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Filière bovine Quel avenir pour la filière de la viande bovine ?

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La France, qui compte le premier cheptel bovin en Europe avec 20,2 millions de têtes en 2002 et près de 25 races, pour moitié destinées à la production de viande, est traditionnellement grande consommatrice de viande bovine. Si les crises sanitaires successives avaient déréglé tant la production que la consommation, un certain équilibre s’est établi entre l’offre, maîtrisée, et la demande, qui poursuit son repli. Toutefois, derrière ce relatif équilibre se profilent des menaces sur les entreprises fragilisées, et plus globalement sur l’ensemble de la filière bovine, qui, selon certains observateurs, risque un déclin structurel.

Avec le partenariat de l’Essec/IMIA

Au cours des dix dernières années, la demande des ménages en viande bovine a fortement fluctué. Depuis 2002, la consommation se stabilise à quelque 1,6 million de tonnes équivalent carcasse (tec) même si, calculée par habitant, elle ne cesse de poursuivre son lent déclin. Après une première chute en 1996, elle s’était progressivement redressée à la fin des années quatre-vingt-dix, avant de s’écrouler derechef en 2000 et 2001 pour cause de fièvre aphteuse puis de deuxième crise de la vache folle. Au-delà des phénomènes liés à des crises sanitaires, les tendances de consommation ont commencé à se modifier dès le début de la dernière décennie, au profit des viandes blanches, particulièrement du porc très compétitif. En 2004, la demande de viande bovine devrait continuer de diminuer, selon les prévisions.

La production, en hausse constante depuis 2000, s’est elle aussi stabilisée l’an passé, totalisant 1,42 million de tec pour la viande de gros bovins et 0,24 million pour celle de veau. Sans retrouver leur niveau d’avant la crise de 1996, les prix à la production ont augmenté depuis 2001. Cette évolution est liée à une baisse des disponibilités sur le marché en raison d’un recul des importations et d’une forte reprise des exportations. Pour la première fois depuis 2000, le solde commercial de la viande bovine a été excédentaire de 90 millions d’euros l’an passé. Depuis deux ans, les exportations ont repris, même si elles restent en net retrait par rapport à la situation d’avant crises.

Si les prix à la production ont grimpé, les prix de vente industriels de la viande bovine restent, de leur côté, relativement constants depuis 2001. Les transformateurs n’ayant pas répercuté la hausse de leurs coûts d’approvisionnement, les marges qu’ils avaient reconstituées en 2001 lors de la crise de l’ESB, s’érodent, d’autant qu’elles sont pénalisées par les nouvelles charges sanitaires.

Restructuration

En 2002, le secteur comptait près de 426 entreprises de plus de 20 salariés, qui généraient un chiffre d’affaires de 13,8 milliards d’euros avec plus de 50 000 salariés. Le métier de l’abattage est en pleine restructuration : les quatre premiers opérateurs ont réalisé 57 % du chiffre d’affaires du secteur, et les six suivants plus de 11 %.

Pour autant, le tissu industriel demeure composé de nombreuses petites structures. Déjà touchées par les différentes crises sanitaires, il leur faut désormais faire face aux nouvelles exigences de qualité et de traçabilité de la filière. Enfin, deux distributeurs, ITM Entreprise (Intermarché), propriétaire du groupe SVA Jean Rozé (586,3 millions d’euros), et le groupement des Centres E. Leclerc, via Kerméné, interviennent directement dans la filière pour sécuriser leurs approvisionnements.

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Parmi les opérateurs, le groupe coopératif Socopa occupe la première place avec un chiffre d’affaires de 1,86 milliard d’euros en 2002 pour 681 000 t commercialisées et compte 6 500 salariés en France. Face à lui, les groupes Alliance et Bigard, qui contrôlent de concert la Compagnie financière Charal (Charal, Sogéviandes), constituent une fédération d’entreprises, ABC, qui pèse 2,4 milliards d’euros avec 11 000 salariés.

Menaces

Le secteur de la viande bovine se caractérise par une forte intensité capitalistique. Or la marge industrielle (EBE/VA) oscille entre 15 et 30 %, loin des 40 % rencontrés habituellement dans les industries lourdes. Elle se révèle donc insuffisante pour renouveler les investissements des entreprises, souvent obligées de recourir à l’endettement non sans risque pour nombre d’entre elles, dont les structures financières sont fragiles. Le taux moyen de valeur ajoutée (VA/CA) du secteur se situe au-dessous de 20 % et le ratio EBE/CA est inférieur à 5 %. Le secteur est aussi très gourmand en frais de personnel qui représentent environ 70 % de la valeur ajoutée contre 60 % en moyenne pour les industries agroalimentaires.

La marge nette étant faible, les entreprises doivent traiter de gros volumes afin d’amortir leurs charges fixes, ce qui les pousse à la concentration. Mais compte tenu de la faiblesse des capacités d’autofinancement, ce mouvement se fera sans doute davantage par fusions, alliances et regroupements que par acquisitions. Autres ombres au tableau, les nouvelles charges liées à l’enlèvement des déchets, et au financement du service public de l’équarrissage viennent elles aussi peser sur les marges des entreprises déjà mises à mal, allant jusqu’à mettre certaines d’entre elles en réel péril.

Syndrome ovin ?

Confrontée à des coûts de production élevés, à des surcoûts liés à des mesures sanitaires franco-françaises, et à la nouvelle taxe d’abattage, la filière bovine sera-t-elle victime, comme d’aucuns le redoutent, du même syndrome que la filière ovine dont la production nationale ne représente plus que 40 % de la consommation nationale ?

L’avenir de la filière de la viande bovine sera aussi impacté par la nouvelle réforme de la Pac, qui plonge les professionnels dans le doute. La diminution des aides directes pourrait favoriser l’extensification de la production des bovins, qui risque de priver les outils industriels d’une partie de leurs ressources. Or, en 2003 déjà, l’Union européenne à 15 n’a produit que 7,5 millions de tonnes contre plus de 9 millions en 1991, soit une chute de 18 %. Pour la première fois depuis 1970, elle a été déficitaire d’environ 3 %. Le récent élargissement de l’Union ne devrait pas bouleverser la filière, estiment certains, les nouveaux Etats membres apportant l’équivalent de 10 % de la production de l’Union à Quinze. Mais là aussi, l’incertitude demeure.