Abonné

Fruits et légumes Premiers nuages sur la commercialisation 2005

- - 4 min

La commercialisation des premiers produits de saison (fraises, tomates et salades) a commencé sous des auspices inquiétants, avec des prix inférieurs au début de la campagne 2004, des écarts importants entre les prix à la production et au détail et des importations massives.

Après la crise des fruits et légumes de l’été 2004, les professionnels sont particulièrement attentifs au démarrage de la campagne de commercialisation, et cela d’autant plus que le démarrage d’une campagne est déterminant pour la suite.

Le 11 avril, le Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef) a fait état de prix inférieurs à ceux du printemps 2004 : 4,5 euros le kilo de fraise payé au producteur du Lot-et-Garonne, contre 7,5 l’an dernier ; 1,1 euro le kilo de tomates, contre 1,4. « La gariguette est achetée 4,5 euros au paysan, mais on la retrouve de 10 à 14 euros en grandes surfaces », a dénoncé Raymond Girardi, secrétaire général du Modef. Il a constaté deux anomalies : d’une part, un grand écart entre les prix payés aux producteurs, d’autre part l’arrivée massive (4 500 tonnes par semaine) de fraises d’Espagne, entrant à un euro à Perpignan, et vendues au détail deux euros.

Une raison de ce démarrage accidenté de la campagne des fruits et légumes est le télescopage des productions françaises avec les productions espagnoles et marocaines, qui ont été retardées par le froid et qui n’arrivent que maintenant sur le marché.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

fruits et légumes
Suivi
Suivre

La fraise sert de test

« La fraise servira de test. De nombreux syndicats suivent très attentivement l’évolution du marché », a témoigné le président de la section nationale de la fraise, Xavier Mas, qui a ajouté n’avoir « jamais autant reçu de coups de téléphone que cette année ». « Nous avions pourtant prévenu la grande distribution. Nous nous étions entendus avec elle sur un calendrier. Nous avons été écoutés, mais un peu tard ». Résultat : pendant la première semaine de commercialisation, fin mars-début avril, les fraises françaises n’avaient un taux de présence dans les rayons que de 34%, c’est-à-dire que les deux tiers des magasins ne commercialisaient pas de fraises françaises. Xavier Mas espère que les enseignes ont voulu déstocker le plus vite possible leurs réserves de fraises espagnoles et marocaines pour passer le relai aux fraises françaises. Pour lui, les débuts chaotiques de la campagne sont un avertissement, qui incitent à la vigilance. Il ne souhaite pas la mise en place du coefficient multiplicateur (il est déclenché en cas de crise pour modérer les marges des distributeurs). « Nous disposons de cet outil, mais nous ne souhaitons pas avoir à nous en servir. Si par contre nous avons à faire face à la même crise que celle de l’été 2004, les producteurs ne pourront pas s’en passer ».

Éric Tovo, responsable des fruits et légumes chez les Jeunes agriculteurs et producteur près d’Agen, a fait partie d’une délégation d’agriculteurs qui a rencontré des dirigeants de supermarchés et le préfet du Lot-et-Garonne. « Nous demandons aux GMS (grandes et moyennes surfaces) de jouer le jeu des productions françaises. Le consommateur qui fait l’effort d’acheter français pour la qualité gustative et la fraîcheur ne doit pas être déçu».

Rappelons que la fraise française ne couvre que 45% de la consommation. Depuis l’entrée de l’Espagne dans l’UE en 1986, la filière a constitué le Centre interrégional de l’expérimentation de la fraise (Ciref), qui fait de l’obtention variétale centrée sur les arômes et la résistance aux maladies pour éviter les traitements phytosanitaires.