De conserve avec les professionnels, le ministère français de l’Agriculture a jugé « inacceptable » le projet de réforme du secteur vinicole que la Commission européenne a présenté le 22 juin à Bruxelles et à Paris pour éliminer la surproduction et riposter à la concurrence des vins du Nouveau monde. Le Premier ministre a indiqué qu’il voulait faire évoluer le texte sur plusieurs points.
« Les propositions de la Commission européenne sont à côté de la plaque et la France avec les grands pays viticoles de l’Union Européenne (UE) va mettre tout son poids pour qu’elles soient modifiées », a déclaré Dominique Bussereau le 22 juin.
« En l’état, le projet de réforme est inacceptable, d’autant qu’il s’appuie sur une analyse partiellement erronée du marché, conduisant à des propositions mal adaptées », indique un communiqué du ministère. En effet, l’« évaluation de l’excédent structurel, ainsi que la diminution de la consommation interne sont exagérées. Les difficultés actuelles résultent d’une diminution des exportations de vin », réagissent dans un communiqué commun les vignerons coopérateurs (CCVF), les producteurs de vins de pays (CFVDP) et ceux d’AOC (CNAOC), la FNSEA et des JA.
L’arrachage de 400 000 ha : un plan social massif
« Si certaines évolutions de l’OCM actuelle sont nécessaires, plusieurs des alternatives évoquées par la Commission ne peuvent qu’être rejetées par la France », poursuit le ministère.
« La viticulture européenne ne doit pas devenir la variable d’ajustement du marché mondial », ajoute le communiqué, reprenant les mots des professionnels.
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Le projet de Bruxelles préconise notamment l’arrachage de 400 000 ha de vignes en cinq ans, soit 12% du vignoble de l’UE.
« Nous dénonçons ce plan social massif qui entraînera la disparition de milliers d’exploitations et favorisera le développement des pays tiers concurrents », écrit le communiqué des syndicats déjà cités. La Coordination rurale partage cette crainte que la réforme ne finisse par entraîner la « disparition » de la viticulture.
Matignon soutiendra les viticulteurs
Paris dénonce également « la suppression des outils actuels de gestion du marché, notamment les distillations » et s’oppose à la possible « autorisation d’importation de la matière première (raisins, moûts et vins de pays tiers pour des coupages) qui remettrait en cause la définition même du vin et les efforts de maîtrise qualitative de l’UE ». Le gouvernement, avec les organisations professionnelles et syndicats agricoles, conteste encore la libéralisation des droits de plantation qui « serait une erreur majeure alors que le marché souffre déjà d’une surproduction européenne et mondiale ».
A l’unanimité, les syndicats s’opposent au projet et à sa philosophie et demandent plus de moyens pour dynamiser les ventes et regagner des parts de marché. Les professionnels disposent des quelques mois pour faire évoluer le texte. Le Premier ministre Dominique de Villepin semble déterminé à appuyer leur demande. Il indique dans un entretien au Midi Libre paru le 23 juin qu’il veut faire modifier les points « inacceptables » du projet de réforme. Il précise : « Je pense en particulier à l’arrachage massif de milliers d’hectares de vignes ou à la réduction du budget de l’organisation commune du marché du vin ».