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Sécurité alimentaire/UE Pour l’industrie alimentaire européenne c’est avant tout un problème d’étiquetage

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« C’est une situation très grave. La fraude est une fraude et nous ne devons pas tolérer de telles pratiques qui sont en violation flagrante de la législation alimentaire de l’UE ». C’est la première réaction de FoodDrinkEurope, le lobby de l’industrie alimentaire de l’UE, suite à l’éclatement de l’affaire des hamburgers et autres lasagnes farcis de viande de cheval à la place de viande de bœuf. Pour la Commission européenne, qui se veut rassurante, cette affaire est, d’abord, du ressort des autorités sanitaires des Etats membres qui sont chargées des contrôles et, ensuite, « elle n’est pas une question de sécurité alimentaire mais plutôt un problème d’étiquetage de produits ».

L’enquête au Royaume-Uni, où le scandale de la viande de cheval a été démasqué, a rapidement pris une dimension européenne dans la mesure où pas moins de 7 pays (jusqu’ici) seraient apparemment impliqués (Roumanie, Royaume-Uni, Irlande, Pays-Bas, France, Luxembourg, Chypre). Même s’ils se disent « très préoccupés » par la situation, les responsables de FoodDrinkEurope, le lobby de l’industrie alimentaire européenne, affirment toutefois qu’« en soi, consommer de la viande de cheval n’est évidemment pas un problème de sécurité alimentaire ». Lisa McCooey, sa porte-parole, a toutefois précisé à Agra Alimentation que « dans le cas où des produits alimentaires contiennent de la viande de cheval, ceux-ci doivent être étiquetés en tant que tels ». Elle a indiqué que l’industrie alimentaire de l’UE « prend acte que des enquêtes sont en cours » dans certains Etats membres et espère que « ceux qui ont commis des fraudes soient identifiés rapidement et que la situation se normalise immédiatement après ». Au Royaume-Uni, où le scandale a éclaté, Stephen Rossides, le directeur de la British Meat Processors Association (industrie britannique de la transformation des viandes) a indiqué, qu’à ce stade, « nous ne savons pas comment cela a pu arriver et qu’il est vital que des enquêtes urgentes et approfondies soient effectuées sur chacune des chaînes d’approvisionnement de la viande associées à ces produits de consommation pour aller au fond de ce qui s’est passé ». Il a précisé aussi que « la grande majorité des produits alimentaires, notamment la viande et les produits carnés, sont sûrs, qu’ils sont produits selon de bonnes normes de qualité et qu’ils correctement étiquetés par les fabricants d’aliments. Les consommateurs britanniques peuvent faire confiance dans les aliments qu’ils achètent ». Le patron de l’association britannique a toutefois ajouté que « cet épisode – rare et inhabituel – sape tout de même la confiance des consommateurs dans l’industrie de la viande et cause des dommages à la réputation de celle-ci ». Des premiers rapports officiels sur ce scandale seront remis à l’Agence de sécurité alimentaire britannique le 15 février 2013. Mais Anne McIntosh, la présidente (Parti conservateur) de la commission parlementaire de l’alimentation et de l’environnement au Royaume-Uni a déjà réclamé un « embargo temporaire sur l’importation de viandes congelées et de viandes transformées en provenance des 26 autres États membres de l’UE ».

