Le virus de la peste porcine africaine (PPA) est rapidement inactivé dans la plupart des aliments du bétail et litières, d’après une récente étude soutenue par l’Efsa. Il survit mieux à basse température et – fait encore inexpliqué – dans les betteraves et les pommes de terre.
La détection du « virus infectieux » de la peste porcine africaine (PPA) est « plutôt limitée » dans la grande majorité des aliments du bétail et des litières, concluent des chercheurs allemands et suédois (1) dans une récente étude soutenue par l’Efsa. L’autorité européenne avait commandé ce travail en 2021 pour combler les « lacunes » dans les connaissances sur cette maladie. Mortelle pour les suidés et inoffensive pour l’homme, la PPA a largement progressé en Europe ces derniers mois, faisant récemment son retour dans un élevage en Allemagne.
Les scientifiques ont recherché le virus (forme infectieuse et morceaux de génome) après avoir inoculé 14 matrices (herbe, foin, différentes céréales, ensilages d’herbe et de maïs, etc.), qu’ils ont ensuite stockées à différentes températures (de -20°C à 37°C). Il n’y a que sur les betteraves fourragères et sur les pommes de terre que le virus est apparu « stable pendant plusieurs jours, voire semaines », à basse température. Un résultat « surprenant », pour lequel l’étude n’avance aucune explication. En revanche, les chercheurs n’ont jamais retrouvé de virus dans l’herbe et dans les ensilages. En général, le virus n’a été détecté que dans « peu d’échantillons et toujours à des températures froides ».
L’écorce, seule litière « faiblement positive »
Si les détections de « virus infectieux » étaient rares, celles de morceaux de génome viral ont été « possibles pendant toute la période de l’étude ». Un résultat qui n’est « pas surprenant » aux yeux des scientifiques, qui rappellent sa « stabilité très élevée ». Toutefois, « la détection de génome dans l’ensilage, l’herbe et le foin était difficile », ce qui semble « indiquer une inactivation très rapide ».
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Concernant les litières, « la détection du virus était limitée au stockage à basse température et sur de courtes périodes ». « À 4°C, l’inactivation survient habituellement après sept jours », rappelle l’étude. Seule exception : les écorces, dont un échantillon est resté « faiblement positif » au bout de 28 jours à 4°C (sept jours à 10°C). « Un stockage à température modérée a toujours permis d’inactiver le virus dans les conditions expérimentales », avancent les chercheurs.
« La transmission par l’alimentation animale semble peu probable », résume l’Institut Friedrich Löffler, qui a participé aux travaux. Les résultats confirment en partie la classification établie par l’Efsa en 2014 : les végétaux (cultures, foin, etc.) sont considérés comme à risque « très faible » et les litières à risque « modéré ». Les risques liés aux produits animaux sont largement plus importants : « très élevé » pour la viande congelée, « élevé » pour la viande réfrigérée, « modéré » pour les viandes transformées (fumées, salées ou séchées). Régulièrement, l’hypothèse de l’ingestion de restes de nourriture (sandwiches jetés dans la nature) par les sangliers est évoquée pour expliquer comment la PPA peut faire des « bonds » de plusieurs centaines de kilomètres.
Rôle controversé des insectes piqueurs
Enfin, l’étude portait aussi sur certains insectes piqueurs, dont le rôle comme « vecteur mécanique » est « controversé » au sein de la communauté scientifique. Des arthropodes sont parfois suspectés d’être responsables de la forte saisonnalité des cas en élevages (plus de foyers en été), en jouant le rôle de « pont entre une population de sangliers infectés et des cochons domestiques, ou entre cochons domestiques ». Résultat : le virus a survécu « plus longtemps que prévu » dans le corps des « mouches d’étable » du genre Stomoxys (168 heures) et des moustiques (120 h). Cette présence n’est pas forcément synonyme de contamination : les chercheurs ont nourri six cochons avec ces insectes ; « aucun d’eux n’a montré de génome viral dans le sang et les organes », ni produit d’anticorps (séroconversion). Une première approche à la robustesse « limitée », admettent les chercheurs, « en raison de la petite taille de l’échantillon ».