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Philippe Pinta, président d'Intercéréales et de l'AGPB « On pourra fournir la grande majorité de nos clients »

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Si la qualité des blés 2014 entraine une situation difficile au sein de la filière, le président de l'interprofession et de l'Association générale des producteurs de blé (AGPB) juge que « la grande majorité des clients » seront approvisionnés. Pour mieux affronter ce genre de situation, il demande à Stéphane Le Foll de mettre en place un comité de suivi de campagne et le versement anticipé au 16 octobre des aides Pac.

Quel bilan tirez-vous de la moisson 2014 ?

La nouvelle récolte intervient après une année 2013 particulière, avec une production mondiale assez pléthorique. Cela s'est traduit par une baisse des prix mondiaux, qui se poursuit aujourd'hui à - 25 % sur un an. En 2014, la France enregistre une moisson d'un bon volume. Mais des incidents climatiques ont provoqué la germination de certains blés. La qualité est hétérogène : il y a un peu partout du bon, du mauvais. Un chiffrage sera donné par l'interprofession et FranceAgriMer vers la première dizaine de septembre. Face à cette situation inédite, la filière réagit de manière dynamique. Les OS (organismes stockeurs, ndlr) essayent de trier au mieux la collecte. Il s'agit d'aloter à la fois par variété et par temps de chute de Hagberg, qui s'est dégradé à cause de la germination. L'objectif est de sortir le maximum de qualité pour satisfaire les clients.

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Certains céréaliers vont avoir des problèmes de trésorerie, notamment pour semer la prochaine récolte. Des situations de revenus très difficiles, voire dramatiques, apparaissent. Je pense surtout à ceux qui n'ont pas eu la chance de faire du volume et dont les blés sont plus dégradés que les autres. D'où la demande de l'AGPB, auprès de Stéphane Le Foll, sur l'anticipation du versement des aides Pac au 16 octobre. Par ailleurs, un bruit de fond négatif est alimenté sur la qualité du blé français. C'est très exagéré. La situation est difficile, mais on va pouvoir fournir la grande majorité de nos clients. Une grosse bagarre aura lieu à l'export, notamment avec les pays de la Mer Noire qui vont essayer de nous prendre des parts de marché. Il faut réserver presque nos meilleurs blés pour satisfaire les acheteurs étrangers.

Comment la filière doit-elle gérer cette situation ?

La conjoncture cette année entraine une situation inédite que nous devons gérer collectivement. Stéphane Le Foll doit réunir d'urgence l'ensemble des partenaires de la filière pour décider la mise en place d'un comité de suivi de la campagne céréalière et d'un observatoire. Il y a besoin d'un suivi et d'un pilotage coordonnés et minutieux. Le ministre doit avoir conscience de la situation très difficile pour la trésorerie des exploitations, compliquée pour les OS. Cela doit conduire à anticiper au cas où le même scénario se reproduit dans cinq ou dix ans. Avec la volatilité des prix accentuée cette année, il faut utiliser un maximum d'outils, les rendre plus opérationnels : l'auto-assurance, avec les DPA (Dotations pour aléas, ndlr), ou les assurances aléas climatiques. L'idée est de préparer l'avenir.