La candidature de Philippe Mauguin à la présidence de l’Inra a été approuvée par les parlementaires. L’actuel directeur de cabinet du ministre de l’Agriculture devrait voir sa nomination annoncée prochainement. Durant son audition devant les parlementaires, le 13 juillet, il a présenté ses cinq priorités pour l’Inra, en tête desquelles un management des ressources humaines tourné vers l’attractivité et une stratégie scientifique qui mettrait l’accent sur l’agroécologie.
Après avoir été préférée par une commission ad hoc, à celle de l’actuel p.-d.g. François Houiller, ainsi que par les ministres de tutelle (Agriculture et Recherche) et le président de la République, la candidature de Philippe Mauguin à la présidence de l’Inra a été approuvée par les commissions économiques de l’Assemblée nationale et du Sénat. L’approbation de sa candidature a recueilli 39 voix pour, 25 contre, à la commission de l’Assemblée nationale et 10 voix pour, 10 voix contre au Sénat. Soit 49 voix pour et 35 contre au total. Une large majorité alors que seuls 3/5e de voix contre auraient pu entraîner une récusation de la candidature. Philippe Mauguin devrait donc voir sa nomination comme p.-d.g. annoncée prochainement avant d’en assumer les fonctions le 27 juillet.
« Réexplorer la diversité des cultures et des systèmes agricoles »
Durant la matinée, l’actuel directeur de cabinet du ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll avait défendu sa candidature devant la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale et avant celle du Sénat dans la foulée. Exposant son bilan des dernières décennies de recherche agronomique et de développement agricole en France, il explique : « On a resserré les choix de sélection variétale, on a simplifié les modèles de production pour gagner des éléments de productivité, et c’était utile ». Toutefois, pour Philippe Mauguin, « on a atteint les limites du modèle ». Et de citer la stagnation des rendements céréaliers dans le monde, les résistances de plus en plus préoccupantes des parasites, la pollution due aux excès d’intrants, la perte de valeur ajoutée chez les agriculteurs. Que faire, se demande alors Philippe Mauguin : « Il faut réexplorer la diversité des cultures, des systèmes agricoles et agroalimentaires », afin d'« améliorer la résilience aux accidents climatiques et alimentaires », « diversifier les sources de micronutriments dans l’offre alimentaire » et « reconquérir de la compétitivité pour les agriculteurs ».
Assurer « l’attractivité » des métiers, « aller plus loin » sur l’agroécologie
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Philippe Mauguin a ensuite présenté ses cinq priorités s’il était nommé à la présidence de l’Inra : sa première priorité est le « management des ressources humaines », un domaine dans lequel il souhaite organiser une « cohésion entre les métiers » (ingénieurs, chercheurs, techniciens…), et assurer leur « attractivité ». Sa deuxième priorité porte sur la stratégie scientifique de l’institut, domaine pour lequel il affirme reprendre en partie les travaux du Haut conseil d’évaluation de la recherche, qui a évalué l’Inra en 2015 ; Philippe Mauguin souhaite que l’Inra puisse « aller plus loin en matière d’agroécologie, avec une approche systémique », qu’il continue à travailler sur l’environnement (« le climat, l’air, l’eau et la biodiversité »), mais aussi qu’il participe à l’élaboration d'« un nouveau projet pour les filières animales ». Troisième priorité, l’innovation : Philippe Mauguin plaide pour que les programmes de recherche « combinent les compétences différentes » et se déroulent « en co-construction avec les acteurs de terrain », car « le défi de l’agroécologie ne se fera pas sans innovation technologique ». Sur ce sujet, il s’est défendu de vouloir augmenter les ressources de l’institut issues de contrats privés, précisant qu’il souhaitait simplement « ouvrir » l’institut aux acteurs économiques.
Un plan européen pour la recherche agronomique
En quatrième priorité, l’actuel directeur de cabinet de Stéphane Le Foll place la « coopération avec l’enseignement supérieur » ; il plaide pour augmenter le nombre d’associations entre les laboratoires Inra et les pôles universitaires régionaux : « Chaque site majeur de l’Inra a vocation à être un pôle de rayonnement mondial, dès lors qu’il sera connecté aux autres universités ». Enfin, le cinquième axe porte sur la stratégie internationale de l’institut : pour Philippe Mauguin, l’Inra est « déjà très impliqué à l’international » ; il relève que le taux de co-publication des chercheurs avec un homologue étranger y est déjà de 50 %. Pour développer cette orientation, il plaide pour le « développement des unités mixtes à l’échelle mondiale ». Il souhaite enfin que l’Inra puisse « proposer, avec des grands partenaires, comme l’université de Wageningen (Pays-Bas, ndlr), un plan pour la recherche agronomique européenne pour mutualiser les infrastructures pour être plus efficace et partager les choix stratégiques ».