Au moment d'aborder 2015, le président de l'AGPB (Association générale des producteurs de blé) Philippe Pinta commence par regarder dans le rétroviseur, ces douze derniers mois restant marqués par la poursuite du décrochage des cours du grain et un revenu en berne (lire l'encadré p.6). « L'entame de la nouvelle année est rendue compliquée par la chute des prix en 2014 et des situations parfois dramatiques dans les exploitations de grandes cultures, considère-t-il. En zones intermédiaires, la récolte céréalière passée conjugue des volumes en baisse et une valorisation réduite par la qualité. »
Gérard Tubéry, président de la Fop (Fédération française des producteurs d'oléagineux et de protéagineux), partage cet avis et juge que « 2015 sera difficile pour bon nombre de producteurs ». Il se montre toutefois « optimiste à moyen terme », confiant dans l'avenir de l'agriculture « à condition que les politiques nous permettent de saisir les opportunités ».
Anticiper la prochaine réforme de la Pac
Un objectif pour les prochains mois est que les producteurs de céréales et d'oléoprotéagineux soient mieux à même de gérer les risques auxquels les exposent la volatilité des marchés et l'ampleur accrue des incidents climatiques. S'y atteler, c'est « anticiper la prochaine réforme de la Pac », d'après Gérard Tubéry, qui affiche sa volonté de « faire des propositions ».
L'adaptation du régime fiscal de Déduction pour aléas (DPA), dans le cadre du projet de loi de finances pour 2015, est vue d'un bon œil. Mais pour l'AGPB, elle reste insuffisante. Son regard se tourne aussi vers le nouveau produit d'assurance annoncé l'été dernier en comité national des risques en agriculture, à savoir le projet de contrat-socle. Le syndicat pose ses conditions : « S'agissant de l'Assurance aléas climatiques, le producteur doit être couvert au même prix qu'aujourd'hui », insiste Philippe Pinta qui, pour la rendre « la plus efficiente » et « incitative », rejette l'idée d'un dispositif obligatoire.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
DEtoutes les abondantes récoltes l'an passé, la palme revient au maïs. Sa production devrait afficher un double record de 107 q/ha et 18 Mt de grains, selon l'AGPM (Association générale des producteurs de maïs). Mais l'aspect qualitatif marque aussi 2014, pour ce qui est du blé tendre. Les températures froides de juillet et août sur des cultures déjà à maturité ont entrainé localement des phénomènes de germination, avec pour conséquence des temps de chute de Hagberg inférieurs aux niveaux habituellement requis. Seulement 43 % de la collecte de blé tendre obtient une note de panification « bon à très bon » (95 % l'année précédente), d'après une enquête qualité à l'entrée des silos. La valorisation s'en ressent. D'autant plus que les marchés mondiaux ploient sous d'importants volumes de grains. Les prix subissent un décrochage par rapport à 2013, que l'Insee mesure à - 17 % pour le blé tendre, - 16 % pour le maïs, - 15 % pour les oléagineux et jusqu'à - 20 % pour les betteraves industrielles. En termes de revenu, les exploitations céréalières descendent tout en bas de l'échelle à 11 400 euros sur 2014 (17 500 euros en moyenne pour les grandes cultures), selon les comptes de l'agriculture.
Cap sur les OAD
Les céréaliers attendent beaucoup des Outils d'aide à la décision (OAD) pour répondre aux normes environnementales. « De nombreuses études montrent qu'il y a bien moins de nitrates dans le sol depuis dix ans, pas encore dans les nappes phréatiques à cause du temps de réponse de 30 à 40 ans, signale Philippe Pinta. Les apports sont mieux maîtrisés grâce aux OAD. Pareil avec les phytos. Si l'idée du rapport Potier est qu'il faut réduire leur utilisation, qu'on nous donne les éléments pour y arriver. » Le Sommet du Végétal les 11 et 12 février, avec la mise en avant d'une agriculture contributrice au développement économique, sera l'occasion d'appuyer le message au monde politique.
D'autres sujets réglementaires continueront de marquer l'actualité du secteur. L'interprofession céréalière cherche à faire étendre son accord augmentant la CVO (Cotisation volontaire obligatoire) producteur et instaurant une CVO collecteur. « On a essuyé un rejet des politiciens : ils veulent d'abord faire rentrer les syndicats minoritaires dans Intercéréales. Ce que je n'exclus pas, mais aucun ne l'a demandé. » Des éclaircissements sont par ailleurs attendus de la part du ministère de l'Agriculture sur le verdissement de la Pac.
Deux productions espèrent sortir de l'ornière en 2015 : le riz et le blé dur. « Les gens de la recherche, des instituts techniques, les semouliers doivent venir autour de la table pour relancer la culture du blé dur », dit Philippe Pinta, en annonçant des réunions en janvier, un colloque Arvalis le 5 février. Pour le riz, « l'affaire va finir au contentieux », menace-t-il, après la suppression des aides couplées de la Pac. (JCD)