Bruxelles s’en remet aux enquêtes dans les Etats membres

Face au scandale de la viande de cheval, la Commission européenne souligne avant tout que « l’UE n’est pas face à une situation de danger sanitaire mais en présence d’un problème d’étiquetage ». Selon Frédéric Vincent, porte-parole du commissaire européen à la santé et à la protection des consommateurs, Tonio BorgBorg, « quelqu’un, quelque part dans l’UE, a envoyé des produits dont l’étiquetage ne correspond pas à leur contenu. À ce stade on ne parle pas de sécurité alimentaire mais d’étiquetage de produits. À ce stade on ne parle pas de produit contaminé par telle ou telle substance ou médicament ». Le porte-parole précise par ailleurs que « actuellement les autorités nationales vérifient précisément ce qui s’est passé ; en France la DGCRF a lancé une enquête tout le long de la chaîne alimentaire pour tenter de savoir pourquoi des produits censés contenir de la viande de bœuf contenaient en fait de la viande de cheval. La DGCCRF a précisé que c’est une enquête très compliquée car elle implique plusieurs pays comme Chypre, Pays-Bas, Roumanie, France, Espagne, Luxembourg». Il estime que « c’est aux autorités sanitaires et aux associations de consommateurs nationales d’exercer leurs compétences en enquêtant sur qui a fait quoi le long de la chaîne alimentaire ». Selon lui, « la règle de base est qu’une fois qu’un produit alimentaire est mis sur le marché il est de la responsabilité des Etats membres de vérifier si oui ou non ce produit est conforme à la législation alimentaire communautaire ou encore si ce produit est sain ou pas ». Frédéric Vincent considère par ailleurs que « tout produit alimentaire dans l’UE est traçable, on peut remonter à la source s’il y a un problème. La seule différence : pour la viande fraîche l’étiquetage permet de savoir le pays d’origine de la viande. En revanche, pour les produits transformés il n’y a pas de mention de l’origine du produit mais une information sur le type de viande (“viande d’agneau” ou “viande de porc” par exemple) ». Le porte-parole ajoute que « pour l’instant les Etats membres enquêtent toujours en Roumanie, en France et au Royaume-Uni. Si l’on se rend compte qu’il y a fraude ou tromperie sur la marchandise, les autorités judiciaires nationales doivent être saisies du problème par les parties concernées. Les opérateurs doivent se retourner les uns contre les autres ». Quant à la question de savoir si un Etat membre peut prendre des mesures unilatérales d’interdiction d’importation de viandes sur son territoire, Frédéric Vincent répond « non ». Ce pays doit en premier lieu « discuter avec la Commission » et ce n’est que lorsque des « preuves sérieuses liées à un problème sanitaire sont apportées par ce pays que la Commission peut proposer aux Etats membres de prendre des mesures de suspension des échanges commerciaux ».

Bronca des eurodéputés

« Il faut plus de contrôles en Europe ! », s’insurge Marc Tarabella, eurodéputé belge socialiste à la suite de la découverte en Belgique, dans des produits Findus, de cheval, dans des lasagnes censées ne contenir que du bœuf. Cependant, selon l’eurodéputé, « la traçabilité européenne n’est pas en cause dans ce cas précis. L’enquête déterminera, sur base de celle-ci les responsabilités de chacun. Par contre, nous devons renforcer les contrôles de sécurité alimentaire sans quoi nous finirons par manger du chien ». Sur le rôle de l’Union dans cette affaire, l’eurodéputé affirme que « nous avons voté des réglementations strictes au niveau européen pour qu’il y ait une traçabilité fiable des aliments qui finissent dans notre assiette. Dès l’apparition d’ anomalies, d’un danger sanitaire ou de fraudes, nous devrions être en mesure de détecter l’origine du problème. » Quid des contrôles? Marc Tarabella déplore qu’il y ait « une tendance accrue à se reposer sur les contrôles effectués par les entreprises qui fabriquent ces produits car les services de fraude et de contrôles sanitaires, qu’ils soient nationaux ou européens, ont de moins en moins les moyens de faire des contrôles systématiques, et ce notamment à cause de la diminution des enveloppes budgétaires et souvent de la diminution graduelle des effectifs. » Il conclut : « Dans le cas des lasagnes chevalines, le problème est bien plus lié aux règles de qualité dans l’entreprise Findus plutôt qu’ au système de traçabilité en général ».

Pour une enquête européenne

Le Parti des Verts du Parlement européen a réclamé une enquête de la Commission européenne et ont demandé à Tonio Borg à l’OLAF (Office anti-fraude l’UE) de faire la lumière sur ce dossier de la viande de cheval. « La véritable escroquerie, selon le député Vert français, José Bové, c’est la Pac, celle qui paie les éleveurs en dessous de leurs coûts de production, tout en permettant à quelques agri-managers d’engranger des centaines de milliers d’euros de subventions publiques, celle qui ferme de petits abattoirs de proximité pour soutenir des usines gigantesques et incontrôlables ».

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