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Prix et marges : des déséquilibres encore trop grands tout au long de la chaîne

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L’Observatoire de la formation des prix et des marges, présidé par Philippe Chalmin, a remis son 10e rapport au Parlement. L’occasion, une nouvelle fois, de constater que la juste répartition de la valeur tout au long de la chaîne alimentaire, voulue par la loi EGAlim, reste un vœu pieux. FNSEA et JA demandent aux députés de se saisir du texte de Grégory Besson-Moreau pour renforcer véritablement cette législation. Un texte examiné en commission le 15 juin au soir, avant un examen à l’Assemblée nationale le 24 juin.

Philippe Chalmin, président de l’Observatoire de la formation des prix et des marges (OFPM) des produits alimentaires, a remis son rapport au Parlement le 15 juin. Outre son analyse détaillée pour l’année 2020, cette dixième édition donne également une rétrospective des travaux menés depuis sa création en 2010. « Une période 2010-2020 marquée par l’achèvement du démantèlement des outils de régulation des marchés de la politique agricole commune et la mondialisation croissante des marchés, avec pour corollaire une instabilité des prix agricoles, néanmoins lissée au stade de la consommation », est-il rappelé. Mais cette 10e édition révèle également pour la première fois le taux de rentabilité et le résultat net moyen sur un échantillon représentatif d’entreprises laitières françaises. Une indication rendue possible grâce à une première étude réalisée par Efeso Consulting pour l’Atla et l’Observatoire. « C’était important d’arriver à une plus grande transparence », s’est félicité Philippe Chalmin. Jusqu’ici, l’Observatoire s’arrêtait à l’Ebitda. « Pour l’année 2019, le taux de rentabilité est de 0,9 % du chiffre d’affaires et le résultat net moyen de 8,7 € pour 1 000 litres de lait », est-il précisé dans le communiqué. « Cela permet de relativiser un certain nombre de discussions en cours », a glissé le président de l’OFPM, non sans ajouter que l’écart type de ce résultat est « relativement élevé », l’expliquant par une grande diversité des métiers laitiers.

Globalement selon l’OFPM, les évolutions des prix et des marges sont restées contrastées selon les filières en 2020. Ainsi, entre 2019 et 2020, les prix à la production agricole sont globalement stables (+ 0,5 %), malgré une diminution des prix des moyens de production de 1,4 %, tout comme les prix des produits des industries alimentaires (+ 0,5 %), selon l’Insee. Et ce, alors que les prix à la consommation des produits alimentaires affichent une nouvelle augmentation de 2,2 %, supérieure à l’inflation. Dans la grande distribution, les marges 2019 (les données 2020 n’étant pas disponibles) sont, elles aussi, en hausse. « Pour l’ensemble des rayons alimentaires frais, après imputation des charges, la marge nette rapportée au chiffre d’affaires ressort à 2,5 % avant impôt, en hausse par rapport à 2018 (1,8 %). Elle s’établit à 1,7 % après impôt », détaille le rapport.

Mieux répartir la valeur

Une publication qui n’a pas laissé les agriculteurs sans réaction, ces derniers estimant d’ailleurs qu’il est « un signal supplémentaire pour renforcer EGAlim<0x2009>! ». Dans un communiqué commun, la FNSEA et les JA constatent que si les outils de la loi EGAlim (relèvement du seuil de revente à perte et encadrement des promotions) « ont permis de mettre fin à la spirale déflationniste en magasins », la répartition de la valeur tout au long de la chaîne ne fonctionne pas. « Alors que les coûts de production augmentent, et explosent même dans certaines filières, les prix payés aux producteurs stagnent voire diminuent ». Même chose pour les industriels « qui subissent des tarifs négociés à la baisse », peut-on lire dans leur communiqué. Pour la FNSEA et les JA, « le constat est sans appel<0x2009>: les marges se restaurent au profit de la seule grande distribution – sans même la prise en compte totale de l’effet Covid, qui lui a été favorable ». Amers, ces derniers espèrent que ce rapport amènera « les députés à se saisir du texte de Grégory Besson-Moreau (LRM) pour renforcer véritablement la loi EGAlim et enfin permettre d’atteindre ses objectifs, au premier rang desquels figure la juste rémunération des agriculteurs en France ».

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Egalim 2 : le rapporteur favorable à une alternative à la transparence dans les CGV

Grégory Besson-Moreau, auteur et rapporteur de la proposition de loi (PPL) visant à protéger la rémunération des agriculteurs dite Egalim 2, a annoncé le 15 juin, en préambule de l’examen en première lecture du texte en commission des affaires économiques, qu’il était favorable à une alternative à la transparence dans les conditions générales de ventes (CGV) des fournisseurs de la grande distribution. En effet, telle qu’initialement écrite, la PPL prévoit que les « matières premières agricoles utilisées et leur prix d’achat devront figurer dans les CGV ». « Je comprends les réticences des transformateurs qui ne souhaitent pas devoir inscrire noir sur blanc dans leurs CGV ces informations », a expliqué le député de l’Aube. L’alternative qu’il a évoquée consisterait à recourir à un « tiers indépendant » (également appelé tiers de confiance). De nombreux amendements restant à examiner ont été déposés sur cette partie du texte. Lors de cette session, les députés ont également adopté un amendement du rapporteur visant à « prendre les indicateurs de coûts de production comme socle de la négociation » entre le producteur agricole et leur premier acheteur. La loi Egalim prévoyait jusque-là uniquement leur prise en compte. « Les indicateurs de coûts de production sont la clé de voûte pour protéger la rémunération des agriculteurs », défend Grégory Besson-Moreau.

Agra Presse