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Elevage Quatre années pour relancer l’élevage ovin

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L’année 2009 a connu une chute de la production ovine française, combinée à une nouvelle réduction de la consommation. Néanmoins, la FNO (Fédération nationale ovine), qui tenait son assemblée générale à Clermont-Ferrand, les mercredi 21 et jeudi 22 avril 2010 avait de quoi déceler quelques signes positifs, dans le cadre du plan de reconquête ovine et en prévision des aides PAC distribuées aux éleveurs à la fin de l’année. À partir de l’automne 2010, l’élevage ovin aura en effet plus de moyens pour relever le défi de la compétitivité. Un défi de taille, d’autant que le temps imparti pour le relever est court. D’ici à 2013, la restructuration de la filière devra en effet être achevée car il n’y a, à l’heure actuelle, aucune certitude sur les aides octroyées aux éleveurs d’ovins après cette date. De 2010 à 2013 : quatre années cruciales pour l’agneau français.

Chute de la production française d’ovins de 8,4% en 2009 par rapport à 2008, baisse de la consommation de 5% : c’est dans ce contexte que s’est tenue l’assemblée générale de la FNO (Fédération nationale ovine), à Clermont-Ferrand, les mercredi 21 et jeudi 22 avril 2010. Malgré une baisse continuelle de disponibilités (131 000 tonnes équivalent carcasse en 2000 et 103 000 tec en 2009), la tendance était pourtant celle d’un relatif optimisme. « Les fondamentaux sont positifs, explique Anne Mottet, agro-économiste à l’Institut de l’élevage. Le prix à Pâques en 2010 (point culminant annuel de la cotation de l’agneau en France) est resté au même niveau que celui de Pâques 2009. Le prix est donc bon, même s’il n’est pas excellent. D’autre part, les coûts de production ont globalement diminué de 5,1% en 2009, selon l’indice Ipampa. Et le poste des aliments achetés a chuté de 10,8% en 2009, ce qui est plutôt favorable pour les éleveurs. »

Atténuation de la baisse de production en 2010
Les producteurs d’ovins ont également bénéficié du bilan de santé de la Pac mis en œuvre l’an dernier. Ils vont percevoir la nouvelle prime à la brebis dont le montant est identique entre toutes les brebis, qu’elles soient allaitantes ou laitières. Cette aide versée « à la tête » représente un budget total de 125 millions d’euros. Certains éleveurs pourront aussi bénéficier du soutien renforcé pour l’élevage à l’herbe à l’automne 2010, budgété à 1 milliard d’euros et réparti entre le premier pilier (700 millions) et la PHAE (Prime herbagère agro-environnementale). La redistribution des aides de la Pac en faveur de la filière ovine est sans aucun doute une bouée de sauvetage majeure pour relever une production qui ne cesse de décroître depuis une vingtaine d’années. « L’année 2010 devrait également s’avérer difficile, selon le syndicat. D’autant plus que les aides Pac ne seront touchées qu’en fin d’année. » Elles ne sont donc pas la solution miracle, à plus forte raison car elles ne sont pas éternelles, mais elles sont une nouvelle opportunité pour rebondir.

