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Protéines végétales : le Copa-Cogeca fait huit recommandations pour un plan de développement après 2020

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Recherche, soutien de la Pac, contractualisation, politique en faveur des biocarburants. Telles sont, pour les organisations et coopératives agricoles de l’UE, les grandes orientations que doit prendre la Commission européenne pour son futur plan en faveur des protéines végétales.

Alors que la Commission européenne prépare un plan stratégique pour développer les protéines végétales dans l’UE (1) – et a lancé à l’occasion une consultation des parties prenantes – les organisations et coopératives agricoles de l‘UE (Copa-Cogeca) ont préparé huit recommandations qui, selon elles, devraient permettre une relance de la production européenne de ces cultures pour lesquelles l’Europe est fortement déficitaire.

L’UE importe en effet plus de 60 % des protéines végétales dont elle a besoin, principalement pour l’alimentation des animaux d’élevage, surtout des graines et tourteaux de soja provenant d’Amérique du Sud. La valeur des importations de ces tourteaux de soja, soit quelque 35 millions de tonnes par an, est passée de 9 à 12 milliards € entre 2008 et 2015, rappelle le Copa-Cogeca. Et la demande croissante en provenance de la Chine rend l’UE de plus en plus exposée à une hausse des cours mondiaux (2).

Recherche et politique agricole

Les organisations et coopératives agricoles souhaitent donc en premier lieu focaliser la recherche sur l’amélioration effective des rendements et la tolérance aux maladies (via la génétique et le développement de systèmes de production par zone géographique pour la définition d’itinéraires culturaux) pour ces cultures, notamment le soja, les pois, féveroles et lupins doux ainsi que luzerne.

Elles proposent également de soutenir la recherche sur une meilleure utilisation des tourteaux de colza et tournesol pour identifier les facteurs d’amélioration de leur incorporation (par exemple, le dépelliculage des graines de colza et le décorticage des graines de tournesol), notamment dans le secteur de la volaille où ce taux d’incorporation est limité à 20 %.

Autre priorité : la future Pac qui devra maintenir les aides couplées pour les secteurs qui subissent une plus grande pression en raison d’accords de libre-échange conclus par l’UE et permettre la structuration de filières indispensables à l’autonomie alimentaire de l’UE. Mais il faudra aussi, souligne le Copa-Cogeca, prévoir d’autres mesures telles l’assurance revenu ou les fonds de mutualisation.

De plus, les mesures agro-environnementales devraient mieux prendre en compte la contribution aux objectifs environnementaux et climatiques de l’UE des cultures protéiques tout en permettant aux États membres de mettre en place des dérogations pour utiliser de façon ciblée des produits phytosanitaires et des engrais selon les bonnes pratiques agricoles sur les cultures.

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Dans l’UE, la production de graines protéagineuses (pois, féveroles, lupins) s’est améliorée depuis 2013-2014 pour atteindre un niveau record de 1,8 million d’hectares et 5 millions de tonnes en 2017-2018 grâce aux mesures mises en place par la réforme de la Pac de 2013 (paiements couplés et surfaces d’intérêt écologique dans le cadre du verdissement des soutiens directs). Quinze États membres allouent actuellement un soutien couplé volontaire aux cultures protéiques d’environ 99 €/hectare sur une surface de 4,7 millions d’hectares. À la faveur notamment de ces soutiens, la surface dédiée à la production de soja dans plusieurs États membres a également fortement progressé et la production européenne a atteint un niveau record de 2,8 millions de tonnes en 2017-2018.

Mais le Copa-Cogeca s’inquiète de l’interdiction mise en place en 2018 d’utiliser des produits phytosanitaires et engrais sur les cultures fixatrices d’azote déclarées en tant que surface d’intérêt écologique (SIE). Même si cette interdiction pourrait être compensée par l’introduction d’un coefficient de 1 au lieu de 0,7 jusqu’à présent (1 hectare de protéagineux est comptabilisé comme un hectare de SIE) à partir de 2018, cela risque néanmoins de conduire à une réduction des superficies de cultures protéiques, estiment les organisations agricoles.

Contractualisation, biocarburants et bilan

Le Copa-Cogeca recommande également le développement de la contractualisation en filière, allant des producteurs de grandes cultures jusqu’aux éleveurs via des coopératives afin de mieux protéger les agriculteurs contre la volatilité des prix et de planifier la production à long terme. Les organisations agricoles insistent par ailleurs sur la nécessité de maintenir une politique ciblée et stable en faveur des biocarburants issus des cultures arables au-delà de 2020. En effet, l’ensemble des tourteaux résultant de la trituration du colza, environ 12 millions de tonnes, sont utilisés comme aliments pour animaux et ont permis ces dernières années de réduire la dépendance de l’UE aux importations de soja.

Le bilan protéines réalisé par la Commission de Bruxelles devrait être amélioré en incluant les autres fourrages comme les prairies et les légumineuses fourragères (luzerne), malgré les difficultés pour obtenir des données fiables, estiment les organisations agricoles européennes. Enfin, dernière recommandation, le Copa-Cogeca souhaite que soit favorisée l’utilisation des légumineuses dans l’alimentation humaine

(1) Voir n° 3633 du 26/02/2018

(2) Voir même numéro