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Spécial Constitution européenne Professionnels agricoles : pourquoi ils votent oui, pourquoi ils votent non

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Nous terminons notre série sur le débat concernant la Constitution européenne par un panorama des arguments de vote chez les professionnels agricoles. D’abord plutôt réticents à s’exprimer publiquement sur leurs votes et leurs arguments, les élus agricoles ont opté, à l’approche du référendum du 29 mai, pour la transparence. Dernière en date parmi les prises de position, celle de Luc Guyau et d’un grand nombre d’élus, signataires d’une déclaration pour le « oui ».

En général, et sauf une ou deux exceptions notables comme Gilbert Bros, président de la Chambre d’agriculture de Haute Loire, qui se disait opposé à la constitution mi-février, l’essentiel des élus du syndicalisme majoritaire se sont prononcés pour le oui. A l’inverse, les syndicats minoritaires ont exprimé leurs réticences à l’égard de la Constitution, la Confédération paysanne en particulier. Nos publions ci-après une synthèse des dernières prises de position de même qu’un rappel des principales explications de vote.

Luc Guyau : « Européens convaincus… »

Luc Guyau, accompagné de Jean Salmon, Jo Giroud et Eugène Schaeffer a présenté le 11 mai les premiers signataires de sa déclaration pour le Oui à la constitution européenne. « Ce projet, qui reprend le principe et les objectifs de la PAC figurant dans le traité de Rome, apporte un certain nombre d’outils pour pérenniser une agriculture européenne », peut-on lire dans la déclaration. « Européens convaincus, nous affirmons qu’en soutenant le projet de Constitution, nous construisons un espace d’avenir, plus démocratique, où la France pourra peser et jouer son rôle », affirment les signataires de la déclaration. Parmi les 80 premiers signataires, on trouve, Philippe Mangin, Christiane Lambert, Bernard Layre, Didier Marteau, Jeannette Gros, Dominique Ducroquet, Xavier Beulin, Pierre Chevalier, Joël Limouzin, Jean-Noël Sidaner et bon nombre d’autres noms à l’exception remarquée de Jean-Michel Lemétayer qui avait pourtant publié une déclaration sans réserve pour le oui le 26 avril.

J.M. -Lemétayer : « L’ivresse du Non déclencherait de graves crises de confiance »

Un plaidoyer très engagé pour le oui au référendum sur la constitution européenne : tel est le contenu de la déclaration de Jean-Michel Lemétayer, le président de la FNSEA, dans une déclaration diffusée par la fédération le 26 avril. « Plus que jamais, nos concitoyens ont soif d’Europe, une Europe qui perpétue la paix, une Europe source d’avenir, une Europe de l’emploi et du pouvoir d’achat et enfin une Europe qui sécurise. Est-ce que la Constitution répond à tout cela ? Ma réponse est oui », affirme J. -M. Lemétayer. « Avec la Constitution, explique-t-il, l’Europe doit devenir plus démocratique et moins technocratique : les pouvoirs des Parlementaires européens seront renforcés ». Le président de la FNSEA rappelle qu’il ne veut pas donner de consigne de vote mais il affirme que s’il s’engage « un peu plus aujourd’hui que je ne l’ai fait jusqu’à présent, c’est tout simplement parce que l’ivresse du Non déclencherait de graves crises de confiance ». Il appelle « les agriculteurs à bien peser le sens de leur vote, car le 29 mai, le résultat dépassera nos habitudes, nos peurs et nos fonctions. »

Bernard Layre et Philippe Meurs (Jeunes agriculteurs) : « La Constitution n’est pas libérale »

Le président des JA, Bernard Layre a engagé son nom et son syndicat dans la campagne pour le oui au référendum. C’est suite à la demande du réseau des jeunes agriculteurs confirmée par un vote favorable en conseil d’administration, que le président a décidé d’engager sa structure dans la bataille du oui. « Nous, syndicalistes JA, appelons à voter oui,explique Philippe Meurs, secrétaire général, car si le non passe notre réseau nous le reprochera ». L’objectif pour les JA est de faire de la pédagogie « par rapport à un texte que nous sommes peu nombreux à avoir lu », rapporte Bernard Layre. « J’ai lu la constitution : elle n’est pas libérale. C’est un cadre », explique le président du syndicat. « On a besoin de différencier nos déboires avec la PAC du traité constitutionnel », ajoute-t-il. « Nous sommes nés Européens, souligne Bernard Layre. C’est en notre âme et conscience que nous nous positionnons ».

