Cette communication de Michel Barnier du 29 octobre s’inscrit clairement dans le prolongement des travaux initiés dès 2005 par Nicolas Forissier, le délégué interministériel chargé à l’époque des industries agroalimentaires. Plusieurs évolutions de l’action du ministère en 2008 et en 2009 y étaient déjà décrites et confirmées lors du CSO de la fin août. En voici les principales.
Créer un Observatoire économique
Selon les conclusions du groupe de travail n°1 du PNDIAA (prolongé par les Assises de l’agriculture), sous la présidence du délégué interministériel aux IAA, il est convenu qu’ « une vision cohérente » sur les IAA est nécessaire et devrait justifier la création d’un Observatoire économique. L’Ania et Coop de France avaient souligné l’intérêt de recueillir et d’analyser certains indicateurs économiques qui manquent aujourd’hui pour avoir une meilleure connaissance des enjeux et du positionnement des entreprises par métier et par filière. Si de nombreuses statistiques publiques sont produites (notamment par l’Insee, le SCEES, les Douanes...), celles-ci sont éparpillées et les analyses économiques qui permettraient de les valoriser peu fréquentes.
L’Observatoire supposerait un partage d’informations entre les secteurs public et privé, permettrait d’approfondir des indicateurs financiers, des indicateurs relatifs à la compétitivité des IAA, à la politique d’alliances et aux groupes, à la problématique sociale et au développement durable. Il serait nécessaire d’arriver à un regard plus qualitatif à partir des données recueillies (analyse, voire prospective) afin de servir à la fois les intérêts de l’administration et des professionnels et d’anticiper les mutations socio-économiques. Et d’établir, enfin, des comparaisons avec d’autres pays (au moins européens).
Depuis l’été, une mission sur la faisabilité d’un tel Observatoire a été confiée au Conseil général de l’agriculture, de l’alimentation et des espaces ruraux. Son rapport d’étape réalisé par Pierre Texier recommande la création d’une cellule permanente capable de produire, de faire réaliser et de rendre disponibles des analyses stratégiques qui n’existent plus aujourd’hui.
Financement des entreprises
Un deuxième groupe du PNDIAA a préparé, de son côté, de nouvelles orientations pour les interventions du FISIAA (Fonds d’intervention stratégique pour les IAA) à partir de 2009 dans le cadre des nouvelles Lignes directrices agricoles, en complément du soutien du FEADER (environ 125 M EUR pour la France) et des aides des collectivités territoriales.
Pour aider l’investissement, le FISIAA mis en place en 2007 a vocation à soutenir le développement du tissu agroalimentaire national. Il sera maintenu au-delà de 2008 à hauteur, toujours, de 8 M EUR, mais il s’est mis en conformité avec les Lignes directrices agricoles en se focalisant sur des entreprises médianes et des PME et en étant repositionné comme « un instrument en faveur d’une industrie agroalimentaire durable ». Le FISIAA soutiendra donc la structuration de filières, le développement de partenariats inter-entreprises, ou aidera l’industrialisation d’une innovation. La dimension pluri-régionale et le caractère exemplaire des projets (notamment en termes de développement durable, d’amélioration des conditions de travail ou d’export...) seront privilégiés.
En outre, les PME agroalimentaires continueront de bénéficier d’un accompagnement de proximité (actions collectives locales pilotées par les DRAF).
Le FISIAA financera aussi des diagnostics stratégiques pour anticiper les mutations économiques de certains secteurs, et soutenir des réseaux d’entreprises collaborant sur des projets particuliers.
Par ailleurs, à propos des fonds propres des entreprises innovantes, sachant que les PME peinent à trouver des investisseurs lorsqu’elles s’engagent sur des projets risqués et vu la faiblesse des marges dans l’agroalimentaire et la frilosité des investisseurs privés, plusieurs projets d’accompagnement du financement des entreprises sont mis en chantier : France Angels, l’association française des investisseurs providentiels (« business angels ») qui regroupe les investisseurs privés, et un projet des Jeunes agriculteurs de la région Champagne-Ardenne par exemple pour créer un fonds d’investissement dédié au développement durable dans l’agro-industrie.
Stimuler l’exportation
Les nouvelles priorités concernant l’exportation sont au nombre de quatre :
– la révision du plan stratégique export agroalimentaire (PSEAA),
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– la poursuite de l’optimisation des dispositifs publics d’appui à l’export,
– l’évolution du réseau du ministère à l’étranger,
– la mise en place d’une stratégie d’influence à l’international.
Le plan stratégique export adopté en 2006 cf Agra Alimentation n° 1924 du 6/04/06, page Une a été révisé pour se concentrer sur un nombre de pays cibles resserré et pour intégrer de nouveaux pays stratégiques du Moyen Orient. Dans cet esprit, si la liste des pays prioritaires demeure inchangée, le Mexique et la République tchèque ont été retirés de celle des pays importants. Afin d’être encore plus efficace, les crédits d’appui à la promotion seront concentrés de façon significative sur ces pays cibles.
Par ailleurs, un effort plus particulier sera porté en direction des primo-exportateurs, de la coordination du dispositif national d’appui à l’export impliquant Sopexa, Ubifrance, Adepta, des réseaux en région et à l’étranger et du portage par des grands groupes de projets de PME.
Le réseau d’action économique à l’international de l’Etat va évoluer, en particulier avec la séparation des actions régaliennes et commerciales et un redéploiement du réseau des attachés et experts agricoles vers les grands pays tiers émergents.
Enfin, pour faire passer les messages relatifs à l’agriculture et l’agroalimentaire le plus efficacement possible dans les instances internationales et communautaires, ainsi que dans les relations bilatérales, un « plan stratégique influence » a été finalisé en juin 2008. Le partenariat avec les professionnels est ainsi renforcé, précisant les besoins des filières agroalimentaires, et articulant mieux les actions d’influence menées par l’Etat et celles menées par les professionnels.
Encourager la recherche-développement et l’innovation
Les axes de recherche agroalimentaire à privilégier en France rejoignent les thèmes dégagés au niveau européen par la plate-forme « Food For Life » rassemblant les parties prenantes de la recherche alimentaire en Europe. Il s’agit pour la France de défendre son mode d’alimentation et ses valeurs et parmi les thèmes retenus figurent l’éducation alimentaire sensorielle, les connaissances relatives à la flore intestinale, l’impact des écosystèmes microbiens dans la prévention des contaminations des denrées, ou la durabilité de la production alimentaire avec notamment des technologies propres, économes.
De plus, la structuration du dispositif d’accompagnement de l’innovation suppose de mettre davantage en réseau les entreprises, mieux structurer les relations entre pôles de compétitivité, centres techniques et organismes de recherche,… En se dotant de conseils scientifiques, les interprofessions peuvent jouer un rôle d’interface avec les financeurs de la recherche. Les IAA doivent s’impliquer davantage dans les projets européens du Programme cadre de recherche et développement dont les appels à projets reprennent largement les priorités de la plate-forme européenne « Food for Life » et dont certains pays tirent mieux profit que les Français. Cette implication doit être favorisée en adaptant mieux encore les financements aux particularités du secteur. Des appels à projets spécifiques et accessibles aux PME agroalimentaires pourraient être envisagés sur le modèle de celui du Casdar (budget du développement agricole), pour renforcer les dispositifs existants (FISIAA, FUI Fonds unique interministériel des pôles de compétitivité, Oseo...). Enfin, ajoutait le groupe des Assises de l’agriculture, des mesures incitatives devraient favoriser le financement des IAA innovantes par les investisseurs privés.