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Christian Bestien, directeur développement d’Haffner Energy « Produire du biohydrogène sans ressource alimentaire »

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Haffner Energy a lancé d’importants programmes de production de biohydrogène. L’entreprise française compte mener ses projets à bien sans couper un seul arbre, ni prélever de ressource alimentaire, assure son directeur du développement.

À chaque fois qu’une filière d’énergie à partir de biomasse se crée, se pose la question du risque de pénurie de biomasse et de prélèvement de la ressource alimentaire. Qu’en est-il pour la future filière de production d’hydrogène à partir de biomasse ?

Il est possible de produire de l’hydrogène à partir de biomasse sans couper un seul arbre et sans prélever de ressource alimentaire. C’est en tout cas le positionnement d’Haffner Energy : n’utiliser que des co-produits. Des quantités très importantes de biomasse ne sont pas valorisées. Mentionnons déjà les plaquettes forestières, qui sont du bois déchiqueté. Elles proviennent du déchiquetage des résidus de l’entretien et de l’exploitation des forêts, haies et espaces non forestiers. Ensuite des coproduits de scierie, qui ont une faible valorisation et attendent un emploi plus noble : sciures, écorces.

Enfin, il existe des gisements très divers, jusque-là peu utilisés : sarments de vignes, tailles d’arbres fruitiers et d’oliviers, noyaux d’arbres fruitiers (cerises, pêches, abricots, prunes), anas de lin (fragments de paille de lin), résidus de chanvre. Et surtout, les collectivités ont sur les bras des refus de compostage qui sont des résidus ligneux provenant de branchages des jardins. Nous sommes en discussion avec des élus bretons pour cerner le gisement de bois des haies bocagères.

On observe de fortes tensions actuellement sur la biomasse-bois. Comment vos clients utilisateurs de la technologie d’Haffner Energy feront-ils pour s’approvisionner en biomasse ligneuse ?

De fortes tensions ont lieu en ce moment sur les granulés de bois, parce qu’une partie significative des pellets proviennent de Russie et de ses environs et en raison d’un mouvement de panique des particuliers, qui surstockent en prévision d’une crise énergétique l’hiver prochain. La panique est due à l’insuffisance des capacités de collecte et de traitement des résidus de nos forêts et de nos bocages.

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Mais des capacités sont en train d’être mises en place. Ces tensions ne sont pas liées à la ressource française. Avec l’ampleur des volumes de sapins morts du fait des attaques de scolytes dans le quart Nord-Est de la France, il faudra dix ans pour écouler tout le bois, comme il a fallu dix ans pour évacuer le bois tombé lors de la tempête de décembre 1999.

D’importants gisements de biomasse agricole existent, avec les effluents d’élevage. Mais sont-ils exploitables pour produire de l’hydrogène ?

Oui, s’ils ne contiennent pas trop d’eau. La production conjointe d’hydrogène et de biochar pour les cultures par thermolyse est faisable avec des fumiers, car ils sont secs et contiennent de la paille ou des résidus ligneux. De plus, avec le fumier on peut avoir un bon biochar : non seulement riche en carbone, avantage pour les cultures du fait de ses propriétés de rétention d’eau, mais également riche en propriétés fertilisantes (azote, phosphore et potassium, autrement dit NPK).

Nous avons plusieurs projets à l’étude avec du fumier de bovin déshydraté. De même avec du fumier équin. Même avec les fientes de poules, il n’est pas impossible de faire des choses intéressantes. Certes, elles sont trop humides à l’état brut, mais il n’est pas exclu de les sécher avec la chaleur des poules. Toutes ces hypothèses à l’étude devraient élargir notre gisement de biomasse pour la coproduction d’hydrogène et de biochar.

« Des quantités très importantes de biomasse ne sont pas valorisées »

« La production conjointe d’hydrogène et de biochar est faisable avec des fumiers »