La loi sur la modernisation de l’agriculture s’annonçait comme un projet relativement consensuel, sans aspérités politiques et sans débat radical. Il n’en est rien : même si le grand public et les médias généralistes regardent plutôt du côté de l’affaire Woerth, ce texte a provoqué des affrontements vifs, à la hauteur de l’enjeu. Ce n’est pas étonnant. Ces affrontements concernent des questions de principes fondamentaux pour la société : le partage entre les priorités économiques et écologiques (amendement Le Fur sur les installations classées) ; le maintien ou la remise en cause de structures territoriales bien ancrées dans la vie locale (Adasea) ; la destination du foncier, son usage et le partage entre la ville et la campagne (taxe foncière) ; le maintien ou la remise en cause de politiques publiques cédant le pas à des outils privés de régulation des revenus , etc.
« L’agriculture concentre tous les problèmes que pose l’économie libérale » disait début juin Martine Aubry, la première secrétaire du PS. Plus généralement, l’agriculture symbolise toutes les rencontres entre la modernité et la tradition, le citadin et le rural, la compétitivité et le respect de la nature. Plutôt que de « rencontres » on pourrait plutôt dire les « contradictions ». Ceci explique pourquoi, à l’ouverture de la discussion sur le projet, les députés et les prises de paroles ont été particulièrement nombreuses. Ce n’est pas seulement pour que chaque député rural puisse revenir chez lui témoigner de son ardeur paysanne envers ses électeurs. C’est aussi qu’ils ont senti, sans doute, qu’il s’agissait d’un vrai débat de société. Et que bon nombre d’articles de ce projet contribuent à développer une agriculture comptant plus sur ses propres forces que sur le rôle de l’Etat. C’est, en somme, de la privatisation.