Pas de panique. Si les prix du bois ont chuté de 50% en un an dans les Ardennes. Le ralentissement de l’activité peut être utilement mis à profit pour diversifier les activités des forestiers. Telle est la conviction de la coopérative forestière des Ardennes (Cofa) qui couvre 22 000 hectares sur le département. La coopérative mise sur le développement de l’ingénierie et n’entend pas mettre ses billes – pour le moment – dans le développement du bois-énergie. Explications avec Jean-Claude Hanique, directeur de la Cofa.
Agra Presse : Quel bilan votre coopérative tire-t-elle de l’année 2008 ?
Jean-Claude Hanique :L’année peut se diviser en deux. Jusqu’au printemps 2008, l’activité a été marquée par une forte demande en bois de toute nature – sciage, papier, trituration – et sur toutes les essences. A partir d’avril-mai, un changement de tendance a commencé à se faire sentir. Mais c’est en septembre que les choses ont réellement basculé avec des cours du bois en baisse sensible.
Quelle a été l’ampleur de la chute des prix ?
Les cours ont chuté de 50% entre décembre 2007 et décembre 2008, si l’on se réfère à la dernière vente de bois que nous avons organisée le 16 décembre dernier. La vente concernait des bois abattus, façonnés et livrés bord de route. En un an, le prix du chêne est ainsi passé de 180 euros/m 3 à 126 euros. Autre chiffre parlant : le nombre d’offres pour les lots de chêne – il s’agit d’une vente par adjudication, NDLR – a été divisé par deux pour des lots similaires d’une année sur l’autre. De même, le prix du m 3 de hêtre est passé de 87 à 60 euros en un an. Le nombre de soumissions par offre a également été divisé par deux dans le même temps. Pour ce qui est du bois de trituration, son prix est passé de 45 euros/tonne à 36-37 euros en un an. Il ne s’agit pas de dire que c’est le cas dans toute la France ; mais c’est la situation dans les Ardennes.
Toutes les essences de bois sont touchées ?
Une bonne partie, oui. A titre d’exemple, l’association Sylveo – qui regroupe 10 organisations professionnelles forestières des Ardennes, de la Marne, de l’Aube, de la Haute Marne, et du Nord – devait organiser en mars 2009 à Châlons une vente de résineux et de peupliers. L’évènement a été annulé. Le secteur du peuplier est dans un marasme complet et on a du mal à cerner l’évolution du marché des résineux.
Comment s’explique cette chute des prix ?
Le ralentissement constaté dans le secteur de la construction a un impact immédiat sur celui du bois de charpente. De plus, dans un marché internationalisé, les difficultés du secteur de la construction aux Etats-Unis ont poussé les scieries américaines à réorienter leur surproduction vers l’Europe. D’autres facteurs peuvent également être avancés : la forêt a connu une « bulle » à partir de 2006 avec des prix du bois qui se sont mis à grimper de manière inexpliquée. Les observateurs ont invoqué le manque de matière, la consommation chinoise, les besoins du Maghreb… Bref, chez nous, les prix montaient et les industriels achetaient. Aujourd’hui, un réajustement brutal s’opère. Mais attention, si les prix baissent de 50%, ceux-ci restent encore à un niveau équivalent à ceux de 2005, à environ 100 euros/m 3 en moyenne, après un pic à 151 euros en 2007. Pour résumer, les acheteurs sont complètement dans le flou.
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Qui sont vos acheteurs ?
Les exploitants forestiers, les scieries et les industriels de la première transformation.
Le bois-énergie ne tire-t-il pas la demande ?
Même si le bois-énergie peut constituer un débouché à l’avenir, ce n’est pas le cas actuellement. Les Ardennes belges et françaises ont la particularité d’accueillir deux des plus grands groupes de trituration, Unilin et Burgo (situé en Belgique, NDLR), qui absorbent à eux-deux 1,5 million de tonnes de bois chaque année. On n’a donc pas de problème d’écoulement de la matière première. Unilin achète 70% de la production ardennaise et se dit même favorable à accroître ce pourcentage. Si la filière « énergie » est prête à acheter du bois à des prix corrects – équivalent à celui des papetiers ou des panneautiers –, nous n’y voyons aucun problème. On réalise d’ailleurs des tests avec des fabricants de plaquettes. La plaquette forestière reste toutefois aujourd’hui un produit à très faible valeur ajoutée. Et pour l’heure, aucun grand groupe industriel n’est venu frapper à notre porte. Mais si c’est le cas un jour, on est prêt à prendre le train.
Etes-vous pessimiste pour l’année 2009 ?
Je n’ai pas être optimiste ou pessimiste. Ce que je constate, c’est que l’attitude des acheteurs est très réservée. C’est la raison pour laquelle notre chiffre d’affaires prévisionnel est en baisse de 40% pour 2009. Il faut savoir que 90% de notre chiffre d’affaires est lié à la mobilisation et à la vente de bois. La coopérative n’a pas vocation à inciter les propriétaires à couper du bois quand les prix ne sont pas bons. C’est d’autant plus souhaitable que, pour beaucoup de propriétaires, le bois n’est pas la principale source de leurs revenus. Mon sentiment personnel est que le commerce du bois n’est pas encore au fond du trou. Dans le domaine de la construction, le ralentissement des mises en chantier, en France, est sensible depuis l’été. Cela va encore plus se ressentir – pour nous – dans 12 à 18 mois. Le seul élément qui peut tempérer cette baisse c’est la part croissante prise par le bois dans les bâtiments.
Quels sont vos principaux chantiers pour cette nouvelle année ?
On va profiter du ralentissement de l’activité pour entamer une diversification, dans l’ingénierie notamment. Les deux derniers exercices nous ont permis de constituer quelques réserves. Un de nos projets vise à développer la cartographie pour offrir à nos clients des documents de gestion plus complets, une base de données avec cartographie directe etc. Nous allons embaucher à cette fin un technicien cartographe début 2009. On veut également profiter de la période pour former davantage nos techniciens. L’expertise des arbres de parcs est également une activité de service que nous aimerions développer. L’idée est se mettre un peu à l’abri des fluctuations du marché, tout en continuant à servir nos adhérents. Car on n’est pas là pour faire des bénéfices. On veut être une coopérative de proximité. Notre objectif est de faire adhérer 70 à 80 adhérents nouveaux chaque année.