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Référendum Quand les politiques tentent de relancer le « oui » chez les agriculteurs

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Les quatre invités politiques au congrès de la FNSEA ont profité de leur venue au Mans pour appuyer leurs positions à l’égard du référendum sur la constitution européenne. François Hollande (secrétaire général du PS) Nicolas Sarkozy (président de l’UMP) et François Bayrou (président de l’UDF) ont plaidé avec insistance pour le oui, quelques jours après la diffusion du sondage Ifop-Ouest France semblant montrer que les agriculteurs voteraient en majorité pour le non. Seul Alain Bocquet, président du groupe communiste à l’assemblée, plaidait pour le non.

L’ordre des interventions ayant été tiré au sort, c’est Alain Bocquet qui eut la charge d’ouvrir le ban, ce qu’il fit en plaidant vivement pour le vote négatif au référendum du 29 mai. « La vague du non qui enfle dans le pays est une lame de fond », a-t-il affirmé. Alain Bocquet insistait également sur les déséquilibres entre agriculteurs et distributeurs, ce qui lui valut des applaudissements très nourris. « Les citoyens et agriculteurs sont sur le même plateau de la balance », affirmait-il. « Que peuvent près de 600 000 exploitants face à 6 enseignes bien organisées », disait-il : « Il faut sortir l’agriculture de la spirale à la baisse des prix », insistait-il en reprenant des slogans bien connus en agriculture. Tout en ajoutant : « quand on voit la baisse des revenus agricoles et la hausse des bénéfices d’Auchan, on ne peut que dire que la vie Auchan n’est pas la même pour tous».

La tentation de l’UE bouc émissaire

Revenant sur la question européenne, François Hollande mettait en garde les congressistes contre la tentation de l’UE bouc émissaire. « Il est tellement commode de s’en prendre à l’Europe quand on a soi-même participé aux choix», affirmait-il. Et d’insister : « S’il doit y avoir un jour une renégociation de la Pac il faut mieux que la France soit forte dans une Europe forte ». Néanmoins, François Hollande mettait en évidence le problème budgétaire de l’UE : si on veut financer la Pac jusqu’en 2013, il faut accepter de déplafonner les recettes au-delà de 1 % du PIB. Une question que devait évoquer ensuite Jean-Michel Lemétayer à l’adresse de Jean-Pierre Raffarin : « Nous savons qu’à moins de 1,14% les dépenses agricoles seront la variable d’ajustement. Et ce seront les paysans qui devront assurer le financement du développement rural ». Le premier secrétaire du PS stigmatisait les modalités d’application de la Pac, sa lourdeur et sa complexité, de même que « le caractère insupportable des contrôles ». Enfin, il plaidait pour un contrat nécessaire entre l’agriculture et la société, de manière à bien expliquer que les agriculteurs « ne reçoivent pas des subventions mais des compensations ». Il plaidait pour les biocarburants et mettait en garde contre les problèmes fonciers et la hausse du prix des terres. Quoi qu’il arrive, « il n’est pas acceptable d’empêcher de produire quand il y a tant de besoins dans le monde. Il y a une obligation morale à nourrir la planète. »

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« Plus l’atout du nombre »

Rendant hommage à Dominique Chardon, qui quitte la structure nationale de la FNSEA, François Bayrou a lui aussi plaidé très fortement pour le vote positif au prochain référendum. Selon lui, les agriculteurs français « encaissent trois chocs, celui du changement de mentalités, celui des préoccupations écologiques des citoyens et celui du niveau de vie ». « Vous n’avez plus l’atout du nombre ni celui de la puissance économique», affirmait le patron de l’UDF. Quant au problème européen, « si nous disloquons l’Europe, pèserons-nous plus ou moins lourd autour de la table du cycle de Doha ? » Comme François Hollande, il stigmatisait le blocage des ressources européennes à 1 % du PIB. « C’est la Pac qui trinquera », prévenait-il. Et de plaider pour quatre piliers : la simplification des procédures fondée sur la confiance ; la mise en place de vrais prix rémunérateurs (« il faut renouer avec des organisations de marché») ; la création de marchés communs agricoles dans des zones géographiques homogènes ; le développement de biocarburants.

Un revenu grâce aux prix

Enfin, Nicolas Sarkozy faisait de l’agriculture un élément fort de « la vision que l’on veut de la France». « I nvestir dans l’agriculture c’est investir dans l’avenir de l’économie française », disait-il. Personne ne remet en cause les aides à l’automobile, alors pourquoi devrait-on remettre en cause les aides à l’agriculture ? affirmait le président de l’UMP. D’ailleurs, G.W. Bush laisse-t-il tomber ses agriculteurs ? Revenant sur les thèmes du congrès, il affirmait qu’il faut un statut de l’entreprise agricole et insistait pour que les agriculteurs trouvent leur revenu dans les prix agricoles perçus. De toute façon, le choix est simple : « Si on veut que l’agriculture coûte moins cher, il faut une préférence communautaire. Si on n’en veut pas, alors il ne faut pas se plaindre des subventions aux paysans. » Et de plaider pour la constitution européenne qui permettra aux politiques de reprendre pied dans les institutions européennes. « Si vous votez non, vous aurez l’Europe qui a parfois baissé les bras », concluait-il.