Les interprofessions bovine, porcine et des volailles de chair ont présenté leurs propositions pour les candidats à la présidentielle. Leur point commun ? Une volonté de mieux se protéger contre les importations au nom de la « souveraineté alimentaire ».
À la veille du Salon de l’agriculture, plusieurs filières animales ont soumis, par le biais de leurs interprofessions respectives, leurs propositions aux candidats à l’élection présidentielle. Leur dénominateur commun ? Une volonté de mieux se protéger contre les importations au nom de la « souveraineté alimentaire ». Avec ses dix propositions dévoilées le 17 février, l’interprofession bétail et viandes Interbev espère ainsi s’assurer d’« un soutien politique cohérent quelle que soit l’issue de la présidentielle », explique son nouveau président Jean-François Guihard. Parmi les mesures plébiscitées par l’interprofession : des clauses miroirs sur les antibiotiques (1) et la déforestation, la protection de la dénomination des viandes, l’application d’Egalim et de la loi Climat dans les cantines scolaires, mais également la création d’un label « pour les établissements qui s’approvisionnent à 100 % en viande française ». « Nous demandons également quatre repas minimum par mois en restauration scolaire à base de viandes non hachées », complète Jean-François Guihard.
Autant de mesures qui sont d’autant plus importantes, selon Bruno Dufayet, élu en charge des enjeux sociétaux au sein d’Interbev, que « nous avons un vrai enjeu de maintien [de la production bovine] en France ». La décapitalisation, principalement due au non-remplacement des exploitants partis à la retraite, s’accélère : d’après l’Idele (Institut de l’élevage), le cheptel bovin (laitier et allaitant) a fondu de 651 000 têtes entre 2016 et 2021.
« Recrudescence » des importations de volailles
De son côté, l’interprofession des volailles de chair Anvol veut « reconquérir le marché français et renforcer notre souveraineté alimentaire », a résumé son président Jean-Michel Schaeffer le 22 février. Extension aux viandes transformées de l’étiquetage de l’origine en restauration hors domicile (RHD), « exception alimentaire » pour la commande publique, lutte contre les importations au nom de la déforestation importée et via des clauses miroirs, etc. L’interprofession a présenté ses douze propositions dans un contexte de « recrudescence des importations » en 2021 – notamment en provenance de Pologne –, selon le vice-président Paul Lopez (FIA, industriels). Tous canaux confondus, 38 % des volailles consommées en 2021 étaient importées (45 % pour les poulets), contre 34 % en 2020. Une progression de l’import qui s’explique par la réouverture de la restauration, largement consommatrice de viandes importées (80 % pour le poulet par exemple).
L’enjeu pour la filière française des volailles ? Ne pas laisser ses concurrents profiter de la croissance de la consommation, de retour en 2021 (+1,9 % en volume pour tous les circuits, à 1,92 million de tonnes). Dans le détail, cette hausse n’a concerné que le poulet, première espèce élevée en France (+5,4 %), quand les autres volailles – dindes, pintades, canards à rôtir – cédaient 7,7 %. La production, elle, recule de 1,8 % : seuls le poulet (+0,9 %) et les volailles festives (+1 %) ont progressé en 2021.
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Inaporc met l’accent sur l’export
Quant à l’interprofession porcine Inaporc, elle met l’accent sur l’exportation, un débouché crucial pour le secteur français. Ses neuf propositions, présentées dans un communiqué du 23 février, visent à « répondre à la demande du marché national et à continuer à exporter les produits porcins non consommés en France ». En écho à une récente demande de la Fict (charcutiers industriels), Inaporc souhaite « renforcer les équipes export de l’État », tout en rappelant que « l’export concerne 30 % de la production française et valorise des pièces de découpe non consommées en France (pieds, oreilles…) ».
La filière porcine insiste aussi sur le dossier de la peste porcine africaine (PPA) : outre la lutte contre la maladie, elle enjoint les candidats à « obtenir des accords de zonage » avec « les pays tiers et notamment les pays d’Asie ». Un premier protocole a récemment été signé avec la Chine, qui permet la poursuite des exportations en provenance des zones indemnes de PPA. Pour freiner les importations, Inaporc demande aussi que seuls les produits « dont la matière première principale est d’origine française » puissent « évoquer la France » sur leurs emballages (usage du drapeau notamment). Une disposition prévue par la loi Egalim 2 du 18 octobre 2021 (article 12), mais dont le décret d’application n’est pas paru.
L’interprofession porcine appelle aussi à « objectiver l’information au consommateur » à travers une réforme du Nutri-Score pour l’appliquer à un « repas complet », et non à un produit seul. Inaporc demande en outre aux candidats de s’engager à « financer des travaux de recherche » sur la sécurité sanitaire, les conditions d’élevage, la valorisation des coproduits ou encore la neutralité carbone.