Les axes majeurs de la restructuration : le prix et la technique
Comment relancer cette production et redynamiser la consommation d’agneaux en France ? « Le rééquilibrage améliorera la trésorerie mais ne fera pas de kg d’agneaux en plus. C’est bien le prix et la technique qui feront le revenu de nos entreprises », a expliqué Serge Préveraud, président de la FNO. Et pour parvenir à un revenu décent, tous les éleveurs s’accordent à dire qu’il faut restructurer la filière en profondeur et à tous les niveaux. Il s’agit de la principale solution qui permettra de maintenir la filière à long terme dans un contexte économique instable. En effet, si les coûts de production ont baissé en 2009, ils ont eu tendance à se stabiliser depuis octobre 2009, à l’exception de celui de l’énergie, en hausse. Selon l’agroéconomiste de l’Institut de l’élevage : « Il se peut que les coûts repartent à la hausse. Il faut donc rester prudent sur les prévisions. ». Néanmoins, les prévisions de l’Institut ne sont pas uniquement négatives puisqu’une atténuation de la baisse de production (-3%) est à prévoir en 2010. « La baisse des disponibilités sera moins importante grâce à un retour à la normal de la fertilité des brebis qui est dû à un moindre effet de la FCO (Fièvre catarrhale ovine) », explique Anne Mottet. La consommation devrait, elle aussi, connaître une diminution limitée (-0,6%) en 2010 par rapport à 2009.
Pour faire face aux aléas économiques, la filière va devoir améliorer l’efficacité technico-économique de nombreux élevages. En maîtrisant davantage les coûts de production, notamment le poste alimentaire qui représente un quart des consommations courantes. Grâce à la pâture, à l’intensification fourragère ou encore la production d’aliments à la ferme, une plus grande autonomie alimentaire pourrait aussi devenir possible. Mais aussi via l’appui technique rénové car la production ovine est une production très technique. Autre point déterminant pour améliorer le revenu des éleveurs ovins : l’accroissement de la productivité des brebis, principalement via la génétique.

La contractualisation entre producteurs et opérateurs commerciaux en projet
Mais la compétitivité de la filière ne peut être le seul fait des producteurs. C’est pourquoi, l’accord interprofessionnel validé par les pouvoirs publics le 6 janvier 2010 définit les modalités d’un contrat de commercialisation entre l’éleveur et un (des) opérateur (s) commerciaux (opérateur commercial ou abatteur en cas d’apport direct). L’éleveur s’engageant dans ce type de contractualisation pourrait bénéficier de d’une majoration de l’aide à la brebis. « Sur les 24 euros disponibles à la brebis, nous avons eu la volonté politique d’en consacrer trois à la contractualisation », a expliqué Serge Preveraud, président de la FNO (Fédération nationale ovine). La FNO indiquait d’ailleurs à la veille de son assemblée générale que « 80% des éleveurs ont déjà demandé cette majoration ». Mais ce contrat serait aussi une sorte de garantie d’approvisionnement pour les abatteurs. Car la restructuration devra également se faire du côté des outils d’abattage. « S’il y a moins de cheptel, il y a moins de travail pour les opérateurs en aval. En deux ans, on a perdu 13 000 tonnes d’abattage d’agneaux français sur un total national de 100 000 tonnes, explique Nicolas Douzain, directeur de la FNICGV (Fédération nationale des industriels et commerçants en gros de viande). Il y a une surcapacité structurelle. Cela ne peut pas rester sans suite au niveau des abattages. C’est pourquoi les abatteurs spécialisés ferment des établissements. Dans chaque bassin de production, il y a des discussions pour faire émerger un leader par région. C’est un préalable au maintien d’un élevage digne de ce nom. »

Une mission à mener avec l’accompagnement de l’Etat
Des soutiens financiers et une stratégie de reconquête semblent être un bon début pour aller de l’avant. Mais comment faire lorsque certains freins empêchent d’avancer ? C’est ce qu’ont rappelé nombre d’éleveurs inquiets aux pouvoirs publics en mentionnant notamment la réforme de la cartographie des zones défavorisées qui serait basée sur les seuls critères bio-physiques et non pas économiques. « 80% des brebis sont en zone défavorisée, a rappelé Serge Preveraud. Vous imaginez l’impact de la disparition de la zone défavorisée simple ! Nous souhaitons que la FNO soit directement associée aux débats pour que l’on puisse trouver des critères pour sauver un maximum d’éleveurs concernés. » Autre inquiétude évoquée : l’avenir de la PHAE qui préoccuppe les éleveurs d’ovins. Enfin, les producteurs ont souhaité réitérer leurs demandes en faveur d’une simplification administrative, d’une reconnaissance de la responsabilité des éleveurs en matière d’actes sanitaires, et l’inscription de la viande d’agneau dans l’observatoire des prix et des marges dans le cadre de la LMAP (Loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche). Et tout ceci dans un seul but : « Pour qu’à nouveau la production ovine française devienne une production d’avenir », a conclu le président de la FNO.

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