L'OCDE, le club des pays les plus développés de la planète, analyse régulièrement l'état des politiques agricoles dans le monde. Comme à l'accoutumée, son dernier rapport préconise un démantèlement des politiques d'intervention sur les marchés, une disparition de tout ce qui peut perturber le libre fonctionnement des marchés agricoles mondiaux. L'organisation incite les États de la planète développée à soutenir essentiellement la productivité, les efforts d'innovation, d'éducation et les formes d'aides les plus découplées, allant jusqu'à reconnaître l'intérêt d'un soutien aux systèmes d'assurance récolte.
Tout cela serait bien intéressant si ce n'était étonnamment décalé de la réalité. Promouvoir la productivité à tout crin, c'est soutenir la concentration des exploitations, le maintien d'un exode rural vers les villes alors que le sous-emploi record ne peut plus accepter l'afflux de populations qui risquent de faire grossir le volume de chômeurs. S'il doit y avoir productivité supplémentaire, c'est avec prudence et en faisant en sorte que l'agriculture et l'agroalimentaire restent créateurs d'emplois salariés. L'OCDE devrait prôner avant tout ce type de politique axée sur l'emploi rural.
La réalité c'est aussi un certain ras-le-bol du consommateur pour le progrès technologique à tout crin dans son alimentation. L'OCDE devrait peut-être intégrer davantage les notions d'agroécologie chères au ministre français ou tout au moins d'agriculture raisonnée, de qualité des produits. Le mot de durabilité est bien prononcé dans les préconisations de l'organisation mondiale mais sans beaucoup de convictions et de détails.
Se borner à s'exprimer en termes purement quantitatifs pour regretter ou se satisfaire d'une évolution globale du poids des subsides publics dans la recette des agriculteurs ne suffit plus. Il est temps de passer à des notions plus qualitatives.