Pour construire des indications géographiques (IG), les outils juridiques ne suffisent pas, a montré le débat qui s'est tenu à la 17e édition des « Assises de l'origine », au Salon de l'agriculture d'Aquitaine le 12 mai à Bordeaux. La dimension culturelle des signes de qualité est importante à rappeler, pour éviter les erreurs, au moment où l'Europe promeut les IG dans les pays tiers pour se faire des alliés face aux pays anglo-saxons.
Alors que l'Europe, et notamment la France et l'Italie, se confrontent avec les pays anglo-saxons dans un bras de fer « indications géographiques contre marques commerciales », et cherchent à étendre les IG dans les pays tiers, la dimension culturelle des signes de qualité est importante à affirmer, est-il ressorti du débat que le Salon de l'agriculture d'Aquitaine a voulu aborder sous un aspect international.
L'échec des IG imposées de façon administrative
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Certes, les IG ont besoin d'une approche juridique pour se construire face à une crise de surproduction, comme celle du vin il y a cent ans en France. Mais sans reconnaissance du produit sur un territoire, avec partage de l'identité culturelle chez les producteurs comme les autres habitants, l'IG est vouée à l'échec, a expliqué Bruno Millet, directeur de la Chambre d'agriculture régionale d'Aquitaine, à l'issue du débat. Certains pays qui tentent d'adapter les IG ont tâtonné, en commettant des erreurs au début, en imposant des IG de façon administrative. « Vouloir construire une IG de café dans un pays où l'on n'en boit pas a peu de chances d'aboutir », selon Bruno Millet. Ainsi, une culture d'exportation sans habitude de consommation par les habitants du terroir a peu de chances de déboucher sur la constitution d'une IG. D'autres pays ont voulu juxtaposer dans les IG des propriétés différentes : le bio, l'éthique, la bonne pratique environnementale. En vain. Ainsi, implanter une filière de riz bio dans un pays où l'autosuffisance alimentaire n'est pas consolidée met la filière à la merci d'une faible récolte.
Le thème de ces assises était l'approfondissement de la question : « Les indications géographiques, concept culturel ou approche marketing ? ». Si les IG font fi du marketing, « elles finissent au Musée Grévin », a résumé Dominique Graciet, président du salon et de la chambre régionale d'agriculture d'Aquitaine dans un entretien avec Agra Presse. Mais elles ne peuvent tenir seulement avec des arguments commerciaux, la condition de leur réussite est qu'elles soient capables d'impliquer les producteurs, avec leur savoir-faire et leur passion, et de séduire les consommateurs par la renommée et non pas seulement par la publicité.