Si l’UE veut se montrer sérieuse face à l’épidémie d’obésité parmi les enfants, elle devrait veiller à ce qu’ils ne soient pas bombardés de publicités faisant l’éloge des aliments pauvres en nutriments et fortement caloriques. Elle devrait s’inspirer du modèle de profils nutritionnels publié par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui détermine quels produits peuvent et ne peuvent pas être commercialisés pour les enfants en fonction de leur valeur nutritive globale. C’est ce que préconise le Bureau européen des unions de consommateurs (Beuc) qui a fait de la question de la nutrition un de ses principaux chevaux de bataille.
Un enfant sur trois est soit en surpoids soit obèse dans l’Union européenne. C’est la conclusion inquiétante du Bureau régional de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Europe. Ses recherches montrent que cette « épidémie » est directement liée à la commercialisation d’aliments et de boissons malsains en direction des enfants, en raison notamment du rôle important que joue Internet pour atteindre les enfants avec le marketing des aliments. Les experts de ce Bureau régional de l’OMS ont récemment publié un ensemble de profils nutritionnels pour déterminer quels produits peuvent et ne peuvent pas être commercialisés pour les enfants, en fonction de leur valeur nutritive globale. Par exemple, l’OMS recommande que les céréales du petit-déjeuner contenant plus de 16 grammes (g) de sucre par 100 g ne soient pas commercialisées auprès des enfants. Le Bureau européen des unions de consommateurs (Beuc), le lobby des consommateurs européens, appuie fermement la position de l’OMS, en particulier lorsque les critères définis par l’industrie alimentaire – actuellement les seules règles de l’UE – permettent de commercialiser des produits contenant jusqu’à 30 g de sucre par 100 g pour les enfants, soit un ratio équivalant à 7,5 cuillères à café de sucre. De leur côté, les tests effectués par les associations membres du Bureau européen des unions de consommateurs ont souvent révélé des niveaux élevés de sucre, de gras et de sel dans les produits destinés aux enfants, notamment les céréales du petit-déjeuner, les collations, les barres de céréales et les sandwiches de la restauration rapide.
Quid des entreprises agroalimentaires ?
Les responsables du Beuc estiment que si les principaux géants alimentaires de l’UE reconnaissent l’existence d’un problème en ce qui concerne le marketing en direction des enfants, ceux-ci devraient rapidement transformer leurs paroles en actions. En 2012, plusieurs acteurs majeurs de l’agroalimentaire européen se sont volontairement engagés à commercialiser leurs produits de manière plus responsable via leur propre « EU Pledge » (« Engagement de l’UE ») (1). Le porte-voix des associations de consommateurs de l’UE considère qu’aussi louable que cette initiative volontaire puisse être, le « EU Pledge » apporte des améliorations limitées et inégales pour deux raisons principales. D’abord, les critères nutritionnels qui définissent quels aliments peuvent être commercialisés pour les enfants sont, à ses yeux, « trop cléments ». À titre d’exemple, les céréales pour petit-déjeuner, constituées d’un bon tiers de sucre, sont toujours largement commercialisées auprès des enfants. Selon le Beuc, plusieurs membres du « EU Pledge » ne respecteraient même pas leurs promesses. Il cite par exemple les céréales Honey Loops qui peuvent contenir 34 g de sucre et donc au-delà de la limite de 30 g préconisée dans le cadre du « EU Pledge ». Fixer ainsi un seuil raisonnable pour le sucre dans les céréales du petit-déjeuner des enfants est particulièrement pertinent, selon le Beuc qui considère que la quantité maximale de 15 grammes de sucre par 100 grammes proposée par le Bureau européen de l’OMS est tout à fait convenable, dans la mesure où des associations de consommateurs en Europe ont trouvé des céréales pour le petit déjeuner avec moins de 15 grammes de sucre, ce qui, selon le lobby des consommateurs, révèle que des niveaux de sucre réduits dans les céréales du petit déjeuner est « tout-à-fait réalistes et réalisables » par les entreprises alimentaires.
Les associations membres du Beuc considèrent ensuite que la définition de la publicité par le « EU Pledge » serait trop restrictive pour protéger efficacement les enfants contre les effets néfastes du marketing. Elles demandent donc aux entreprises signataires du « EU Pledge » de mettre à jour leurs engagements et d’améliorer leurs règles en matière de marketing, en alignant les critères de l'« EU Pledge » sur les profils nutritionnels de l’OMS en Europe. Elles comptent aussi sur les États membres de l’UE pour approuver les profils nutritionnels de l’OMS. D’autant plus que le commissaire européen chargé de la santé et de la sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis, a récemment encouragé les États membres à resserrer les règles de commercialisation et à s’assurer que les enfants grandissent dans un environnement où les choix alimentaires sains soient plus accessibles.
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Les profils nutritionnels de l’UE, c’est pour quand ?
Cependant, la Commission européenne elle-même a manqué à ses obligations. En décembre 2006, les décideurs politiques de l’UE ont adopté le règlement 1924/2006 concernant l’utilisation des allégations nutritionnelles et de santé portant sur les denrées alimentaires. Ce règlement établit des règles harmonisées au niveau de l’Union pour l’utilisation des allégations nutritionnelles et de santé, basées sur des profils nutritionnels. Les profils nutritionnels définissent les exigences nutritionnelles globales auxquelles doivent satisfaire les aliments afin de pouvoir faire l’objet d’allégations nutritionnelles et de santé spécifiques. Un des objectifs clés de ce règlement est de garantir que toute allégation figurant sur l’étiquette d’un aliment vendu au sein de l’UE soit claire et justifiée par des preuves scientifiques. Selon l’article 4 de ce règlement, le 19 janvier 2009 au plus tard, la Commission européenne devait définir des profils nutritionnels spécifiques et les conditions à respecter en ce qui concerne l’utilisation des allégations nutritionnelles et de santé portant sur les denrées alimentaires. Cette définition se fait toujours attendre, alors que dans le reste du monde, plusieurs États – en particulier l’Australie, l’Irlande, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, la Suède, le Royaume-Uni et les États-Unis – ont développé des modèles de profil nutritionnel, dont certains ont été incorporés dans leur législation nationale.
(1) Une initiative volontaire à travers laquelle les grandes entreprises de l’industrie alimentaire et des boissons se sont engagées à revoir leurs pratiques publicitaires à l’égard des enfants. Il s’agit de leur réponse aux appels lancés par les institutions européennes. La communication commerciale de l’industrie alimentaire doit aider les parents à poser les bons choix en ce qui concerne les habitudes alimentaires et le mode de vie de leurs enfants. Le programme du « EU Pledge » est appuyé et soutenu par la World Federation of Advertisers.