Protéger les espèces mises en danger par certaines pratiques agricoles serait loin, selon les chercheurs, d’être un simple enjeu de patrimoine. Économies d’intrants, augmentation des rendements par les pollinisateurs, ou optimisation de la gestion des prairies par la diversité végétale, la biodiversité offre aussi des atouts économiques et techniques.
Quand réduire les herbicides ne réduit pas les rendements de céréales
Les pesticides de synthèse sont identifiés comme des pressions majeures sur la biodiversité, mais représentent également des coûts pour les exploitants. Or, dans une étude publiée en 2016 (1) dans Nature, et menée dans cent cinquante champs de blé d’hiver de l’ouest de la France, une chercheuse de l’Inrae et du CNRS montre que les applications d’herbicides ne présentent pas de relation statistiquement significative avec les rendements. Bien que surprenant, ce résultat confirme les conclusions de plusieurs articles publiés dès les années 1990 sur des céréales de printemps, dont le maïs, ces études s’accordant sur une stabilité du rendement avec une réduction de 50 % des traitements. L’une des raisons, avance la chercheuse de l’Inrae « pourrait être que, dans tous les cas, les agriculteurs s’attachent à contrôler les adventices de manière à conserver un rendement minimal ». Dans le même article, la chercheuse montre aussi, sur la base d’une analyse de la diversité végétale, que les herbicides diminuent en priorité les populations les plus rares. La quantité des adventices les plus courantes ne montrerait en revanche pas de lien statistique avec les traitements.
Un tiers de la pollinisation du colza est dû aux insectes
La même équipe de chercheurs de la Zone atelier Val-de-Sèvre a par ailleurs montré, dans un article publié en 2018 dans la revue Agriculture, Ecosystems and Environnement (2), que les parcelles de colza accueillant une plus grande diversité des espèces d’abeille sauvage montrent une augmentation de 30 à 50 % du rendement. Principal facteur : « Une augmentation du succès de fructification et un poids de graine par plante amélioré ». Ces résultats se vérifieraient avant tout pour les abeilles domestiques et les abeilles sauvages, la diversité des syrphes ou des bourdons n’ayant « aucun effet ». Selon les estimations des chercheurs, la pollinisation par les insectes représenterait au total 30 % du rendement des colzas, même si « l’autopollinisation demeure le principal contributeur ». Ces résultats suggèrent, selon les auteurs, « qu’établir une valeur monétaire pour les services de pollinisation dans les assolements présentant du colza pourrait permettre d’équilibrer le coût de la gestion des habitats semi-naturels ou des prairies pour maintenir les populations de pollinisateurs ».
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Moins d’intrants de synthèse dope la prédation naturelle
Loin d’augmenter les dégâts, la réduction des intrants par l’agriculture biologique permet d’augmenter le contrôle par les prédations naturelles, comme le souligne une méta-analyse publiée par d’autres chercheurs de l’Inrae dans Nature Sustainability (3) en 2018. Selon les scientifiques, la présence d’organismes non-désirés serait bien supérieure en général dans les parcelles bio. Avec des différences en fonction des espèces : si les adventices sont plus présentes, les pathogènes seraient moins nombreux et les insectes et animaux en nombre à peu près égal. Mais au total, « les niveaux de régulation biologique sont plus importants en bio », détaille Adrien Rusch, auteur de cette étude. C’est-à-dire que pour un niveau supérieur de contamination des parcelles, ces attaques sont mieux régulées par les prédateurs naturels. Parmi les principales explications : la diversité de plantes dans le champ, qui peut « diluer » la culture hôte en perturbant les insectes et pathogènes. L’absence d’utilisation de pesticides, les rotations plus longues et la diminution de la fertilisation participeraient elles aussi à cette meilleure régulation biologique.
La diversité botanique peut faciliter la gestion des prairies
Au sein du Conservatoire botanique Midi-Pyrénées, François Prudhomme et ses collègues ont développé, avec l’aide de l’Inrae et de la profession agricole, un outil permettant d’effectuer un diagnostic botanique et technique des prairies au travers d’une douzaine d’indicateurs. « Le diagnostic permet de savoir si la prairie est précoce ou tardive, riche en refus ou non, de comprendre aussi les autres services qu’elle peut rendre. » Un moyen de comprendre aussi comment les prairies sauvages et leur diversité représentent un atout pour les éleveurs, même si la productivité peut être plus faible que celle des prairies drainées et fertilisées. Principal avantage : la souplesse d’exploitation, souligne François Prud’homme, alors que les prairies naturelles « peuvent souvent être pâturées ou fauchées sur une fenêtre de temps plus large ». Leur diversité de maturité, avec des prairies plus précoces ou tardives que les prairies « moyennes », peut aussi faciliter la gestion. Enfin, dans un contexte de changement climatique, « les prairies naturelles conserveront sans doute plus facilement leur niveau de qualité », prévient François Prudhomme.