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Programme Mélenchon : 300 000 emplois de plus promis dans l’agriculture

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Dans son programme agricole, Jean-Luc Mélenchon promet 300 000 emplois de plus d’agriculteurs et de salariés agricoles, incités par des prix rémunérateurs, travaillant pour une agriculture de qualité moins dépendante des intrants. Une alimentation un peu plus chère permettra de faire vivre ce type d’agriculture – à l’en croire, ce n’est pas le prix de l’alimentation qui engendre la pauvreté, mais d’autres facteurs, auxquels il compte s’attaquer par ailleurs.

Le modèle agricole productiviste actuel « ne répond plus à l’intérêt général ». Les maux sont désignés : la soumission au libre-échange, l’ultra-spécialisation, le gigantisme agricole, les pesticides chimiques. Le candidat à la présidence de la République Jean-Luc Mélenchon estime à 300 000 personnes le besoin de nouveaux paysans et salariés agricoles. Pourquoi ces 300 000 emplois supplémentaires ? Parce « qu’il va falloir travailler autrement ». « Augmenter le Smic est une mesure écologique. Cela permet de mieux se nourrir, ce qui permet le développement de l’agriculture paysanne », a-t-il déclaré en janvier à Florange. Le raisonnement est le suivant : le budget alimentaire des citoyens est tombé au-dessous de 15 % du budget moyen. Le levier du pouvoir d’achat n’est pas, pour le candidat, la baisse des prix alimentaires, mais le niveau des salaires et la politique du logement. Le modèle social et environnemental de la « France insoumise » ne s’inclinera pas devant les règles du commerce international si celui-ci conduit à le saper.

Voici les huit priorités d’un « plan A » de refondation de la Pac en 2020, exposé dans le livret « Pour une agriculture écologique et paysanne », 34 pages consultables sur « avenirencommun.fr/livret-agriculture ». Si les négociations échouent ou si le peuple français décide par référendum d’appliquer le plan B, les propositions du programme seraient mises en œuvre « à un niveau national ou pluri-national ».

1. « Planifier la transition écologique de l’agriculture ». Arrêt des projets de fermes-usines, car celles-ci nécessitent plus d’antibiotiques pour le bétail et contribuent à l’ultra-spécialisation des terres. Abandon des mesures d’incitation aux agrocarburants, sauf ceux qui concernent l’autonomie de la ferme elle-même. Soutien financier au bio et à la diversification des rotations.

2. « Bien manger : un droit pour tous ». Soutien aux appellations d’origine, à l’achat par la restauration collective de produits bio de proximité, et de menus intégrant davantage de céréales, protéines végétales, fruits et légumes et moins de viande.

Taxes à l’importation en cas de distorsions de concurrence

3. « Rémunérer correctement les producteurs ». Mise en place de prix minimums aux producteurs et de taxes à l’importation, « afin de ne pas créer de distorsions de concurrence entre les produits français et les produits importés de pays où les niveaux de rémunération du travail seraient inférieurs ». Par la suite, seront également mis en place des « coefficients multiplicateurs » maximum, pour garantir une juste rémunération des producteurs (et éviter les ventes à pertes) et de limiter la captation de valeur ajoutée par les intermédiaires.

4. « Bien vivre en milieu rural ». Notamment par la revalorisation des retraites agricoles au minimum au niveau du SMIC pour une carrière complète.

5. « Garantir l’accès à la terre ». Fixation d’une surface maximale par actif agricole lors d’un projet d’installation. Objectif : favoriser la création de nouvelles exploitations.

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Recours au droit de veto face aux accords de libre-échange

6. « Non à l’artificialisation des terres ». Mise en place d’un plan de protection généralisée du foncier agricole, forestier et naturel, s’inspirant de la loi « littoral », en vue de réduire de 90 % l’artificialisation des terres agricoles.

7. « Dans l’agriculture aussi, faire la révolution citoyenne ». Fin de la cogestion de la politique agricole « avec certaines organisations syndicales ». Mission des chambres d’agriculture et des instituts techniques exclusivement de service public en vue de la transition écologique. « Libération de l’Inra de la dépendance des lobbys privés » par un financement public à 100 %.

8. Assurer la sécurité alimentaire au niveau international. Instaurer « le protectionnisme solidaire » et faire obstacle – au besoin par l’usage du droit de veto – à la conclusion du cycle de Doha de l’OMC, à la signature du Tafta avec les États-Unis, du Ceta avec le Canada.

Le levier du pouvoir d’achat n’est pas, pour le candidat, la baisse des prix alimentaires, mais le niveau des salaires et la politique du logement

Tirer vers le haut les standards sociaux et environnementaux

Pour le programme de Jean-Luc Mélenchon, pas question de tirer vers le bas les standards sociaux et environnementaux en France. C’est aux pays qui ne les pratiquent pas encore d’élever les leurs. D’ailleurs, dans son 8e volet, qui concerne la coopération internationale, le programme milite pour l’élévation des critères de développement de tous les pays.

Pour mener à bien le « protectionnisme solidaire », le programme Mélenchon prévoit l’instauration de taxes kilométriques. Un abattoir allemand qui emploie des Ukrainiens à 4 euros de l’heure ou une exploitation latifundiaire espagnole de fraises qui fait travailler des salariés marocains sous-payés et qui n’est pas sobre dans l’emploi des pesticides, se verra appliquer des taxes pour compenser l’inégalité des conditions de production. En outre, des taxes kilométriques feront qu’à l’aller comme au retour, le camion allemand ou espagnol sera taxé, laissant ainsi leur chance aux circuits courts. « Nous sommes pour le retour de l’abattage à la ferme », indique-t-on à cette occasion dans l’équipe du candidat de la France insoumise.