On connaît le dilemme vieux comme l'économie : si un pays veut lutter quoi qu'il arrive contre l'inflation, comprimer les prix au maximum, alors les entreprises sont condamnées à la réduction des coûts, aux marges faibles, à la restructuration et c'est l'emploi qui trinque ; en revanche, accepter une faible dose de hausse des prix peut apporter un ballon d'oxygène aux marges des entreprises qui peuvent alors investir, faire de la recherche, recruter ; tout cela à condition que ces prix n'augmentent pas plus que ceux des produits importés, ou bien qu'il y ait des garde-fous aux frontières, tarifaires ou non tarifaires.
Dans ce contexte, il est étonnant de voir les pouvoirs publics, François Hollande en tête, déclarer leur obsession sur la réduction du chômage tout en faisant tout, sur le cadre législatif (on ne change rien à la loi de modernisation de l'économie) pour que la pression des grandes surfaces s'accentue sur les fournisseurs.
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C'est bien ce qui se passe dans les faits. Le « round » qui vient de s'achever pour les négociations commerciales a un caractère de déjà vu : c'est la pression toujours accentuée à la baisse des prix des fournisseurs. Pression qui se répercutera inéluctablement sur les producteurs agricoles. Les entreprises de l'agroalimentaire continueront de se restructurer, les agriculteurs continueront de se regrouper pour être plus compétitifs. Tout cela fera moins d'actifs. Le patron de Carrefour, Georges Plassat, dont le groupe est en train de sortir de son trou d'air, a été net : « Nous continuerons une politique de prix efficaces », dit-il. C'est efficace sans doute pour son groupe qui peut financer son développement international. Voire pour les consommateurs. Mais ce n'est efficace ni pour l'économie en général ni pour les chômeurs. Or, c'est en trouvant du travail que ceux-ci consommeront davantage.