Pourquoi la Bretagne a-t-elle perdu son « punch » d’il y a quelques années, lorsque la croissance était au rendez-vous, qu’elle figurait parmi les régions les plus compétitives de France sur le plan agricole et agroalimentaire ? A entendre bon nombre de professionnels, l’impératif écologique est venu handicaper son dynamisme pour des raisons plus ou moins justifiées. C’est sans doute partiellement vrai, tant la France sait faire de zèle quant aux réglementations nouvelles alors qu’un pays comme l’Allemagne fait davantage preuve de pragmatisme.
Cependant, il n’y a pas que la frénésie réglementaire. La Bretagne a misé sur les productions animales ultra-compétitives, destinées tant à des marchés très grand public qu’à l’exportation, surtout. C’était un bon choix mais il a été rattrapé par la mondialisation et la concurrence de pays tels le Brésil ou la Thaïlande. Face à eux, les subventions à l’exportation ont pendant un temps permis de faire face. Mais elles ont peut-être aussi émoussé la réactivité proverbiale des Bretons. La fin des restitutions, la montée en puissance de nouveaux concurrents, avec, certes, pas mal de distorsions de concurrence, tout cela pouvait se prévoir : il eut sans doute fallu investir lors des beaux jours, se regrouper plus encore, mettre en place des organisations aptes à affronter la concurrence mondiale, etc. Le sens de l’intérêt collectif joue-t-il comme il a joué ? Les leaders bretons d’aujourd’hui, syndicalistes ou chefs d’entreprises, sont ils à la hauteur de ceux qu’étaient leurs prédécesseurs ? A ce titre, la disparition de Jean-Michel Lemétayer intervient sans doute au plus mauvais moment.
Les Bretons auraient tort de reporter la responsabilité de leurs problèmes aux seules réglementations ou sur les hommes politiques parisiens ou bruxellois. La perte de leur « punch » dépend aussi d’eux-mêmes. Et elle n’est certainement pas irrémédiable.
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