« Le ralentissement à l’international a forcément des conséquences sur le développement de notre secteur et de nos entreprises », indiquait récemment un porte-parole des exportateurs français de vins et spiritueux. Ce qu’il constatait sur le champagne, dont les ventes ont baissé aux Etats-Unis au premier semestre, risque de s’amplifier ensuite et de s’observer aussi sur le cognac dans l’ensembles des marchés export. Le délégué général adjoint de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS), Renaud Gaillard, craint que 2008 et surtout 2009 soient particulièrement difficiles alors que la filière exporte plus du tiers de sa production. Or, rappelle-t-il, avec un chiffre d’affaires de 9 à 10 milliards d’euros, c’est quand même le deuxième poste français à l’exportation.
« Après deux années exceptionnelles en 2006 et 2007, nous avions anticipé un ralentissement » mais celui-ci est « certainement amplifié par le contexte actuel », selon Renaud Gaillard, délégué adjoint à la FEVS. Pour lui, 2008 sera « difficile» et «2009 sera une année délicate », surtout si les pays émergents sont aussi touchés par la crise.
Les exportations de vins pour les huit premiers mois de l’année ont diminué de près de 10% en volume. En valeur, les ventes mondiales restent toutefois en hausse de 7% à 4,2 milliards d’euros. Ce résultat est dû en grande partie à la cherté des grands crus 2005. La situation aux Etats-Unis, premier débouché de la filière avec près du quart des exportations, est source de préoccupations.
Pour le champagne, le marché américain -le second mondial- a enregistré un repli des ventes de 22% sur le premier semestre 2008 après déjà un recul de 6,2% en 2007. Après la hausse de l’euro, la filière champagne invoque la crise économique pour expliquer la baisse attendue de 2 à 3% de ses ventes mondiales en 2008.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Le cognac est aussi confronté à un « environnement compliqué et difficile », selon Alain Philippe, directeur du Bureau national interprofessionnel du cognac (Bnic), qui observe depuis cet été un « tassement » des ventes mais attend le début 2009 « pour avoir une vision des incidences de la crise » sur le cognac, les transactions intervenant en grande partie en fin d’année. Encore une fois, les Etats-Unis, premier marché mondial du cognac, sont regardés avec attention. Les ventes y sont en recul (-7%), comme sur le continent européen (-11%). Mais les pays émergents prennent le relais. Grand amateur de cognac, la Chine devrait continuer sur sa lancée avec une croissance de près de 23% sur un an. En Russie, le champagne, après un doublement en trois ans, enregistre une progression de 35%, lui permettant de retrouver la place de client de choix qu’elle avait il y a un siècle.
Décevantes foires aux vins
En France, où la consommation ne cesse de baisser depuis des années en raison des changements de mode de vie, les clients ont semblé bien prudents lors des foires aux vins de septembre et octobre. Les grandes surfaces n’ont pas rencontré le succès escompté, avec des chiffres d’affaires qui ont à peine décollé alors que d’ordinaire ces manifestations enregistrent des hausses d’environ 15%. Les magasins qui ont réussi à sauver la mise ont proposé des vins à petits prix, autour de 5 euros, comme chez Système U. Intermarché qui se félicite d’avoir lancé sa foire « avant le déclenchement de la crise » financière mi-septembre a mis l’accent sur des vins régionaux abordables. Le vin n’étant pas un « produit alimentaire indispensable, il peut être un poste d’ajustement des dépenses », explique Françoise Brugière, responsable de la division études et marchés chez Viniflhor.
Poussée des importations de vin
La France a, dans le même temps, accru de 8,3% en valeur (5,65 M€) et 2,3% en volume (5,5 Mhl) ses importations de vins en vrac au cours de la campagne 2007-2008, toujours selon Viniflhor. La majeure partie de ses importations sont des vins de table (89% en volume, 53% en valeur). Les mousseux, qui représentent une faible part de ces volumes, sont en forte hausse (+22% en valeur, +5,7% en volume). L’Espagne, qui est le premier fournisseur de la France, accroît sa part de marché. Elle a fourni 53% des volumes lors de la campagne 2007/2008 contre 44 % lors de la campagne précédente. L’Espagne est le pays producteur qui a les prix les plus compétitifs pour les vins de table : 0,34 €/l contre 0,43 pour la France, 0,46 pour l’Italie, 0,97 pour le Chili, 1,58 pour l’Australie et 1,87 pour les Etats-Unis.