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Filière porcine « On pourrait espérer une réflexion collective associant la profession, la Région et l'Etat »

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Interview de Michel Rieu, directeur du pôle économie de l'institut du porc, l'IFIP

Comment la production porcine est-elle arrivée à la situation d'aujourd'hui, avec une baisse structurelle des volumes produits et du niveau d'abattage en France ?

Le secteur n'a tout simplement pas été en mesure de développer une stratégie nouvelle, en l'absence de croissance. Depuis quinze ans, la production de porcs vifs en France ne cesse de reculer. Elle est passée de 27 millions de têtes en 1999 à 24,2 millions en 2013 en métropole, avec une détérioration des volumes plus marquée après le milieu des années 2000. Il était difficile de continuer à moderniser l'élevage dans ce contexte. À partir des années 1970, la France a appliqué une stratégie claire pour devenir autosuffisante. L'élevage a bénéficié d'un plan de relance et de modernisation sur la base d'un modèle familial et autonome de type naisseur-engraisseur. En s'organisant et en se structurant, la filière a su produire les viandes de qualité au meilleur prix demandées par le marché. La rupture est survenue lors de l'application de la circulaire Voynet Le Pensec (1998), qui a stoppé toute croissance dans les zones à forte densité d'élevage, désignés comme zones d'excédents structurels (ZES). Toute évolution (agrandissement, restructuration) a été interdite.

La réglementation en matière d'environnement n'était pas la même partout en Europe ?

Elle l'était pour la directive nitrate de 1991 et ses objectifs de reconquête de qualité de l'eau, mais pas sur les modalités pour y parvenir, qui étaient nationales. En France, clairement, nous avons fixé des seuils qui déclenchaient la réglementation sur les installations classées pour l'environnement (étude d'impact, enquête publiqie avant arrêté préfectoral NDLR) pour des tailles d'élevage cinq fois inférieur à nos voisins. Les périodes de réussite ont été différentes d'un pays à l'autre. Les Pays-Bas, par exemple, ont connu leur pic de production dix ans avant la France. Ils ont instauré plus tôt des règles environnementales en optant pour des quotas transmissibles. Mais jamais sans interdire la restructuration des élevages. A force de ne plus investir, les élevages français ont vu leurs performances techniques se détériorer face à des concurrents plus dynamiques, même si leur coût de production est resté un des plus bas d'Europe. Ainsi en Bretagne, afin d'assurer le maintien de la production, les éleveurs ont été soutenus par les banques, les groupements de producteurs, les fabricants d'aliments qui craignaient que cette production quitte la région, même avec la flambée du prix des matières premières pour l'aliment, à partir de 2007-2008. Mais ces soutiens ne permettent peuvent pas de faire face à toutes les situations.

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Le ministre de l'Agriculture Stéphane le Foll s'est exprimé au printemps en faveur d'une production française qui reprenne de la vigueur. Il a même cité le chiffre d'une production de 25 millions de porcs produits dans l'année. Qu'est-ce que cela vous inspire ?

Les pouvoirs publics ont pris conscience qu'il fallait redonner aux éleveurs la possibilité d'investir, de créer de la richesse. Ils ont été sensibilisés aux difficultés du secteur de l'abattage-découpe, en particulier la fermeture de Gad Lampaul-Guimiliau, à l'automne dernier (890 emplois supprimés NDLR). Il est prévu d'assouplir la réglementation liée aux installations-agrandissements d'élevages, tout en conservant des garanties pour l'environnement. Mais la filière porcine française a pris beaucoup de retard. Pour retrouver de la croissance, il lui faut investir, ce qui soulève plusieurs questions : les banques vont-elles accepter de financer la filière ? Ne faut-il pas songer à de nouveaux mécanismes de financement ? Et en aval, les acteurs industriels auront-ils la capacité financière d'optimiser les coûts industriels ?

En Bretagne, il existe clairement des surcapacités industrielles, alors que pour renouer avec la performance, il faudrait des outils neufs. On pourrait espérer une réflexion collective associant la profession, la Région et l'Etat. Cela permettrait d'élaborer un schéma indicatif de l'équipement en abattoirs performants optimal par rapport à la localisation des élevages. Lequel schéma indicatif aiderait chaque entreprise à prendre ses propres décisions. Les banques et BPIfrance pourraient être au tour de table. Fin des années 1980, début des années 1990, dans une situation voisine, les Néerlandais ont réalisé une restructuration industrielle collective.