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Production bovine Pourquoi le GIE export ne convainc pas la filière

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Depuis plusieurs mois, la Fédération nationale bovine avait annoncé la mise en place d'un Groupement d'intérêt économique export (GIE export). Une version présentée en interprofession fin avril n'a pas fait l'unanimité entre éleveurs et industriels. Les négociations continuent encore aujourd'hui. Bertrand Oudin, directeur de Blezat consulting, maître d'œuvre dans l'audit demandé par FranceAgriMer sur l'export en viande bovine et en bovins vivants, a présenté sa vision lors de l'Assemblée générale de l'URGO (Union régionale des groupements de producteurs du grand Ouest), le 12 mai.

Le Groupement d'intérêt économique export (GIE export) cristallise toutes les tensions au sein de la filière bovine. Lors de l'Assemblée générale de l'Union régionale des groupements de producteurs du grand Ouest (URGO), le 12 mai, Bertrand Oudin, directeur de Blezat consulting, en a expliqué les raisons lors de la présentation de l'audit demandé par FranceAgriMer sur l'export en viande bovine et en bovins vivants. « On a des places à prendre à l'export, mais on a besoin d'un débat plus sain dans la filière et à chaque fois les esprits s'échauffent », s'est-il exclamée. La France fait partie des pays où la croissance ne sera pas au rendez-vous à l'inverse des pays d'Amérique du Sud ou asiatique. Or avec la croissance démographique et la hausse du pouvoir d'achat, ces zones économiquement actives vont consommer plus de viande. Au sein de l'Europe, « la demande s'érode en volume, mais aussi en valeur (baisse du pouvoir d'achat et des arbitrages défavorables des consommateurs), ce qui tend à déstabiliser les filières européennes » traditionnelles, observe-t-il. L'Italie et le marché du broutard en chute libre en est un bon exemple.

L'export, un enjeu d'avenir pour la filière
Aux producteurs donc de choisir entre rester sur une production franco-française ou essayer de développer des parts de marché à l'export, sachant que la demande sera là. Mais comme le fait remarquer Bertrand Oudin, la France importe une bonne partie de sa viande d'Allemagne issue de vaches laitières car elle correspond aux demandes du consommateur français. Il rappelle l'étude d'il y a 3 ans sur l'adaptation entre l'offre et la demande à laquelle il avait participé et dont il n'a pas vu de résultats effectifs sur le terrain aujourd'hui. « Cette inadéquation production/consommation tend à se creuser, estime-t-il. Ne repenser la situation qu'en fonction de l'offre française serait dangereux car on ne pourra jamais faire aussi bien que le low-cost ». Il résume la situation : « Comme nos marchés historiques se replient, soit la filière passe au marché export, soit elle réduit la production ». Il précise également que « l'export n'est pas un marché d'opportunité. Il faut une stratégie pour répondre à la demande et conquérir de nouveaux marchés. Il ne s'agit pas de révolutionner la production mais d'en changer certains éléments ». L'export nécessite également des outils de veille, inexistants pour l'heure en France.

La filière doit sortir d'un « jeu de dupe »
« Je suis convaincu que les marchés export restent stratégiques et que la France a la capacité de produire en volume avec une moindre qualité », observe-t-il. « Mais il faut que la filière ait la capacité de se remettre en question ». Il donne l'exemple des abatteurs qui souhaitent des carcasses légères mais qui valorisent mieux financièrement les carcasses lourdes. « À ce jeu de dupe, il faut forcément se mettre autour de la table ». Au sein de la salle, la tension monte. Il aborde le problème des commissions de cotations, devenues « des espaces de négociation de prix » au lieu d'être « des espaces de constatations de prix ». « Il s'agit d'une dérive du système liée à un rapport de force déséquilibré », estime-t-il. Pour lui, si autant de « frictions » perdurent, c'est qu'« il s'agit d'un marché à très faible marge. En agro-alimentaire, la viande est le secteur qui dégage le moins de valeur ajoutée. Il s'agit aussi d'une histoire d'homme et dépassionner le débat est indispensable. De plus, c'est un secteur qui bouge beaucoup ces derniers temps et cette concentration ne favorise pas les choses pour aller au-delà des intérêts nationaux. Les abatteurs redécouvrent des marchés à potentiels mais instables ce qui les rend également frileux. »

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