La manière dont les grandes surfaces sont gérées enclenche une mécanique : plus leurs prix d’achat sont faibles, plus elles gonfleront leurs marges. L’Etat annonce vouloir afficher la réalité de leurs marges.
Ce qui choque le plus le monde agricole est de voir les grandes surfaces augmenter leurs marges sur un prix qui baisse à la production. Cela ôte toute capacité au marché de voir la demande du consommateur relancée et donc les prix remonter. L’explication : la grande surface raisonne ses marges par rayon et non par produit. Par exemple, celui des viandes. Si, par exemple, le prix production de la viande de bœuf est élevé, le chef de rayon sait qu’il ne peut dépasser un certain seuil faut de quoi le consommateur n’achètera plus. Alors, il réduit sa marge sur le bœuf. Mais, du coup il va se rattraper sur des produits moins chers à l’achat, ce qui est souvent le cas pour le porc ou la volaille. Il augmente donc sa marge au maximum sur ces produits pour pouvoir maintenir des prix d’objectif sur les autres.
Péréquation
Cette péréquation, au sein d’un rayon, existe aussi entre rayons. Le distributeur n’a que peu de liberté pour jouer sur les marges de produits des grands industriels comme Danone, Nestlé, Coca Cola dont il a absolument besoin des produits. Alors il va se rattraper sur les marges des rayons dont les fournisseurs sont multiples et sans marques fortes. Ce sont ceux des produits agricoles, justement. Un dernier facteur joue : naguère, les grandes surfaces devaient avoir un boucher, fromager, poissonnier, fruitier, etc. pour préparer les produits. Il leur fallait donc une forte marge pour les rémunérer. Or, les grandes surfaces se font livrer de plus en plus en unités de ventes déjà préparées pour le consommateur. C’est l’abatteur, la laiterie ou le groupement fruitier qui assume de plus en plus ce service. La marge, elle, est restée dans la grande surface. Question de rapport de force.
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L’observatoire des prix
Sensible à l’argumentation des agriculteurs, le gouvernement semble prêt à mettre un peu d’ordre dans ce jeu des marges. La grande distribution, plutôt soutenue par Nicolas sarkozy lors du vote de la loi de modernisation de l’économie qui l’a autorisée à rediscuter des conditions générales de ventes, pourrait être amenée à modérer ses appétits. Le travail gouvernemental passe par l’observatoire des prix et des marges. Une nouvelle réunion s’est tenue mercredi 10 juin au ministère de l’Agriculture autour de la question du prix de la viande de porc. Les débats ont porté sur la définition d’indicateurs qui permettraient d’évaluer les marges réalisées à chaque niveau de la filière. Quatre références auraient été retenues : le prix à la production, le prix sur le marché de Rungis, l’enquête annuelle sur les prix en sortie de salaison et les prix au consommateur. Une analyse a été livrée sur la question, de la part des experts de FranceAgriMer. Ces résultats pourraient être prochainement publiés sur le site de la DGCCRF. Dans un communiqué, Michel Barnier indiquait qu’un travail similaire devrait être réalisé sur le lait. Tous ces travaiux laissent cependant des producteurs sur leur faim : « Ce n’est pas satisfaisant,estime Jeff Trébaol, vice-président de la Fédération nationale porcine (FNP), nous possédons déjà tous ces chiffres et ils ne permettent pas de connaître les marges de la grande distribution, le maillon qui retire le plus de valeur ajoutée de la viande de porc ».