Le oui « bâtisseur d’avenir » des femmes du monde agricole et rural

Près de 50 femmes du monde agricole et rural proche du syndicalisme majoritaire soutiennent le manifeste qui plaide pour un « oui bâtisseur d’avenir ». « Cette nouvelle organisation de l’Europe (le traité constitutionnel : N.D.L.R.) est d’autant plus nécessaire que, depuis sa naissance, le monde a énormément changé : les Etats-Unis sont devenus l’unique superpuissance. Mais d’autres géants émergents : la Chine, l’Inde, le Brésil. En face, chacune de nos nations européennes, isolément, ne pèse guère », souligne le manifeste. Femmes du monde agricole et rural, « nous restons attachées aux finalités de la politique agricole commune. Le projet de traité le confirme. Ce qui ne serait pas garanti s’il n’était pas ratifié ».

Jean-Pierre Carnet (FNCuma) : « Oui à une Europe plus démocratique »

Même si les Coopératives d’utilisation de matériel agricole (Cuma) n’ont pas souhaité se positionner sur le traité de constitution, le président de la fédération nationale, Jean-Pierre Carnet a choisi, à titre personnel de s’exprimer pour le oui. « Derrière ce traité, il y a un bel esprit collectif. Ce traité va donner les moyens de renforcer le statut européen de nos coopératives». « Il va également permettre un meilleur accès à la démocratie en Europe, grâce à un rôle plus important du parlement européen », explique-t-il. « Or aujourd’hui, nous avons réellement besoin d’un meilleur outil démocratique en Europe », ajoute Jean-Pierre Carnet.

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Jean-Emile Sanchez (Confédération paysanne) : « Non à un traité qui ne combat pas le libéralisme »

Pour Jean-Emile Sanchez, porte-parole de la Confédération paysanne, si son syndicat s’engage pour le non au référendum, « il s’agit d’un non au traité et non d’un refus à l’Europe ». « Nous sommes très attachés à l’Europe, mais le traité va y renforcer, l’idéologie du libéralisme, où le libre-marché pourra s’exercer sans limite. Par ailleurs, nous ne sommes pas d’accord avec le volet agricole de l’article III-227, qui consiste à promouvoir l’augmentation de la productivité au niveau européen », explique-t-il. Selon lui, « cela va contribuer à déréguler encore plus la production et à faire baisser les prix payés aux producteurs ». Le syndicat regrette également « l’absence du principe de souveraineté alimentaire et de protection accrue aux frontières européennes».

Le Modef favorable à un non « politique, syndical, populaire »

« Le projet de constitution européenne est l’occasion de nous mêler de ce qui nous regarde, a souligné Xavier Compain, président du Modef, dans une tribune libre. Laboratoire vivant de la construction européenne de Rome à Maastricht, d’Amsterdam à Nice, la paysannerie a payé un lourd tribut au sein de la vieille Europe. Je pense qu’il est de notre devoir de syndicaliste de faire œuvre de salut public en nous attaquant aux racines du populisme au moment où tant l’élargissement que l’échec de la Pac pour la petite et moyenne paysannerie donnent du grain à moudre aux thèses extrêmes, au “poujadisme agricole”.

« Le projet de constitution tel qu’il est présenté n’est pas amendable. Il ne l’est pas davantage sur l’agriculture. Le bureau national du MODEF s’est prononcé contre le projet de constitution, demandant un référendum (Paris, mars 2004) ».

François Lucas, Coordination rurale, ne veut « pas tenir la main aux électeurs »

« Mon devoir n’est pas de tenir la main aux électeurs », explique François Lucas, président de la Coordination rurale qui refuse également de se positionner à titre personnel. « Mon vote est secret mais je peux expliquer que l’agriculture est mal traitée dans le projet de constitution ». Il dénonce « le risque de dissoudre l’Union européenne par l’agriculture alors que jusqu’ici l’Europe s’est construit avec l’agriculture». « On a tous les éléments d’une dissolution de ce marché commun institué le 14 janvier 1962 qui a fait l’Europe», souligne le président.

Ce dernier s’étonne et s’agaçe du regard critique porté sur le vote négatif agricole alors que les agriculteurs touchent de l’agent de Bruxelles. « Dans un contexte de plan de restructuration de l’agriculture, ce ne sont pas les aides qui rassurent les agriculteurs», lance-t-il.