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Formation continue Quand l’agro-écologie interroge le conseil

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Conseiller autrement pour produire autrement, les chambres d’agriculture ont amorcé ce tournant, avec des modules de formation, mais aussi avec une formation continue de 14 jours intitulée « Conseiller demain en agronomie », lancée il y a deux ans. Le 2 juillet, les stagiaires de la dernière session faisaient le point. Conseiller autrement interroge la pratique du conseil en agronomie, mais aussi plus largement la place des chambres d’agriculture dans le développement. Or, Marion Guillou a remis, avec son rapport sur l’agro-écologie, la question du conseil sur la table.

Pour produire autrement, il faut conseiller autrement… et ce n’est pas évident. C’est en tout cas ce qui ressort des échanges entre les stagiaires de la formation « Conseiller demain en agronomie », organisée par Résolia, l’organe de formation des chambres d’agriculture et AgroParisTech-Engref. Le 2 juillet était organisée à Paris la dernière session de formation pour les sept stagiaires qui ont suivi ce parcours au cours de l’année écoulée. L’occasion, avec plusieurs invités, de faire le point sur cette formation suivie par 14 personnes au cours de ses deux premières années, et de tirer des enseignements des retours des stagiaires. Car, demain, les formations au « produire autrement » pourraient bien être davantage sollicitées. Pour démultiplier les compétences au sein du réseau, mais aussi pour répondre au défi, formulé par le ministre de l’Agriculture, de la double performance économique et écologique. La formation sera donc reconduite, mais Résolia veut prendre le temps de la repenser. De leur côté, les stagiaires ont accueilli de façon tiède les propositions de Marion Guillou sur l’évolution du conseil agricole et la certification d’un conseil « agro-écologique ».
 
Marier sciences humaines et agronomiques
L’importance de devoir changer le métier était pourtant partagée, dans la salle. Les stagiaires ont unanimement salué une formation « à deux jambes » : d’un côté l’acquisition de références techniques, notamment sur les méthodes et systèmes « alternatifs », mais aussi sur un réel accompagnement de l’agriculteur, qui passe par un « changement de posture » du conseiller. Des « sciences humaines », nécessaires pour accompagner la science agronomique. Ainsi, accompagner les agriculteurs dans des pratiques innovantes ou un changement de fond, ce n’est plus accompagner une exploitation, mais un projet, auprès d’agriculteurs qui sont davantage « décideurs ». Il ne s’agit plus de « transmettre des savoirs », mais de « pousser les agriculteurs à s’ouvrir à d’autres cercles d’échanges et d’information ». Une tâche qui peut être compliquée par l’agrandissement des exploitations, qui comptent souvent plusieurs associés se répartissant le travail entre élevage et culture, alors que le conseil de demain se doit justement d’être plus transversal…
 
Échanger entre conseillers
Si l’agriculteur est amené à s’ouvrir pour passer à l’agro-écologie, il en est de même du conseiller. « Dans la Manche, nous avons redéveloppé ces questions de réseau, témoignait Angélique Troussier. Toutes ces compétences, on les a dans notre réseau. On a toute la matière, mais il faut aussi savoir comment on travaille ensemble. » De fait, « un besoin fort est ressorti de transversalité entre les services et entre les compétences », notait Etienne Regnaud, directeur de Résolia, en conclusion de la journée. Les échanges existant entre chambres, et entre salariés pratiquant un même métier, restent à développer.
Comme à l’agriculteur, l’agro-écologie, parce qu’elle n’a pas de recette, demande aux chambres de se remettre en cause. « C’est très intéressant de travailler avec des agriculteurs innovants, mais la plus grande partie des agriculteurs ne sont pas à la pointe de cette innovation (agro-écologique). Or, notre marché – et nos élus nous le rappellent régulièrement – c’est l’ensemble des agriculteurs ! ».
En outre, comme pour l’agriculteur, l’environnement c’est davantage de temps de travail pour le conseiller, notamment pour s’informer, pour échanger entre collègues. « Cela repose la question des priorités, ce qui n’est pas simple, vis-à-vis des élus, témoignait une salariée de chambre. Notre cœur de métier est-il un peu en amont, dans le fait de pousser les agriculteurs à créer des groupes et de les accompagner ? Ou est-il plutôt dans le conseil individuel, où on est aussi en concurrence avec d’autres structures ? Cela repose la question de la place des chambres dans le développement agricole. »
 
Quelle place pour les chambres ?
De fait, pour le conseil « agro-environnemental », d’autres structures ont pignon sur rue, telles que les Civam (Centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural) ou les groupements d’agriculteurs biologiques en particulier, qui sont historiquement spécialistes des techniques « alternatives ». En outre, les structures privées (coop, négoces, centres de gestion) proposent aussi du conseil. Sans compter que les collectivités territoriales ou les agences de l’eau, par exemple, investissent de plus en plus le champ des questions agricoles, pour répondre à des enjeux environnementaux. Il est de plus en plus fréquents que ces organismes créent même des postes en interne pour des questions agricoles.
Des « nouveaux venus » que les chambres regardent parfois avec circonspection, même si de nombreux projets sont aujourd’hui communs. « On devrait reconquérir les partenaires du territoires, car certains ne savent plus si nous sommes des interlocuteurs légitimes », avançait un participant. En effet les chambres ont été les fers de lance de la révolution agricole de l’après-guerre, critiquée notamment pour ses impacts environnementaux. Et elles n’apparaissent parfois pas, pour ces voisins, comme l’acteur à solliciter pour changer de modèle agricole. En revanche, elles ont pour elles leurs quasi-siècle d’expérience, leur réseau de conseillers, leur ancrage territorial et professionnel.
À certaines de ces interrogations, Stéphane Le Foll semble apporter une réponse claire. En effet, la volonté affichée est d’engager l’ensemble des agriculteurs vers plus d’écologie. Et le ministre l’a dit et répété : il s’appuiera sur les réseaux existants. Une solution économique s’il en est ; mais qui se passera tout de même difficilement de deniers. Sans crédits alloués, budget contraint oblige, on peut se demander comment du temps de travail, voire des postes, peuvent se dégager en faveur du tournant souhaité. Dans les chambres, mais aussi dans l’ensemble des réseaux qui souhaitent participer.

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