Abonné

Crise alimentaire Prête à accroître son aide au développement, l’UE se divise sur l’origine des fonds

- - 4 min

L’idée lancée avec enthousiasme par la commissaire européenne à l’agriculture, Mariann Fischer Boel – utiliser les marges budgétaires agricoles pour venir en aide aux agricultures des pays en voie de développement – a été fraichement accueillie, pendant le Conseil informel du 25 au 27 mai, par les ministres européens de l’agriculture.

Mariann Fischer Boel a suscité la surprise des ministres européens de l’agriculture, en évoquant la possibilité d’affecter les crédits agricoles non utilisés pour aider les pays en développant à acheter des semences et des engrais. « Nous allons regarder quel budget sera disponible en 2008-2009 étant donné que nous dépenserons moins d’argent pour le stockage prive, les restitutions à l’exportation et les autres mesures de marché », a indiqué la commissaire européenne à l’agriculture. Selon celle-ci, le transfert de budget de l’agriculture européenne vers l’agriculture des pays moins développés seraient une « excellente idée ». Les crédits pourrait transiter par la FAO ou le Programme alimentaire mondial et alimentaire des fonds de développement ou des microcrédits.

« Quelques centaines de millions d’euros »

Si aucune proposition chiffrée n’a encore été dévoilée par Bruxelles, des sources européennes évoquent une fourchette de « quelques centaines de millions d’euros ». On indique aussi qu’il risque en fait de ne pas y avoir de marge budgétaire dans l’enveloppe prévue pour le soutien des marchés. Mais qu’un mécanisme similaire à celui utilisé pour le financement de Galileo pourrait être utilisé : le recours aux marges budgétaires prévues par la Commission européenne dans chaque budget annuel. Ces dernières seraient de l’ordre de 1,6 milliard d’euros.

Avant toute chose, il faut toutefois que l’ensemble des Etats membres acceptent de renoncer à la possibilité de récupérer cet argent, comme le prévoit aujourd’hui la législation communautaire. « Il faut montrer que nous avons la volonté d’aider » les pays en développement, a tenté de convaincre la commissaire soulignant qu’une telle aide financière serait « mieux » et plus efficace que des dons de nourriture.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

« La meilleure saison agricole possible l’an prochain »

« Je ne suis pas sûr que le meilleur moyen (d’aider les pays pauvres) soit de prendre l’argent des dépenses agricoles » européennes, a indiqué le ministre slovène de l’Agriculture, Iztok Jarc. « On ne peut pas nourrir la planète avec la Pac », a également jugé devant les journalistes le ministre autrichien, Josef Pröll. Son homologue néerlandaise, Gerda Verburg, a parlé « d’une idée sympathique mais qui, j’en ai peur, ne marche pas » sur le long terme. Et le ministre allemand Horst Seehofer a fait part de son « grand scepticisme ». Pour sa part, le ministre français, Michel Barnier, a qualifié le projet d’ « idée à évaluer » et qui, de toute façon, « ne peut pas être une mesure structurelle ». Ce peut-être un mécanisme « utile pour la prochaine saison agricole », a-t-il reconnu soulignant qu’il fallait qu’elle soit « la meilleure possible » dans les pays en développement.

Remettre l’agriculture en tête de l’agenda du développement

Cependant, le ministre français a promu l’idée de « remettre l’agriculture en tête de l’agenda de la coopération internationale ». « Sans donner la Pac en modèle », Michel Barnier a souligné que l’UE « aurait intérêt à soutenir des projets qui ont une cohérence géographique », à encourager l’organisation qui partagent « des fleuves communs, des risques communs » et qui pourraient « mutualiser la gestion des risques sanitaires et hydologiques », citant l’exemple de l’Afrique de l’est, de l’ouest ou du Maghreb.