Les membres de l’interprofession laitière ont fini par tomber d’accord sur un prix du lait payé aux producteurs. C’était le mardi 13 septembre, à 13 heures, à quelques minutes de la visite du Premier ministre au salon Space de Rennes. Le ministère de l’Agriculture avait vivement fait pression pour qu’un accord calme les relations interprofessionnelles. Si les entreprises respectent l’accord, le prix va baisser de 6,50 euros/1 000 litres de lait sur septembre et de 8,80 euros/1 000 litres au quatrième trimestre. Une diminution qui, sur l’année, devrait être située entre 6,8 et 11,10 euros/1 000 litres selon les chiffres des producteurs. Elle serait compensée par le supplément d’aide directe laitière payée en octobre (12 euros supplémentaires pour 1 000 litres par rapport à 2004).
La recommandation nationale pour l’évolution du prix de base du lait est donc de -6,50 euros/1 000 litres de lait sur septembre et de -8,80 euros/1 000 litres au quatrième trimestre. Les entreprises plutôt productrices de produits industriels peu valorisés (poudre, beurre…) pourront faire une réfaction supplémentaire (dite « flexibilité additionnelle ») étagée entre -1,80 euro et -5,30 euros. En effet, l’interprofession a décidé d’introduire un mécanisme de « tranches » : les entreprises dont la part des produits industriels est située entre 25 % et 30 % pourront appliquer une baisse additionnelle de -1,80 euro ; entre 30 % et 35 % le supplément sera de -3,5 % ; au-dessus de 35 % de produits industriels, ce chiffre passe à -5,3 % supplémentaires. Tandis que le ministre de l’Agriculture s’est félicité de cet accord, la Confédération paysanne estime, dans un communiqué, que la baisse de la recette laitière ne sera pas compensée par l’aide directe européenne ; la Coordination rurale, via l’OPL, considère que les producteurs « ont été piégés. »
Un « prix politique »
Chacun, semble-t-il, a fait un petit pas en avant pour permettre ce compromis. C’est un « prix politique », selon les termes d’un producteur, prix destiné à régler le problème de fin d’année, d’autres discussions devant avoir lieu pour remettre en place un mécanisme moins contesté.
Côté industriels, on en avait sans doute assez des actions syndicales et surtout d’une concurrence entre entreprises qui se portait sur les coûts d’achat du lait. « La mobilisation a payé », dit-on à la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait). Pour la fédération, cet « accord de raison » permet de « sortir de l’anarchie des mois de juillet et août, où la spirale sans fin de baisses hétérogènes menaçait de déstabiliser la filière ».
Reste à savoir si cette décision sera bien appliquée par les entreprises de transformation. Chez les producteurs, on fait la différence entre certaines sociétés jugées « moins mauvais payeur » (en citant Bel, Danone, Bongrain, voire Lactalis) que d’autres (en citant Entremont).
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Chez Atla (association des transformateurs laitiers) on est, pour le moins circonspect sur cet accord qui, comme tout compromis, « ne satisfait personne ». Les industriels prennent acte de « l’amélioration de la prise en compte des mauvaises valorisations beurre/poudre et de leurs conséquences, les laits flottants, qui désorganisent la filière ». Au total, selon les industriels, « la baisse moyenne annuelle du prix du lait reste limitée à 2,5 % et la recette laitière des producteurs augmentera en 2005 d’environ 1,7 % (différence entre l’aide directe laitière et cette baisse moyenne annuelle du prix du lait) ».
Éviter une dérive à la baisse
Côté producteurs, il fallait éviter une dérive continuelle non contrôlée qui allait vers toujours plus de baisse. Les éleveurs ne devraient en principe, pas trop mal s’en sortir quant à leur recette laitière, tout au moins si l’accord est respecté par les entreprises. Sur l’année, selon la FNPL, la baisse de recette s’étagera entre -6,80 euros/1 000 litres et -11,10 euros. Or, l’aide laitière européenne touchée en fin d’année, de 24 euros/1 000 litres, intègre un supplément de 12 euros qui devrait compenser une grande part de cette diminution. Cela ne veut pas dire que leur revenu (qui dépend aussi des charges) sera sauvé ; mais cela représente au moins une stabilité de chiffre d’affaires.
« Au moins une année et demi a été perdue » par la filière laitière quant à sa réflexion sur les conséquences de la réforme de la PAC de 2003 souligne, lucide, Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA. Le retard pris dans la restructuration industrielle a eu comme conséquence d’abandonner la valeur ajoutée de la filière à la grande distribution, explique l’ancien président de la FNPL. « Il faut s’engager avec le soutien du médiateur à booster les entreprises vers cette nécessaire restructuration »,souligne le leader syndical. Les pouvoirs publics peuvent jouer un rôle aux moyens de leviers financiers». « Quant à l’accord sur le prix du lait du 13 septembre, il doit être respecté par les entreprises laitières. C’est une exigence », avance le président de la FNSEA. « On ne vide pas des citernes de lait par plaisir : les producteurs ont fait des concessions pour éviter la débandade », a conclu Jean-Michel Lemétayer.