Même si la décision du gouvernement d’injecter 360 milliards d’euros dans le système bancaire semble globalement bien accueillie par le système financier, il n’en reste pas moins que les banques françaises seront dorénavant plus regardantes sur les crédits accordés aux entreprises. Les garanties vont se durcir. Tandis que certains s’inquiètent d’un resserrement à venir du crédit à moyen et long terme, le gouvernement a mis en place un plan de soutien de 22 milliards d’euros, dont 5 milliards ont été accordés à Oséo. Venant s’ajouter à la baisse de la consommation des produits alimentaires, la crise financière obsède évidemment tout le monde. Ces deux crises conjuguées laisseront sur le bord de la route les entreprises les plus fragiles, donnant des opportunités de développement à certains.
Parallèlement au fonds de 30 milliards d’euros décidé par la Banque européenne d’investissement (BEI), le gouvernement français a pris l’initiative de débloquer 22 milliards d’euros pour les PME mises à mal par la crise financière. Si 17 milliards d’euros proviennent de l’épargne réglementée, 5 milliards d’euros viennent renforcer la banque publique des PME, Oséo. Deux milliards d’euros seront destinés à garantir les prêts bancaires, deux milliards pour cofinancer des investissements et un milliard pour renforcer la structure financière des PME. « Le dispositif est en place même si nous n’observons pas à l’heure actuelle de problèmes de financement pour les PME. Mais cela peut venir. Ce système est là pour prévenir et il nous donne six mois supplémentaires de financement pour les PME », indique François Drouin, p.-d.g. d’Oséo. La banque publique pourra ainsi faciliter la conversion des prêts à court terme en prêts à moyen ou long terme et augmenter de 50 % sa capacité à cofinancer les prêts bancaires aux PME et aux entreprises de tailles intermédiaires, employant jusqu’à 5 000 salariés. Encore faudra-t-il que les PME s’y retrouvent devant cet imbroglio de mesures. Oséo a mis en place un numéro azur et un site Internet afin d’aiguiller les entrepreneurs en mal d’information.
Selon un sondage Ifop pour le cabinet KPMG réalisé il y a deux semaines, 86 % des dirigeants d’entreprises interrogés avouent être inquiets des conséquences de la crise financière et boursière sur l’économie française. La moitié de ces patrons anticipent même un impact négatif sur leurs résultats financiers 2008. Si 53 % d’entre eux sont convaincus que cette crise sera contenue au premier semestre 2009, 45 % anticipent une prolongation de la crise « au moins » sur toute l’année 2009. « J’étais et je suis inquiet sur le resserrement du crédit en France, mais je pense que les dispositions qui sont prises par le gouvernement, si elles sont bien relayées par les banques, devraient pouvoir amener la souplesse dont nous avons besoin aujourd’hui », estime Jean-François Roubaud, président de la CGPME.
Report de projets
Si à court terme, les lignes de crédit des entreprises sont pour la majorité confirmées par les banques, trouver du financement à moyen ou à long terme va devenir plus périlleux. Les entreprises agroalimentaires déjà fragilisées par la hausse des matières premières et la baisse de la consommation vont probablement être confrontées à une gestion complexe et plus coûteuse de leur trésorerie. Certaines reportent déjà des projets d’investissement ou d’acquisition et restent prudentes quant à leur prévision de résultats pour l’exercice 2009. « Il est clair que nous serons prudents dans l’établissement de notre budget 2009. Nous allons restreindre les dépenses et mettre en sommeil les projets d’investissement dont le retour est plus lointain », explique Giampaolo Schiratti, p.-d.g. du groupe Marie. De son côté, Fleury Michon a reporté à fin 2009 voire début 2010 la mise en service de son usine de Cambrai, dédiée à la production de plats cuisinés. Chez Delpeyrat, filiale de Maïsadour, la direction anticipe un surcoût de 500 000 euros de frais financiers lié à la hausse des taux d’intérêts, même si Thierry Blandinières assure que « les banques suivent les projets du groupe ». Antoine d’Espous, p.-d.g. du groupe CA Traiteur et Salaisons, s’inquiète des difficultés liées au financement du BFR. « Les banques vont demander plus de garanties. Les 22 milliards d’euros débloqués par l’Etat sont une excellente chose pour les entreprises qui ont des difficultés financières passagères », explique-t-il.
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Opportunités pour certains
Que va-t-il se passer pour des entreprises comme Alpina Savoie mise récemment en redressement judiciaire et à la recherche de solutions de sortie de crise ? Selon l’Insee, le nombre de défaillances dans l’agroalimentaire a augmenté de 5 % sur le premier semestre 2008. Les dernières données de la Coface, portant sur 12 mois glissants s’arrêtant à fin juin 2008, montraient une progression de 4,25 % des défaillances dans le secteur agroalimentaire (équipementiers et commerce de gros inclus). En présentant ses résultats annuels la semaine dernière, Christophe Bonduelle, p.-d.g. du groupe éponyme déclarait : « Par les temps que nous traversons, nous nous attendons à ce que des opportunités apparaissent ». Les mouvements de concentration pourraient alors reprendre, menés par des groupes soutenus par leurs actionnaires privés ou coopératifs, car les fonds d’investissement ou les banques prévoient déjà de limiter la voilure (voir article suivant). Gilles Falc’hun, p.-d.g. de Sill, se satisfait d’ailleurs d’avoir conclu l’accord d’acquisition de la Laiterie de Saint-Malo avant le resserrement du crédit. « Il était temps que les négociations se dénouent. Les banques sont plus frileuses et demandent des garanties supplémentaires », estime-t-il (voir dans ce numéro en rubrique Entreprises).
Et la consommation ?
Cette crise financière est regardée de près, d’autant plus qu’elle intervient à un moment où la consommation des ménages reste morose et que les prévisions 2009 ne semblent pas des plus optimistes. « La consommation sera la grande inconnue de l’année 2009. Je pense que le système financier va se retourner, mais la consommation a été catastrophique cet été. Si en septembre et octobre, nous avons retrouvé une croissance positive en volume, quid de 2009 ? », souligne Giampaolo Schiratti. Le pouvoir d’achat des ménages français effectif en 2009 pourrait régresser de 1,9 %, contre un recul de 1,3 % en 2008, selon Michel Edouard Leclerc citant l’indicateur BIPE/E sur son blog. Quels nouveaux arbitrages vont être faits par les ménages, alors qu’ils dépensent déjà seulement 14 % de leur budget dans l’alimentation ? « Cette crise ne fait qu’amplifier les tendances déjà observées. Les consommateurs font bien plus attention avant d’acheter », a déclaré Serge Papin, p.-d.g. de Système U, à nos confrères de La Tribune. Si l’année 2009 ne sera pas l’année des grands projets, la tendance à la baisse de certaines matières premières, dont le pétrole, et la remontée du dollar face à l’euro donneront peut-être un peu d’oxygène à certains.