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Obésité infantile Pour l’UFC Que choisir, il faut légiférer sur la publicité alimentaire

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Au nom des consommateurs, l’UFC Que choisir dénonce la façon dont les industriels de l’alimentaire ont joué double jeu pour continuer leur matraquage publicitaire en direction des enfants. Les engagements des professionnels qui avaient été pris début 2009 de promouvoir un bon comportement nutritionnel dans le cadre de la lutte contre l’obésité infantile se sont avérés être du « trompe l’œil », selon l’UFC. Devant l’échec de l’autorégulation, l’association demande l’intervention de la loi.

Si la majorité des industriels ont effectivement retiré leurs publicités des programmes spécifiquement dédiés aux enfants (7 % seulement de leurs spots aujourd’hui), conformément à la charte signée le 18 février 2009 (1) ils « se sont reportés massivement sur les programmes tous publics mais en ciblant surtout les horaires où il y a le plus d’enfants devant les écrans (75 % d’audience supplémentaire) », relève Olivier Andrault, chargé de mission à l’UFC. Et surtout, une étude présentée le 7 décembre à la presse tend à prouver que depuis 2006, date d’une première enquête de l’UFC, le harcèlement nutritionnel des enfants s’est aggravé puisque les publicités pour les produits gras et sucrés constituent encore l’essentiel (80%) des publicités alimentaires diffusées durant les programmes pour enfants, et ce même si leur nombre a diminué.
Le choix d’horaires où les enfants regardent les programmes tous publics fait que, en pratique, entre 6h00 et 21h00, un jeune regardant la télévision ne peut échapper au matraquage promotionnel de produits déséquilibrés.

Enquête dans les placards et les cartables
« Le résultat de ce torrent publicitaire est sans appel : l’alimentation déséquilibrée inonde, aujourd’hui plus qu’hier, les placards et les cartables », indique l’UFC dont l’étude révèle que dans les placards et les réfrigérateurs, la proportion de produits gras et sucrés consommés pour le petit déjeuner progresse de 17%, par rapport à 2006, et représente désormais 55 % de l’ensemble des produits relevés. Le petit déjeuner traditionnel à base de pain « est devenu largement minoritaire » et fait place à des céréales généralement trop sucrées », détaille le sondage de l’association de consommateurs. Et pour le goûter cette proportion augmente de 25% pour atteindre 64 %, notamment du fait de la forte progression des biscuits dans leurs versions les plus sucrées, des viennoiseries et des gâteaux.
Seule amélioration constatée par l’UFC, les boissons consommées entre les repas sont de meilleure qualité nutritionnelle, « essentiellement du fait du développement des sodas sans sucre ».
De plus il ressort de cette étude que les 26 % d’enfants qui ont l’alimentation la plus déséquilibrée, sont aussi ceux qui regardent le plus les publicités.
A l’école, dans le cadre d’une action pédagogique sur la nutrition, les associations locales de l’UFC-Que Choisir ont constaté que 76 % des aliments apportés à l’école par les enfants sont trop riches en sucre ou matières grasses : ces en-cas sans intérêt nutritionnel se composent principalement de confiseries (33%), de viennoiseries et de gâteaux (24%), ainsi que de biscuits gras ou sucrés (16%) promus à la télévision.

Le piège de l’auto-régulation
Pour Alain Bazot, président de l’UFC, « ce constat criant de l’échec de l’autorégulation est d’autant plus alarmant que l’obésité et le diabète ont continué à augmenter en France, et que les annonces officielles successives de mesures strictes n’ont jamais été suivies d’effet ». L’organisation de consommateurs demande aujourd’hui, alors que la loi de santé publique prévue pour 2009 se fait toujours attendre, que le nouveau ministre de la Santé, Xavier Bertrand, présente au plus vite un projet de loi prévoyant notamment :
– l’encadrement strict des publicités télévisées pour les produits les plus gras ou sucrés aux heures de grande écoute des enfants ;
– la validation par le Programme National Nutrition Santé de programmes télévisés informatifs, afin d’aider les parents à identifier l’intérêt nutritionnel des produits alimentaires transformés : à présent, déplore l’UFC, le refus de cet examen par les professionnels fait que le contenu éditorial des programmes d’éducation nutritionnelle à la télévision reste sous la seule responsabilité de l’industrie alimentaire ;
– la gratuité de diffusion pour les communications sur l’équilibre nutritionnel émanant de l’Institut National pour la Prévention et l’Education Sanitaire : avec un budget de 8 M EUR pour ses campagnes sur la nutrition, l’INPES ne peut combattre à armes égales face aux sommes 200 fois supérieures que dépense l’industrie alimentaire en publicité.

(1) Cf Agra alimentation n° 2055 du 26.02.09 p. 8

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