La nécessité de produire plus, mieux et avec moins de pesticides et d’émissions de gaz à effet de serre modifiera le profil des blés cultivés ainsi que les méthodes de culture. Des blés plus hauts ou plus horizontaux, avec des racines capables de travailler avec les micro-organismes du sol, ou qui poussent en mélange avec d’autres types de plantes. C’est le genre de changement auquel on peut s’attendre, ressort-il d’un atelier organisé par le Gnis (l’interprofession des semences et plants) le 1er février.
Les enjeux planétaires vont modifier la physionomie de nos blés. Un atelier organisé par le Gnis (Groupement national interprofessionnel des semences et plants) le 1er février, sur le thème « Quelles plantes demain pour notre alimentation et notre environnement ? », a donné un aperçu de ce à quoi pourraient ressembler les blés de demain.
Pour remplacer les herbicides, il faudra moins laisser de lumière aux mauvaises herbes. « Par exemple avec des variétés plus hautes », a indiqué Pascal Giraudeau, sélectionneur de blé chez le semencier français Secobra. Plus hautes ou mieux, avec des feuilles plus étalées, qui ne poussent pas au détriment du grain, car elles tombent avant la moisson, selon Philippe Gate, directeur scientifique de l’institut technique Arvalis, consulté par Agra Presse en marge de l’atelier du Gnis.
Des blés capables d’absorber plus d’azote
Autre défi du blé du futur : il faudra qu’il soit plus riche en protéines, pour nourrir neuf à onze milliards d’habitants en 2050 et nécessiter moins d’engrais azotés, émetteurs de puissants gaz à effet de serre, les protoxydes d’azote. Comment répondre à des exigences aussi contradictoires ? « Il faudra, pour une même dose d’azote dans le sol, en absorber plus, pour synthétiser plus de protéines », a avancé Pascal Giraudeau. En moyenne, plus le rendement est élevé, moins le taux de protéine d’un blé est élevé, mais les sélectionneurs travaillent sur l’écart à la moyenne. Pour un même rendement, certaines variétés dévient de cette moyenne, détaille Philippe Gate. Ce phénomène, appelé « grain protein deviation », est provoqué par des gènes d’absorption d’azote, qui sont en train d’être identifiés. Quand l’absorption se fait tôt en saison, l’azote profite aux feuilles et à la tige, mais quand elle est tardive, elle participe davantage au développement du grain. La recherche s’attache donc à identifier les gènes d’absorption tardive.
Par ailleurs, une science de pointe, l’écologie microbienne, explore la capacité des racines de s’associer à des champignons et des bactéries, pour mieux capter les éléments nutritifs du sol ou pour apporter à la plante des résistances à des maladies. Champignons et bactéries deviennent des accompagnateurs de la plante. Là encore, cette faculté des plantes à fraterniser avec les champignons et les bactéries est régie par des gènes.
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Toujours dans l’objectif de réduire les quantités d’engrais azotés tout en élevant le taux de protéines des blés, une méthode consiste à cultiver en même temps du blé et des légumineuses. Cette méthode « est très efficace », a souligné Christian Huygue, directeur scientifique de l’Inra, car les légumineuses accélèrent leur synthèse de l’azote atmosphérique quand le blé pompe l’azote du sol. Cette méthode a été mise en valeur par André Pochon, agriculteur breton, « injustement ostracisé » dans le passé, a commenté Christian Huygue. Les progrès technologiques lui donnent raison, car avec les trieurs optiques, la récolte des mélanges de culture n’est plus un problème, a-t-il fait remarquer.
« L’intensification nous a donné une représentation fausse de ce qu’est une plante saine »
Pas de progrès génétique sans diversité
« Notre métier de sélectionneur consiste à aller chercher de la variabilité génétique dans la nature. Nous sommes les alliés de cette diversité, car il n’y a pas de progrès génétique possible sans diversité », a témoigné Pascal Giraudeau, sélectionneur de blé chez le semencier Secobra. Si la diversité génétique est utile, la diversité des sélectionneurs et des amateurs de la conservation de gènes l’est aussi, a ajouté Christian Huygue. Ainsi, le secteur du maraîchage et de l’arboriculture a davantage bénéficié que les grandes cultures de la multitude des amateurs de la biodiversité.
On découvre l’ampleur des bienfaits de la biodiversité avec la nécessaire réduction de l’usage des pesticides, a ajouté Christian Huygue. « Une plante saine n’est pas une plante qui n’a pas de parasite autour d’elle, c’est une plante entourée d’une communauté bactérienne en état d’équilibre ». C’est ainsi que « l’intensification nous a donné une représentation fausse de ce qu’est une plante saine ». « La nature n’est pas faite pour produire, mais pour survivre », a-t-il conclu.