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Elevage Prudence des éleveurs face à l’éclaircie conjoncturelle

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Depuis début 2013, le coût de l’alimentation animale est en recul, le prix des productions augmente. Mais les professionnels appellent à la prudence sur ces éléments de conjoncture : la trésorerie des éleveurs n’est pas pour autant dans le vert.

Selon les dernières statistiques de l’Insee, le prix des produits carnés a augmenté de 6,6% entre juillet 2012 et juillet 2013. Ainsi les produits animaux porcins gagnent 6,2%, les gros bovins 7,1% et les poulets 9,8%. En filière bovine, la hausse est liée à la pénurie d’animaux sur le marché. Le phénomène remonte à la sécheresse du printemps 2011 qui avait incité les éleveurs à décapitaliser. Mais ce n’est pas la seule raison. Alors que la conjoncture laitière est favorable, les éleveurs laitiers préfèrent garder leurs animaux pour produire plus de lait. D’autant plus que la fin des quotas laitiers approche à grand pas. Néanmoins, les experts de l’Institut de l’élevage rappellent que la tendance n’est pas la même pour tous les animaux. La cotation hebdomadaire française de la vache classe « O » par exemple connaît un repli depuis mi-juillet. Après une hausse pendant plusieurs mois, en semaine 36, elle rejoignait le niveau de la même semaine de l’année précédente. Pour des classes inférieures de vaches, le prix est même passé sous celui de l’année précédente. « Depuis mi-juillet, les cours se replient. L’été a été chaud, les gens ont consommé peu de viande », explique Caroline Monniot, chef de projet d’études à l’Institut de l’élevage. Lors d’une conférence de rentrée qui se tenait en Meurthe-et-Moselle le 4 septembre, la Fédération nationale bovine (FNB) a rappelé qu’une « hausse des cours est indispensable pour maintenir la production ». Et pour cause, la pénurie des animaux se traduit par une chute des abattages. « Sur les six premiers mois de 2013, les abattages sont en baisse de 5%, avec une réduction de plus de 10% de femelles », selon la FNB.
 
Hausse des prix
En élevage hors-sol, les professionnels ont aussi constaté la hausse du prix dont les raisons semblent structurelles. « Nombre d’éleveurs ont mis la clé sous la porte faute de pouvoir retrouver une trésorerie permettant de vivre de l’élevage. L’autre raison est liée à la mise en conformité à la directive européenne sur le bien-être animal », explique Guillaume Roué, directeur d’Inaporc (interprofession porcine). La loi du marché a fait le reste : face à la baisse de disponibilités, les prix sont montés. D’après le Marché du porc breton (MBP), le cours du porc départ élevage est de 1,439 euro par kilo de carcasse en moyenne sur sept mois en 2013 contre 1,378 sur la même période en 2012. En filière avicole, l’Itavi rappelle que les abattages contrôlés de volailles des cinq premiers mois 2013 enregistrent une hausse 1,7% par rapport à la même période 2012. Cette tendance est portée par une hausse de abattages de poulets de 4,9%, alors que les autres volailles sont en baisse. Malgré cette hausse de la production, les prix progressent depuis le début de l’année. Les achats des ménages ont aussi augmenté de 4,1% par rapport à 2012.
 
Perte de 12 euros par porc
Malgré cette hausse des prix constatée pour nombre de productions animales, les professionnels rappellent que les coûts de production ne permettent toujours pas aux éleveurs de vivre de leur activité. « Il faut être très prudent face à la distribution qui profite de cette hausse pour faire pression », explique Guillaume Roué. Depuis le début de l’année, l’indice aliment Ifip (institut technique du porc) enregistre une baisse continue passant de 309 euros la tonne en janvier 2013 à 286 euros la tonne en juillet 2013. Mais ces niveaux restent supérieurs aux niveaux enregistrés l’année précédente (236 en janvier 2012 et 268 en juillet 2012). En outre, selon Inaporc, ce coût alimentaire ne permet pas aux éleveurs de générer un revenu viable. « Sur les six premiers mois de l’année, nous estimons une perte de 12 euros par porc produit », explique-t-il.
En filière avicole, l’Itavi (institut technique de l’aviculture) appelle à la même prudence. Sur les premiers mois de l’année 2013, l’indice aliment poulet standard est en baisse, mais reste supérieur au niveau de 2012. « Depuis le début de l’année, les indices Itavi amorcent un léger repli tout en restant supérieurs aux niveaux du premier trimestre 2012 », selon l’étude conjoncture de l’institut. Néanmoins, depuis le mois de juillet, l’indice est passé sous le niveau de celui de 2012. Celui du mois d’août est à -12,7% du niveau de l’année précédente.
 
Coûts de production encore élevés
En filière bovine, le repli du coût de l’alimentation est moins visible. Et pour cause, quand l’alimentation représente plus de 60% du coût de production en filière porcine, il est à un niveau inférieur en filière bovine. Néanmoins, d’après l’Institut de l’élevage, l’Ipampa (indice du prix d’achat des moyens de production agricole) viande bovine en juillet 2013 augmente de 4,3% en indice cumulé sur 12 mois glissants. Cette augmentation est surtout liée à une hausse de 13,9% pour les aliments achetés contre une hausse de 3,9% pour l’approvisionnement en énergie. Au-delà des coûts alimentaires, les éleveurs de bovins payent aussi plus d’essence, de semences, d’engrais et de produits phytosanitaires. Si la conjoncture est favorable depuis quelques mois, elle ne permet pas d’ôter l’inquiétude des professionnels quant à la sortie de crise de leurs activités.

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