du beau temps ; il ne peut comprendre qu'il dépende aussi des nurseries de Shanghai ! ». Il explique pourquoi « les éleveurs français sont tant attachés à voir figurer des clauses volumes dans les contrats, à la surprise de nos partenaires. Quand les Allemands disent aux éleveurs : “Produisez ce que vous pouvez, on prend tout”, en France, les volumes ne sont nullement garantis. Tout dépend de la stratégie de l'entreprise avec laquelle ils auront contractualisé et donc, des perspectives de marché. Pendant les quotas laitiers, c'est l'offre qui régulait le marché. Sans les quotas laitiers, c'est la demande. Cela induit des changements fondamentaux pour l'ensemble de la filière. »
« Les éleveurs peuvent s'engager dans la production [de produits laitiers transformés, ndlr]. Ce type d'initiative est considéré avec ironie voire un peu de dédain par les industriels. « À chacun son métier », semble dire la Fédération nationale des industries laitières (FNIL). Cette attitude n'a pas lieu d'être. Que craignent les géants de l'industrie laitière à voir se développer quelques filières de production locale ? Ils devraient plutôt les encourager et s'y associer ! », constate un rapport sur la situation du secteur laitier post quota, examiné le 25 juin, à la commission des affaires européennes du Sénat. Ce rapport renvoi également aux industriels « la responsabilité » du « choix stratégique » de la France de « faire de la poudre de lait pour coller au marché, ou [de, ndlr] rester sur des segments à haute valeur ajoutée, mais à petits volumes ».
« Beaucoup d'États, d'éleveurs et de laiteries se sentant libérés par la fin des quotas laitiers et se fixent des objectifs. Notons que tous convergent vers le même but, le même podium et qu'il n'y a peut-être pas de place pour tout le monde », estime un rapport sur la situation du secteur laitier post quota, examiné le 25 juin à la commission des affaires européennes du Sénat. Il critique la position française, très en retrait du dynamisme des autres pays européens : « Les grands pays affichent des ambitions, + 10 %, + 20 %, + 30 %. Mais à aucun moment l'Allemagne n'évoque une quelconque menace irlandaise, ou l'Irlande n'évoque une menace allemande. Que le meilleur gagne. Et chacun croit en ses chances. Quel contraste avec la France ! » Des pays très agressifs donc sur le marché international et qui semblent ne pas avoir peur de la volatilité : « Il est tout-à-fait frappant de constater que la volatilité des prix n'entame en rien la confiance des grands États laitiers dans les vertus du libre marché. Les pays les plus engagés dans la libéralisation du marché sont aussi les pays où le prix a le plus baissé, pratiquement deux fois plus qu'en France ! » Aussi côté « crise laitière », le rapport préconise d'« éviter les surproductions plutôt que les écouler » et d'« anticiper la crise plutôt que la gérer ».
« Danone serait en train de discuter un nouveau modèle contractuel qui inclurait la prise en compte des coûts de production », avance un rapport sur la situation du secteur laitier post quota, examiné le 25 juin à la commission des affaires européennes du Sénat. « Si cette négociation avec Danone aboutit, cela aurait évidemment un très grand retentissement. Le prix du lait ferait référence au coût de production. Ainsi, ce qu'European Milk Board (EMB) revendique depuis des années, est en train d'être discuté par le premier fabricant mondial ! », constate ce rapport.