Afin d’assurer « une juste rémunération » des éleveurs laitiers, la Coordination rurale demande un prix de 450 €/ 1 000 litres de lait et soutient la concentration de l’offre grâce à des AOP de bassin.
« Il manque 100 € aux 1 000 litres », a martelé Véronique Le Flo’ch, secrétaire générale de la Coordination rurale (CR), lors du congrès de son organisation des producteurs de lait (OPL) réuni à Laval le 17 mai. En effet, « l’industrie laitière se porte bien » avec « 20 milliards de chiffre d’affaires supplémentaires en cinq ans ». « Ce n’est pas le cas des agriculteurs, voilà pourquoi il y a des demandes ». Et la responsable de la section OPL, justifie : « Il faut une rémunération qui va justifier que l’on installe des jeunes ». Bernard Lannes, président national de la CR, renchérit : « Les agriculteurs sont la seule profession qui travaille à perte. »
14,21 € pour 100 kg de lait
Se basant sur une étude commandée par l’European Milk Board (EMB) réalisée par l’organisme de recherche allemand BAL, la Coordination rurale, qui « a participé à son élaboration », demande un prix de 450 €/1 000 litres de lait. En effet, pour le syndicat, les autres études présentent la lacune de ne pas, ou que très peu, prendre en compte la rémunération du travail dans les coûts de production. Et prend l’exemple de l’institut de l’élevage dont les travaux prennent en compte 35 heures de travail par semaine. Ainsi, avec une « rémunération sur la base de 1,5 SMIC brut horaire, qui prend en compte toutes les heures travaillées », le calcul de la CR aboutit à un coût du travail de 14,21 €/100 kg de lait en France. En y ajoutant le coût des intrants, les dépenses générales et en déduisant les recettes de vente des bovins et les aides, le « coût de la production laitière » est estimé à 45,14 €/100 kg par l’étude. La ventilation par région fait apparaître des disparités avec un coût estimé qui varie de 39,56 €/100 kg en Bretagne à 59,26 €/100 kg en Rhône-Alpes. Invité au congrès, Erwin Schöpges, président de l’EMB réagit : « 43 à 45 cts/l, ce doit être notre revendication, et pas un cents de moins ».
Des AOP transversales
Pour aboutir à un rapport de force équilibré qui permettrait cette hausse des prix, la CR veut s’appuyer sur la concentration de l’offre. Véronique Le Flo’ch considère qu’une « nouvelle structuration de la filière » est nécessaire grâce à des associations d’organisations de producteurs (AOP) transversales de bassin. Toutefois, le président de l’EMB avertit que les « OP ne vont pas nous sauver », en effet, « s’il y a trop de lait, alors le rapport de force face à la transformation est disproportionné ».
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La Coordination rurale demande un prix de 450 €/1 000 litres de lait
« Une nouvelle structuration de la filière » est nécessaire grâce à des AOP transversales de bassin
L’EMB veut une gestion européenne des volumes
L’European Milk Board, auquel est affiliée la Coordination rurale, demande depuis la fin des quotas laitiers, une gestion des volumes au niveau européen car « un marché où l'on produit trop ne sera jamais rémunérateur ». Dans cet objectif, Erwin Schöpges, nouveau président du syndicat, propose un « programme de responsabilisation face au marché » en trois phases et qui serait entièrement autofinancé par un prélèvement de « 0,5 centime par litre ». Premièrement, une phase d’alerte si le prix descend « sous 40 centimes » et montre « qu’il y a trop de lait ». Si malgré l’alerte, la production ne diminue pas et que le prix passe « sous la barre des 38 centimes », une seconde phase de « réduction volontaire indemnisée » et de « plafonnement de la production par pays ou agriculteur » est mise en place. Enfin, si les prix ne remontent pas, l’EMB propose une troisième et dernière phase de « baisse obligatoire de la production pour tous les pays et pour toutes les exploitations ». Pour le président de l’EMB, cette dernière phase « ne devrait pas être nécessaire », la seconde étant supposée suffisamment efficace pour réguler la production. Un préalable à ce programme reste nécessaire : un observatoire européen du lait ayant un rôle de régulateur et non plus un rôle d’observateur comme c'est le cas actuellement.