Tant au niveau mondial qu’européen, les capacités d’expansion existent pour les producteurs de blé. Encore faut-il que l’Europe soutienne vraiment la production et le développement sur les pays tiers. Encore faut-il aussi que les exploitations soient plus efficaces et que le syndicalisme agricole soit plus compétitif. Telles sont les grandes lignes des orientations qui seront proposées au congrès de l’AGPB (Association générale des producteurs de blé) qui se tient à Clermont-Ferrand les 2 et 3 juin. A l’occasion d’une réunion de presse le 27 mai, le président de l’association, Henri de Benoist, a insisté sur le rôle des biocarburants comme débouché du blé, de même que sur le travail en commun de plus en plus fréquent mené avec les autres organisations de grandes cultures. Autant d’éléments intégrés dans un rapport d’orientation intitulé « découplés mais déterminés ».
Après les planteurs de betteraves, après les producteurs d’oléoprotéagineux, les producteurs de blé font des biocarburants une priorité pour leur débouché. Henri de Benoist a vivement insisté sur ce marché à l’occasion d’une présentation du congrès de l’AGPB qui se tiendra les 2 et 3 juin à Clermont-Ferrand. Compte tenu des objectifs d’incorporation de l’éthanol dans l’essence, il faudra, d’ici 2010, 150 millions d’hectolitres ce qui correspond, selon l’AGPB, à 28,8 millions de tonnes de céréales soit la production de 3,44 millions d’hectares.
La demande chinoise
Ce nouveau besoin s’ajoute évidemment à celui qui émane de la demande mondiale, notamment pour l’alimentation animale. En particulier, le rapport d’orientation de l’AGPB détaille longuement l’impact que devrait avoir la demande chinoise sur les marchés mondiaux. Les dirigeants de l’AGPB misent donc encore largement sur l’expansion, notamment sur les marchés des pays tiers.
Selon la Commission européenne, rappelle le rapport de l’AGPB, l’UE produirait, en 2010, 26,3 millions de tonnes de céréales de plus qu’elle n’en utiliserait, soit un écart de 5,5 millions de tonnes supérieur à celui d’aujourd’hui. Un chiffre faible au regard des 28,8 Mt supplémentaires rendues possibles par le débouché qu’est l’éthanol. Conclusion : « L’UE dispose de marges pour laisser parler son potentiel de production, y compris en réduisant sa jachère obligatoire».
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La gestion bruxelloise
Ces signes encourageants risquent de s’opposer à deux risques majeurs, souligne Henri de Benoist. D’une part, les velléités de l’Europe de supprimer les restitutions à l’exportation, velléités affirmées sans garantie de voir les Américains faire de même. D’autre part, l’issue des discussions entre l’UE et le Mercosur risque de menacer les développements de la filière bioéthanol européenne. L’UE s’apprête à accorder en effet un droit d’accès à 12 mhl d’éthanol brésilien, ce qui pourrait tuer dans l’œuf la filière européenne. « A la rigueur, nous pourrions accepter un volume ne dépassant pas 7,5% du volume annuel consommé en Europe», affirme Henri de Benoist. Le rapport d’orientation s’inquiète aussi de la « préparation de normes sanitaires irréalistes» et «d’attitudes arbitraires» en matière d’environnement.
Devant ces aléas, Henri de Benoist prône un renforcement de la collaboration entre organisations syndicales spécialisées dans les grandes cultures. «L’autonomie des structures, lit-on dans le rapport d’orientation, conduit à des doublons et donc à des pertes d’énergie comme en ont témoigné récemment, par exemple, la multiplicité des démarches d’analyse et d’information qui ont suivi la réforme de la Pac». Vis-à-vis du grand public, poursuit ce rapport, « le déficit d’image accumulé durant cette période (depuis 1980) impose aujourd’hui de bâtir une stratégie de communication qui soit à la hauteur des problèmes posés.