Abonné
« La France a un problème dans les relations entre les acteurs de la filière des produits alimentaires et tout l’intérêt du second rapport de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires a été d’ouvrir le dialogue entre eux », s’est félicité Philippe Chalmin, professeur à Paris Dauphine et qui préside aux destinées de cet Observatoire. Il a rendu les conclusions des études menées sous le pilotage de FranceAgriMer ce 13 novembre au ministre de l’Agriculture ainsi qu’au ministre délégué à l’Agroalimentaire. « Nous traversons une crise difficile et tout le problème va être de lancer le dialogue dans l’intérêt général sans chercher à savoir qui fait son beurre, car le problème est beaucoup plus complexe », a estimé l’économiste. Ouvrir cette discussion, tel sera l’enjeu de la table-ronde sur les relations commerciales entre producteurs, transformateurs et distributeurs. « L’objectif est de mieux répartir la valeur ajoutée tout au long de la filière et ajuster une juste valeur. Mais par delà une simple répartition, il faut créer davantage de valeur ajoutée pour dégager des marges afin de mieux investir et exporter encore plus », a déclaré Guillaume Garot.
Des marges nettes variables
L’apport important de cette seconde édition du rapport de l’Observatoire est que pour la première fois, la diffusion d’informations détaillées sur les comptes par rayon alimentaire frais de la grande distribution, ont été fournies par les principales enseignes. Il en ressort que pour 100 € de vente en hypermarchés et supermarchés, la marge nette est très variable d’un rayon à l’autre. Le rapport met aussi en évidence la situation actuelle délicate des industries alimentaires confrontées à la hausse de leurs coûts en matières premières, ainsi que l’impact de la hausse des coûts de l’alimentation des animaux dans les exploitations d’élevage.
Le rapport 2012 de l’observatoire présente également pour la première fois la décomposition de la dépense alimentaire nationale en valeurs ajoutées induites dans l’ensemble des branches de l’économie nationale. Sur 100 € de dépenses alimentaires, environ 8 euros reviennent actuellement à l’agriculture et 11 euros aux industries agroalimentaires, loin derrière le commerce (21 euros). « Nous consommons des produits de plus en plus élaborés, qui nécessitent de plus en plus de services, justifie Philippe Chalmin. Ce chiffre reflète aussi le changement de système de la Pac, qui est passé d'un soutien aux prix directement payé par le consommateur, à un soutien par les aides ». Il a commenté les résultats du rapport 2012 en ces termes : « En France, on adore dire qu'il y a des gens qui s'en mettent plein les poches, c'est beaucoup plus compliqué que cela ». Ainsi, indique-t-il, « le rayon boucherie est l'un des rayons dont les charges rapportées au chiffre d'affaires sont les plus élevées » : vendre de la viande désossée, découpée, emballée, coûte 1,90 euro au super ou hypermarché, pour 100 euros de chiffre d'affaires (CA). « Quand la flambée des prix de l'alimentation animale ont renchéri la production du porc et de viande bovine, industriels et distributeurs ont joué un rôle de modérateur » en aplatissant leur part, estime Philippe Chalmin. Quitte à se rattraper éventuellement sur la volaille. Majoritairement en libre-service et rarement transformée en magasin (sauf rôtisserie), elle apporte une marge nette de 5,9 euros pour 100 de chiffre d'affaires. Ce qui en fait le plus rentable des rayons étudiés dans les sept enseignes qui ont accepté de partager leurs comptes: Carrefour, Casino, Leclerc, Auchan, Intermarché, Système U, Cora. La charcuterie, malgré le personnel qu'elle implique en vente à la coupe, est le deuxième rayon le plus rentable derrière la volaille, avec 5,1 euros de marge pour 100 de chiffre d'affaires. En revanche, les fruits et légumes, qui exigent surface et maintenance pour rester frais, dégagent une faible marge. Quant aux produits laitiers, le plus gros rayon en termes de chiffre d'affaires, ils brassent de tels volumes qu'ils génèrent une marge nette de 1,9 euro.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Suivi
Suivre
Suivi
Suivre