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Corps Gras/Acquisition Pour St Hubert, Dairy Crest franchit la Manche et met le prix fort

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En vente depuis juin dernier, St Hubert a trouvé un repreneur. C’est le leader britannique des produits laitiers Dairy Crest qui aura le privilège de payer les 370 millions d’euros nécessaires au rachat des marques françaises St Hubert et Le Fleurier, et de la marque italienne Valle. Une opération qui permet au britannique d’enrichir ses activités de marques à forte valeur ajoutée, et de capitaliser sur des produits vedettes comme « St Hubert Omega 3 » pour renforcer sa croissance dans l’alimentation fonctionnelle. Le groupe britannique dont le chiffre d’affaires s’élevait en 2005 à 2,1 milliards d’euros, met ainsi pour la première fois le pied en Europe continentale, un pas vers l’avenir.

C’en est fait ! Après de nombreux mois de négociation qui ont vu des groupes comme Lesieur ou Bongrain et des fonds d’investissement – Duke Capital ou Bridgepoint – sortir de la course, c’est le leader des produits laitiers britanniques, Dairy Crest, qui rafle la mise. Mais il a fallu mettre le paquet : l’heureux acquéreur devra payer au groupe Uniq 370 millions d’euros, soit 11 fois l’excédent brut d’exploitation de la société. Mais Dairy Crest, dont la dette nette s’élevait déjà à fin septembre à plus de 300 millions de livres et qui n’a pas hésité à contracter, pour financer ce nouvel achat, un emprunt de 200 millions de livres, ne s’en plaint pas : « Nous sommes très heureux et excités d’avoir mis la main sur St Hubert», confie Nicole Lander, responsable de la communication du groupe britannique. « Ce mouvement vers l’Europe continentale va nous donner de bonnes opportunités de croissance future », a ajouté Drummond Hall, directeur général de Dairy Crest.

St Hubert : des produits performants sur le segment santé

Et en effet, si St Hubert a réussi à faire autant monter les enchères, c’est qu’elle n’est pas dépourvue d’atouts. Numéro deux du marché français avec 31 % de part de marché, elle est particulièrement active et innovante sur le segment « santé » (35 % de part de marché), qui a progressé en France de 10% en CAM à août 2006, quand la croissance du marché global ne s’élevait qu’à 1%. « St Hubert Omega 3 », lancé en 2002, produit phare du segment « prévention santé », détient 29 % de part de marché sur la catégorie « santé » et ses ventes à août 2006 ont progressé de 42 % en un an. « Nous pensons que St Hubert est un business solide, avec un portefeuille composé à 100 % de marques dans un secteur que nous connaissons et que nous comprenons bien », déclare encore le directeur général de Dairy Crest. Une aubaine pour le leader britannique des produits laitiers, qui non seulement met pour la première fois un pied sur le sol européen en dehors de la Grande-Bretagne, mais qui également s’empare d’une marque forte sur un marché français détenu à 90 % par trois groupes, lui qui souhaite renforcer son activité à marque pour augmenter sa rentabilité et se positionner encore davantage sur le segment santé, l’avenir du marché. Tombe aussi dans l’escarcelle du britannique la première marque du marché italien pour la cuisine, Valle, qui détient 48 % de part de marché.

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Dairy Crest : un portefeuille de marques richement doté

Dairy Crest ne se targue pas uniquement de gagner une marque forte sur un marché nouveau, mais aussi des ressources, qui combinées à ses activités devraient engendrer de la croissance. Le site de production de Ludres, en Meurthe-et-Moselle, est moderne et ne demande pas d’investissement conséquent. L’équipe de management de St Hubert, qui devrait très probablement rester en place, est considérée par l’acquéreur comme « expérimentée et efficace », et « nous avons beaucoup à apprendre de l’équipe française de développement de produits », ajoute Nicole Lander. L’activité de St Hubert devrait être d’autant plus stimulée que Dairy Crest compte « accroître les activités marketing en soutien tant des marques existantes que du développement de produits ». Des synergies opérationnelles et commerciales devraient donc permettre au leader britannique de faire fructifier son portefeuille de marques déjà bien garni. Clover est la première marque de margarine tandis que Country Life est le premier beurre du marché britannique. Dairy Crest possède aussi la marque St Ivel, dont St Ivel Gold enrichie en Omega-3, rachetée en novembre 2002 au group Uniq. Sans oublier les fromages, dont Cathedral City, la plus grande marque de cheddar en Grande-Bretagne, et les produits à marque Yoplait commercialisés via une joint-venture entre les deux groupes, qui permet à Dairy Crest de se positionner également en leader des petits-suisses pour enfants avec Petits Filous. Enfin, Dairy Crest, ancienne filiale du Dairy Board, l’office du lait du Royaume-Uni, privatisé en 1987 puis coté en Bourse en 1996, est aussi le plus grand producteur de lait du Royaume, utilisé pour la fabrication de ses produits ou distribué chaque jour à 1,6 million de foyers anglais.

Group Uniq va pouvoir pallier à ses difficultés financières

Si les assemblées générales des deux sociétés donnent leur accord au projet, la cession devrait avoir lieu en début d’année 2007, soit quelque six mois après l’annonce faite le Group Uniq de son intention de céder son fleuron, St Hubert, en même temps qu’il engageait le recentrage de sa filiale française Marie sur un nombre limité de marchés à fort potentiel dont celui des plats préparés. Comme l’avait annoncé en septembre Giampaolo Schiratti Cf. Agra alimentation n°1943 du 28 septembre 2006, p.18, nouveau directeur de Marie depuis juin dernier, le montant de la vente de l’activité corps gras, rondement menée par John Wood-Dow, le prédécesseur de M. Schiratti, va permettre au groupe de réduire sa dette de 124 millions de livres et de faire face aux dépenses de retraites de ses salariés, en attendant un retour espéré à la rentabilité.