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Viande « Que chacun fasse son travail et tout le monde aura à y gagner »

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À l'occasion de la publication des comptes annuels de LDC, Denis Lambert, le président du groupe, a réaffirmé sa volonté de reconquérir le marché français de la volaille, mais aussi de consolider ses positions en Europe par des opérations de croissance externe. Le patron du numéro un français du poulet est également revenu pour Agra Alimentation sur quelques points qui ont fait l'actualité de la filière volaille ces dernières semaines.

Plus de 40 % de la volaille consommée en France viennent des pays voisins, Allemagne et Pays-Bas en tête. Expliquez-nous concrètement comment LDC compte s'y prendre pour reconquérir le marché intérieur.

La première étape pour le groupe est de continuer à s'améliorer sur le plan de la compétitivité. Nous avons aujourd'hui entre 7 et 10 % d'écart de compétitivité avec les intervenants allemands ou néerlandais. Nous ne comblerons cet écart qu'avec une meilleure performance de nos productions, en modernisant nos élevages mais aussi en introduisant de nouvelles techniques et de nouvelles souches.

Nous essayerons d'aller chercher 3 à 4 %, en mécanisant encore davantage la production, notamment sur les outils de découpe de volaille, que ce soit sur les filets de poulet ou sur les cuisses. Pour être compétitif, il faut réussir à valoriser tous les morceaux, c'est pourquoi nous investissons de plus en plus aujourd'hui sur du matériel qui permet de désosser les cuisses. Et quand vous le faites mécaniquement, évidement, les coûts sont moins élevés que manuellement.

Vous évoquiez lors de la conférence de presse l'abattoir Boscher, qui est un des sites repris à Glon Sanders, pourquoi ?

C'est LE modèle. C'est ce vers quoi nous devons aller pour gagner en compétitivité. Cette usine dispose d'un des meilleurs outils industriels d'Europe, qui permet une réduction des frais de personnels. Ceux-ci sont de 8 à 9 % chez Boscher, contre 15 % globalement chez LDC. À terme, il faudrait que le groupe dispose de 3 ou 4 usines de ce type, pour reprendre les volumes de volaille qui sont aujourd'hui importés en France. Ils sont très importants puisqu'on parle de 1,5 million de poulets par semaine. Et selon les statistiques de FranceAgriMer, les cuisses viennent principalement de Belgique et les filets d'Allemagne ou des Pays-Bas. Des pays, qui contrairement à la France ont investi ces dernières années dans leurs outils de production. Mais la filière de la volaille française est aujourd'hui en ordre de marche.

Justement, que pensez-vous de l'annonce de la reprise de Doux par Terrena ?

C'est une très bonne chose. Il y a de la volonté côté amont, avec ce que fait LDC, mais aussi Glon Sanders. Mais il y a aussi une volonté du côté des industriels. Et l'investissement de Terrena dans le grand export est effectivement un bon exemple. LDC n'est plus tout seul pour affronter la concurrence. Il faut que cette reconquête du marché intérieur soit un vrai enjeu national. Je suis confiant. De plus en plus, les collectivités, mais aussi les pouvoirs publics ont compris que produire en France permettait de garantir de l'emploi et de la création de valeur, donc nous sommes dans un mouvement vertueux.

Pensez-vous que le gouvernement pourrait prendre des mesures pour aider la filière ?

Pas mal de choses sont déjà bien engagées depuis le Pacte national pour la croissance, sur la main d'œuvre notamment avec le CICE sur l'emploi, ou encore sur les investissements. Mais il reste des choses à faire au regard de certains écarts de fiscalité entre les différents pays en Europe. Je vais vous donner un exemple concret. Quand LDC abat 1 tonne de poulet en France, le groupe paye 60 euros de taxes sanitaires, organiques, de formation etc., qui viennent en plus des charges sociales et d'impôts. Ces taxes sont payées à l'Etat, à la région ou encore à la collectivité.LDC a aussi des abattoirs en Espagne et en Pologne. En cumulant dans ces deux pays ces mêmes taxes qu'en France, LDC débourse seulement 10 euros la tonne de poulet abattu. Soit une différence de 50 euros de la tonne, qui multipliée par le tonnage réalisé par LDC, représente un écart de compétitivité de 15 à 20 millions d'euros par an. Que chacun fasse son travail et tout le monde aura à y gagner. Nous et les éleveurs devons investir sur les sites et les outils, afin d'améliorer la productivité. C'est une question de volonté. Et l'Etat à la volonté d'aider la filière.

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Quel rôle devrait jouer LDC dans la constitution d'une interprofession de la volaille comme s'y sont engagés les principaux industriels du secteur auprès de l'Autorité de la concurence, après leur amende pour entente sur les prix ?

LDC jouera un rôle important, mais cette interprofession se fera avec tous les intervenants, du monde agricole et du monde avicole évidemment. Et, ce qui est important, c'est que la grande distribution soit aussi autour de la table pour qu'on puisse aborder tous les sujets. Nos clients n'y sont pas opposés, nous recevons un retour plutôt positif de leur part lorsque nous les interrogeons dans le cadre de la constitution de cette interprofession. Il faut savoir que pendant des décennies, le prix des céréales n'évoluait pas ou peu. Aujourd'hui, nous devons vivre avec les évolutions du marché mondial. Nous ne pouvons pas fermer les yeux.

L'Autorité de la Concurrence souhaite que nous construisions une interprofession la plus large possible. Nous avons une obligation de moyens vis-à-vis de l'autorité pour réussir à construire cette interprofession. Nous allons donc nous y employer.

Vous avez les moyens financiers de réaliser des opérations de croissance externe. Quels sont vos objectifs sur ce plan ?

En Pologne, notre ambition est très clairement de consolider nos positions. Drops est une première opération de croissance externe, il y en aura d'autres. Nous aimerions reproduire sur le marché polonais ce que nous avons fait en France. Sachant que construire LDC tel qu'il est aujourd'hui nous a pris une quarantaine d'années et que nous n'avons commencé à faire les acquisitions qu'au bout d'une quinzaine d'années.

Nous sommes intéressés par toute l'Europe. Il est certain que nous étudierons toutes les opérations de croissance externe qui se présenteront ces prochaines années sans nous limiter à une zone. Je suis persuadé que plus nous ferons des acquisitions hors de nos frontières, plus nous aurons cette culture internationale qui nous manque.

Mais nous serons très sélectifs sur les cibles. Notre bon sens paysan fait que nous préférons payer cher une entreprise qui se porte bien, que de ne pas payer cher une entreprise qui va très mal et qui sera difficile à redresser. Nous avons racheté par le passé beaucoup d'entreprises qui allaient bien et nous sommes toujours dans cette optique là.

N'êtes-vous pas particulièrement prudent concernant vos estimations de résultats pour 2015/2016 ?

Nos prévisions sont à l'image de LDC : raisonnables. Nous sommes au début de l'exercice, et nous attendons de connaître l'évolution des prix des céréales et le niveau de la consommation. Nous avons réalisé une belle performance sur l'exercice écoulé. Si nous faisons plus, tant mieux. Mais déjà, si nous renouvelons la même performance, nous serons satisfaits.