Quelle pourrait être une plus juste répartition des responsabilités entre producteurs, distributeurs, consommateurs, professions de santé, professions juridiques, organisations de consommateurs et pouvoirs publics ? Peut-il y avoir une sécurité alimentaire constante et pour tout le monde ? Posées par le colloque organisé, le 19 janvier dernier à Paris, par les associations d’anciens élèves des trois grandes écoles (Ecole nationale de l’administration, Ecole Polytechnique et Institut national agronomique Paris-Grignon), ces questions n’ont pas fini de faire débat.
Si les questions abordées au colloque Agro/X/Ena suscitaient l’intérêt, c’est que les consommateurs pensent encore trop souvent que les responsabilités en matière alimentaire incombent aux seuls et uniques industriels. Les réponses en tribune n’ont certes pas été très novatrices, d’autant moins d’ailleurs que chacun (pouvoirs publics compris) est resté sur des positions déjà bien connues et très codées. Elles ont aussi été un peu trop idylliques, comme le suggérait Dominique de Gramont, délégué général de l’Ilec (Institut d’étude et de liaison des industries de la consommation) : « Le consommateur sera-t-il un jour en parfaite harmonie avec son environnement alimentaire, comme ont tenté de le démontrer les débats ? Libre, rationnel, compétent dans ses choix alimentaires, ce serait alors un être idéal, très éloigné de la réalité d’aujourd’hui. »
Redonner des repères
L’objectif des organisateurs n’était pas de faire le point sur la valeur des textes et sur les manquements des politiques en vigueur en matière de sécurité alimentaire, même s’il en a été quelque peu question dans les débats : débordements des rôles des différents organismes les uns vis-à-vis des autres, déséquilibre des responsabilités entre le privé et le public, inflation législative en matière de publicité, faiblesse de l’étiquetage nutritionnel…, mais aussi grande satisfaction autour de l’arrivée du Paquet Hygiène. Leur objectif était plutôt de définir de manière informelle les rôles que devraient pouvoir jouer les différents acteurs (cités plus haut) dans un monde « harmonieux », où le malentendu, qui subsiste toujours entre consommateurs et professionnels autour de la sécurité, de la qualité et des prix, serait définitivement levé. Et aussi de mettre en place un dialogue apaisé.
Ainsi, parce que l’origine du malentendu s’explique, de manière récurrente, par le manque de formation et d’information des Français, les pouvoirs publics (ministères de l’Education nationale, de la Santé, de l’Agriculture et de l’Economie) ont tout naturellement été désignés pour mettre en place des programmes de clarification efficaces sur la qualité, sur l’hygiène, sur la nutrition. Ils ont même été interpellés par des industriels présents, pour fixer des prix minimum qui permettraient de ne pas déprécier la qualité et la sécurité des produits. Les consommateurs pourraient dès lors retrouver leurs repères et se prendre en main au niveau nutritionnel et accepteraient mieux de payer plus cher la qualité et la sécurité.
Parce que la sécurité des produits alimentaires est multiple, issue à la fois de la technologie, du contrôle qualité, de l’hygiène, de la composition nutritionnelle…, les professionnels (fournisseurs de matières premières, transformateurs…) se sont promis de continuer à tout faire pour maintenir et améliorer cette sécurité. Au niveau de la production agricole, par exemple, Agrial va continuer à mettre en place des projets d’amélioration, des méthodes participatives…
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Travailler ensemble
Mais, comme le précise Corinne Lepage, ancien ministre chargé de l’Environnement, « il y aurait aussi beaucoup à faire pour que travaillent ensemble les responsables des politiques d’aménagement du territoire, les agriculteurs et les consommateurs, pour que se multiplient des situations favorables à la sécurité, comme les circuits de distribution courts ». Au niveau de la transformation, aussi, Agrial/Florette, Fleury Michon et Sofiprotéol/Lesieur… continueront plus que jamais à innover vers du « nutritionnellement et sécuritairement correct ». Même si cela représente pour eux de véritables défis. Et ils chercheront à améliorer, toujours plus, la chaîne de la valeur et à développer les messages préventifs (étiquettes, publicités…). Car, comme le conseille Charles Pernin, de la Confédération du logement et du cadre de vie, « les metteurs en marché doivent apprendre à mieux communiquer autour des risques, si on veut que les consommateurs arrivent à mieux se gérer ».
La sécurité échappe à la concurrence
« Parce ce que la sécurité passe aussi par la nutrition et par la diversité des aliments », les distributeurs (par le biais de leur fédération, FCD) se sont félicités de jouer depuis longtemps leur rôle dans cette chaîne de la sécurité (notamment nutritionnelle), par la mise à disposition dans leurs magasins d’une offre large et variée. Peut-être vont-ils aussi se mettre à communiquer davantage autour de la nutrition. Tel est en tout cas ce qu’a annoncé Jérôme Bédier de la FCD.
« Mais, avant de parler partage des responsabilités, ne devrait-on pas parler de partage des irresponsabilités ?, s’interroge Dominique de Gramont. C’est-à-dire d’une prise de conscience collective que la sécurité alimentaire ne peut être, en aucun cas, un objet de concurrence. Si chacun faisait son métier, je pense que l’on serait moins irresponsable et peut-être chacun plus efficace en matière de sécurité alimentaire. »