À entendre Claude Guéant, secrétaire général de l’Élysée et proche conseiller de Nicolas Sarkozy, l’Europe de demain devrait remettre au goût du jour la notion de préférence communautaire. Cette préférence « renouvelée » serait fondée non plus sur des critères de tarifs douaniers mais sur des notions de sécurité et de qualité alimentaire. Il s’agit, dit-il, « de ne pas laisser les marchés ouverts à des produits avantagés du fait d’un manque de qualité. » C’est une notion moderne, quoiqu’elle soit pratiquée depuis pas mal de temps : cela fait des années que l’Europe se protège contre le bœuf aux hormones américain. Les réticences à adopter certains OGM ressortent aussi du même réflexe.
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La logique est claire. Mais elle peut être coûteuse. À vouloir refuser des produits qui ne sont pas à nos standards, on s’expose à la même réaction de la part de nos clients. La Russie vient de le montrer en bloquant nos ventes de volailles et de porcs. De même, cette logique rendra plus difficile la poursuite de nos exportations de grands produits de commerce international comme les grains. Le commerce est d’abord un échange et les grands pays consommateurs qui nous achètent des grains veulent aussi pouvoir nous exporter de leurs matières premières ou produits transformés. Si on refuse les seconds au nom de l’environnement ou des standards sociaux on risque de se voir refuser les premiers. Pour toutes ces raisons, cette préférence communautaire renouvelée conduira immanquablement à orienter notre agriculture vers des produits plus haut de gamme, plus spécifiques, plus liés aux territoires. C’est jouable. Mais, il faut le savoir, cela implique toute une politique agricole et alimentaire cohérente, qui a son coût et qui sera lente à mettre en place. Les politiques d’importation et de production intérieure sont plus liées qu’on ne le croit.