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Lait Pour la FNPL, la future Pac menace la production laitière

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Alors que la réforme de la Pac devrait bénéficier aux nombreuses petites exploitations laitières et aux élevages extensifs, les plus gros producteurs de lait pourraient perdre beaucoup d’aides. La Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) dénonce une menace pour la production laitière française et demande la mise en place d’une prime à la vache laitière.

Les producteurs de lait craignent d’être les grands perdants de la réforme de la Pac. Alors que quatre scénarios d’adaptation nationale sont actuellement à l’étude au ministère, « la production laitière est perdante dans chacun d’eux, ce n’est pas acceptable », dénonce Thierry Roquefeuil, président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), lors d’une conférence de presse à Paris mardi 16 juillet. En cas de convergence à 60%, l’élevage bovin lait à base de maïs pourrait avoir les plus faibles droits à paiement uniques (DPU) par unité de main d’œuvre de l’agriculture (129 euros), loin des grandes cultures qui atteignent 255 euros, d’après la FNPL.
 
Les petites exploitations à l’herbe gagnantes
Selon les scénarios, les exploitations dont l’orientation technico-économique (Otex) est « bovins lait maïs » perdent entre 15 et 25 % d’aides en moyenne, d’après les chiffres du ministère de l’Agriculture. Mais, en cohérence avec l’agroécologie prônée par Stéphane Le Foll, les systèmes extensifs « bovins lait herbe et mixte » gagnent entre 3% et 14% selon les scénarios. Les exploitations de moins de 50 hectares, les moins bien dotées jusqu’alors, pourraient même voir leurs versements augmenter de 23%. Les exploitations « bovins lait herbe et mixte » sont de loin les plus nombreuses, puisqu’on en compte 29 708 (touchant en moyenne 21 375 euros d’aides par ans), contre 19 137 pour les « bovins lait maïs » (bénéficiant de 31 394 euros).
 
Les aides en baisse pour ceux qui produisent le plus
Mais pour la FNPL, l’Otex n’est pas pertinent pour classer les exploitations laitières, et les moyennes diluent la réalité. Le syndicat a affiné les chiffres, et selon lui, les exploitations intensives qui produisent 76% du lait français sont perdantes dans tous les scénarios. Les systèmes herbagers en plaine et en montagne sont bien les mieux lotis, avec des aides qui pourraient considérablement augmenter (jusqu’à plus de 30% d’augmentation dans certaines exploitations, mais toujours une baisse pour d’autres). Mais ils ne produisent qu’une vingtaine de pourcents du lait français. « La réforme marchera pour l’herbe, mais elle va détruire tous ceux qui produisent du lait en France », analyse André Bonnard, trésorier de la FNPL. Selon lui, si la stratégie du ministre est de privilégier l’élevage à l’herbe, ça ne marchera pas : les éleveurs se tourneront au mieux vers l’élevage allaitant, plus favorisé par cette Pac, ou vers les céréales s’ils ont assez de surface. Avec des pertes d’emplois à la clé.
 
La FNPL veut une prime à la vache laitière
Pour combler les pertes de DPU que subiront les éleveurs, la FNPL demande que l’enveloppe du couplage bénéficie au secteur laitier, avec la mise en place d’une prime à la vache laitière. Car l’augmentation du taux de couplage possible (à 13%) pourrait passer sous le nez des laitiers : une enveloppe de 165 millions d’euros, versée actuellement en paiement additionnel par l’Etat français pour les vaches allaitantes, devrait disparaître. Officiellement parce qu’elle « a toujours été critiquée par la Commission européenne et par plusieurs Etats membres », selon le ministère. Officieusement parce que les caisses sont vides. « Les marges de manœuvre qu’on est allé chercher, l’Etat les récupère sur le dos des éleveurs », déplore Thierry Roquefeuil. Sans ça, « on pourrait mettre en place une prime à la vache laitière efficace », explique-t-il, alors qu’en l’état des choses, les versements couplés bénéficient essentiellement à la production de viande bovine et ovine.
Pour la FNPL, les 2% supplémentaires d’aides couplées pour la production de protéines végétales sont positifs, mais ne bénéficieront pas uniquement au lait. La surprime aux 52 premiers hectares « est efficace pour ceux qui sont les plus malmenés », mais ne résoudra pas tout. Ni les aides du second pilier, puisque les élevages de l’Ouest pourront difficilement satisfaire aux mesures agro-environnementales.
 
Au ministre de trancher
Alors que Stéphane Le Foll a demandé des propositions aux syndicats, Thierry Roquefeuil refuse de rentrer dans son jeu. Il « demande au ministre de décider, car ce n’est pas à la profession d’arbitrer ». Il veut éviter un conflit ouvert avec la Fédération nationale bovine (FNB), qui demande également de bénéficier de plus de couplage, alors que l’enveloppe n’est pas infinie.
« Il y a 13% pour le couplage, il faut que l’on rebatte les cartes et que l’on regarde la politique que l’on veut pour l’élevage, demande André Bonnard. On peut réfléchir à quelque chose qui privilégie l’emploi grâce au couplage, si on s’en donne les moyens. Les choses ne sont pas fixées, on peut encore faire bouger les lignes ».

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