Abonné

Alcools/UE Pressions de l'industrie sur Strasbourg pour appuyer une définition « européenne » de l'absinthe

- - 5 min

L'industrie européenne des spiritueux fait des pieds et des mains pour persuader les eurodéputés d'appuyer un projet de règlement de la Commission européenne prévoyant une définition européenne de l'absinthe (1). Motif de cette frénésie : la hantise de voir la plénière du Parlement européen reprendre à son compte la position de sa commission de l'environnement laquelle recommande de rejeter le projet de règlement de Bruxelles car, soutient celle-ci, « exiger des concentrations minimales de substances spécifiques pour apposer l'étiquette “absinthe” sur une boisson porterait nécessairement atteinte aux méthodes de production traditionnelles ». En vérité, l'objectif de l'opération est surtout d'empêcher les Suisses de s'approprier le nom « absinthe » sous forme d'IGP au profit des seuls producteurs du « Val de Travers » helvète. Pour les industriels européens, ils s’agit d’une pure opération financière au profit des Suisses.

Encore une opération de gros sous

À la veille d'un vote du Parlement européen sur le projet de règlement visant à établir une définition communautaire de l’absinthe, SpiRITSEUROPE, le porte-voix de l'industrie européenne des spiritueux, exhorte les eurodéputés à voter contre la « motion de résolution » de la commission de l'environnement, laquelle motion tente de bloquer la proposition de la Commission européenne. Mais pourquoi voter contre? Parce que, selon SpiRITSEUROPE, « les consommateurs ne doivent pas être trompés et il est important d'établir une définition de l’absinthe fondée sur des critères qualitatifs pour éviter la tromperie du consommateur par le maintien de la recette traditionnelle de l’absinthe et de ses caractéristiques ». De plus, comme le propose la Commission européenne, « un niveau minimum de thuyone dans l’absinthe est nécessaire parce que sa présence confirme que la bonne plante et la bonne variété ont été utilisées » (2). Mieux : la présence de thuyone déterminerait les arômes et les saveurs d' « Artemisia absinthum L » et son absence irait à l'encontre de la typicité et de la qualité du produit : « La limite de 5 mg/litre étant considéré comme un indicateur de la production qualitative de l'absinthe » (limite justement proposée par la Commission européenne et que la plupart des producteurs helvètes n'arrivent pas atteindre). La définition, telle que proposée par la Commission, ne poserait par ailleurs « aucun risque pour la santé en ce qui concerne les niveaux proposés de thuyone (entre 5 et 35 mg/litre) ». Ce n'est pas fini : un niveau minimum de « anéthole » (3) est également nécessaire dans l'absinthe parce que, dixit SpiRITSEUROPE, « l'anéthole », qui provient de la plante d'anis, « est responsable de l'équilibre organoleptique typique de l'absinthe comme il neutralise l'astringent naturel de la plante Artemisia L. absinthum ». Cette substance serait également responsable de « l'effet trouble typique lorsque l'eau est ajoutée au cours du processus traditionnel de consommation ».
0,5 g/litre serait là aussi considéré comme « le niveau en dessous duquel la qualité et la typicité de l'absinthe sont perdus ».

Tout faire pour bloquer les plans helvètes

Bref, aux yeux du lobby de l'industrie des spiritueux, la définition de l'absinthe présentée dans le projet de règlement de la Commission représente « un compromis équitable entre les différents producteurs d'absinthe, notamment l'Association française des spiritueux, l'Association allemande des spiritueux et l'Association tchèque des spiritueux ». Mieux : début mars 2013, une majorité écrasante du Conseil des ministres de l'UE a voté en faveur de ce projet de règlement (l'Autriche a voté contre et l'Allemagne s'est abstenue). Plus prosaïquement, l'industrie des spiritueux considère que l'UE a besoin d'une définition européenne de l'absinthe « pour protéger en fait les intérêts du secteur et empêcher la Suisse de s'approprier le terme « absinthe » à travers son initiative de l'enregistrer comme indication géographique suisse au seul profit de ses producteurs du Val de Travers». Elle avertit par ailleurs que rejeter le projet de règlement de la Commission « bloquerait du même coup l'adoption de mesures aussi nécessaires pour le secteur des spiritueux telles que l'utilisation du terme «sec» pour la présentation de certains « gins » ainsi que l'enregistrement de trois nouvelles indications géographiques spécifiques de Pologne, de Hongrie et de Lituanie.

(1) Projet de règlement de la Commission modifiant les annexes II et III du règlement 110/2008 sur « la définition, la désignation, la présentation, l'étiquetage et la protection des indications géographique des boissons spiritueuses » et dans lequel est incluse la définition de l'absinthe.
(2) Pour les néophytes, la thuyone serait le seul ingrédient actif dans la plante « Artemisia L.1 absinthum » utilisé pour la production d'absinthe, – d'autres variétés d'Artemisia ne posséderaient pas cette substance.
(3) L'anéthole provient de la plante d'anis (Pimpinella anisum) traditionnellement utilisée dans la recette d'absinthe.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Commission européenne
Suivi
Suivre
spiritueux
Suivi
Suivre