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Volaille/cessation Poulet export : tilly-sabco sur le chemin de la liquidation

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Tilly-Sabco (Guerlesquin, Finistère), spécialiste de l'abattage de poulets surgelés vendus hors d'Europe, se dirige tout droit vers la liquidation judiciaire. La société n'a pas réussi à faire évoluer son modèle économique, un peu plus d'un an après la mise à zéro du mécanisme des restitutions à l'exportation.

C'EST la mort dans l'âme que Daniel Sauvaget, président de Tilly-Sabco, a annoncé le 22 septembre la nouvelle aux élus du comité d'entreprise lors d'une réunion extraordinaire, puis aux 326 salariés de l'entreprise. Il doit se résoudre à « effectuer une déclaration de cessation de paiement auprès du tribunal de commerce de Brest ». Lors de l'audience, mardi, les juges ont renvoyé leur décision au 30 septembre. Celle-ci ne laisse aucune place au doute : c'est la liquidation judiciaire qui sera prononcée, puisque Tilly-Sabco est dans l'incapacité de mener à terme le plan de continuation que le tribunal de commerce avait validé en 2006 pour dix ans, à la suite d'un précédent dépôt de bilan.

Daniel Sauvaget a plaidé pour la poursuite d'activité pour laisser le temps à d'éventuels repreneurs de se manifester et ainsi sauver le maximum d'emplois. « Nous avons encore de l'activité programmée jusqu'à la fin octobre », précise Daniel Sauvaget, sous-entendu avec les poulets au planning d'élevage. Les événements pourraient donc s'enchaîner très vite. Le patron de Tilly-Sabco estime qu'il « faut considérer la phase actuelle comme une nouvelle étape susceptible de désinhiber un certain nombre d'acteurs » (lire par ailleurs). En difficultés depuis 2013, l'industriel de Guerlesquin affiche un passif de 17 millions d'euros, dont 5,4 millions du précédent dépôt de bilan. « Les actifs représentent 12 millions d'euros de valeur nette comptable », précise-t-il.

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Depuis la mise à zéro du mécanisme des restitutions à l'exportation, en juillet 2013, ce système de production de poulets vendus entiers et surgelés à des pays tiers, principalement le Proche et le Moyen-Orient, est très difficilement rentable. Tilly-Sabco n'y est pas parvenu. En octobre 2013, il réduisait sa production de 40 % pour générer moins de pertes. En 2012, il avait réalisée 136 millions d'euros de chiffre d'affaires en vendant 64 000 t de poulet surgelé, subventionnées à hauteur de 305 €/t. Ces restitutions à l'exportation ont ensuite été progressivement abaissées pour être mises à zéro le 18 juillet 2013. Le modèle européen de soutien aux exportations était condamné… depuis les accords du Gatt signés à Marrakech en 1994. Ils prévoyaient une réduction progressive du niveau des restitutions à l'exportation. « Nous avons manqué de temps », martèle Daniel Sauvaget. Ce dernier répétait souvent que l'OMC ne peut exiger des Européens qu'ils cessent toute aide à leurs filières exportatrices, tant que les Américains ne cessent pas de subventionner leurs propres exportateurs. Il a tenté de faire évoluer son modèle vers un système non aidé. Depuis 2008, année au cours de laquelle il reprend 60 % des parts de la société à Unicopa, groupe coopératif breton aujourd'hui démantelé dans lequel il dirige alors la branche volaille – il reprendra le reste des parts au liquidateur d'Unicopa en 2011 –, Daniel Sauvaget a constamment investi. Il parle de « 15 millions d'euros ces six dernières années ». Il s'agit de technologies innovantes et particulièrement automatisées. Le dirigeant a aussi beaucoup formé son personnel.

Tilly-Sabco a gagné en compétitivité. Mais pas suffisamment pour combler l'écart avec les opérateurs brésiliens qui font la pluie et le beau temps sur ce marché de la volaille dans le monde. Doux, l'autre opérateur européen du poulet export, dit quant à lui que son modèle est désormais rentable et ce pour trois raisons : la parité monétaire de nouveau favorable (l'euro est repassée sous la barre des 1,30 dollar), la décrue du prix de l'aliment et le transfert des efforts commerciaux des Brésiliens du marché proche-oriental au marché russe fermé aux Européens.