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UE/Sucre Producteurs européens et des pays ACP sont hostiles à une levée des quotas de sucre

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Les producteurs de sucre européens et ceux des pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique) n’apprécient pas vraiment les demandes des industries utilisatrices de sucre de l’UE visant à abolir les quotas de production de sucre au sein de l’UE. Les uns et les autres estiment que les inquiétudes liées à l’approvisionnement et aux prix des denrées alimentaires sur les marchés ne peuvent pas être résolues par une telle mesure. Cette levée des quotas de production serait soutenue par la Commission européenne, laquelle, se basant sur les conclusions d’une étude d’impact, pourrait l’annoncer officiellement le 12 octobre par la bouche du commissaire à l’agriculture, Dacian Ciolos.

Nous ne partageons pas la position des industries européennes utilisatrices de sucre qui réclament la levée des quotas de production de sucre ». Elisabeth Lacoste, secrétaire générale de la CIBE (Confédération internationale des betteraviers européens), explique à Agra Alimentation que les conclusions de l’étude d’impact (commandée et payée par la Commission européenne) auxquelles fait référence l’industrie utilisatrice de sucre pour étayer sa récente demande d’abolir les quotas de production de sucre « ne sont ni probantes ni cohérentes avec les objectifs de la réforme de la Pac ». Elle considère que le secteur sucrier européen a déjà fait l’objet d’une récente réforme dont les effets se feraient encore sentir au travers d’une restructuration très lourde de la filière de production. Mêmes observations de la part de la Confédération européenne des fabricants de sucre (CEFS) qui estime que les demandes du CIUS (Comité des industries utilisatrices de sucre de l’UE) sont « ambigües et font un amalgame entre données à court terme et données à long terme ». Marie-Christine Ribera, sa directrice générale, a rappelé à Agra alimentation que dans le cadre de la gestion du marché du sucre pour 2011-2012, la Commission européenne a déjà pris des mesures exceptionnelles telles l’autorisation de nouvelles importations ou de mise sur le marché de sucre hors quota et qu’en ce qui concerne la campagne de 2012 la situation sera plus que probablement très différente. Selon elle, en 2010 les récoltes de betteraves ont déjà été assez importantes et en 2011, avec les bonnes conditions météo qui ont prévalu, « les résultats seraient encore meilleurs qu’en 2010 ». D’ailleurs, souligne-t-elle, « le bilan fait par la Commission européenne elle-même, au 15 septembre 2011, fait état d’un report de quelque 2,5 millions de tonnes de sucre ». Marie-Christine Ribera ajoute que la Commission dispose déjà de tous les outils nécessaires pour bien gérer le marché et qu’elle n’aurait, de ce fait, pas besoin d’abolir les quotas de production. Et quelle serait la réaction de la CIBE si, comme l’affirment certaines rumeurs, le 12 octobre la Commission proposait d’abolir les quotas de production ? « Ce ne serait pas une surprise pour nous, elle le fait depuis 2003 ! », nous répond sa directrice générale. « C’est dans la logique qu’elle a adoptée avec les quotas laitiers. Elle veut homogénéiser les systèmes ». Sauf que, souligne-t-elle, « le Parlement européen et les planteurs de betteraves européens ont quant à eux demandé à ce que le système des quotas soit prolongé jusqu’en 2020 ». Pour la dirigeante du CEFS, « tout arrêter en 2015 c’est un peu raide ; on est prêts à procéder à des rationalisations comme on l’a déjà fait par le passé mais nous ne sommes pas d’accord pour une libéralisation totale du jour au lendemain ! ».

Contrer les fluctuations du marché mondial
Le Groupe « Sucre » des pays ACP espère lui aussi que les informations qui ont fuité dans la presse sur les conclusions de cette étude d’impact de la Commission « ne sont pas exactes » et considère que « certaines hypothèses et résultats majeurs présentés dans l’étude sont plus que contestables, en particulier la suppression des quotas de production de sucre». Selon les pays ACP, « une abolition des quotas irait à l’encontre des souhaits de la plupart des acteurs du secteur, notamment le Parlement européen, les betteraviers européens, le Groupe des Etats ACP et les pays les moins avancés ». Ils estiment que le régime sucrier en vigueur « a prouvé sa capacité à gérer de façon adéquate les fortes perturbations des marchés mondiaux, en garantissant aux consommateurs européens un approvisionnement en sucre sûr et à des prix raisonnables ». En outre, le régime du sucre actuel, dans le cadre duquel les producteurs européens, les fournisseurs étrangers traditionnels et les pays les plus pauvres « ont déjà consenti des investissements visant à assurer l’efficacité accrue nécessaire pour sauvegarder les intérêts des consommateurs, n’a que cinq ans d’existence ». Par ailleurs, la réduction majeure des prix de soutien est intervenue il y a moins de deux ans, et ce laps de temps « n’est certainement pas suffisant pour que cette mesure puisse être déclarée inefficace ou obsolète ». Le Groupe « Sucre » des ACP invite en conséquence la Commission européenne à entamer, dans les meilleurs délais, « des discussions approfondies et formelles avec le Groupe ACP sur toute proposition de modifications au régime communautaire du sucre ».

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