Abonné

ETUDE/EUROPE Quel est le niveau de concentration de la distribution européenne ?

- - 4 min

Alors que l'Autorité de la concurrence a rendu son avis sur les rapprochements annoncés par les distributeurs français ces derniers mois, un récent rapport commandé par la Commission européenne quantifie la concentration croissante des grands distributeurs en Europe.

Menée pour évaluer l'impact de la concentration de la distribution sur le choix et l'innovation dans les produits alimentaires, une étude récemment commandée par la Commission européenne n'a permis de dégager aucune tendance générale. Mais ce rapport (1), publié en septembre 2014, dresse un état de lieux de la concentration de la distribution alimentaire en Europe, tout en rappelant que la distribution alimentaire reste relativement peu concentrée (et internationalisée) par rapport à d'autres secteurs.

FORTE CROISSANCE DES DIX PREMIERS DISTRIBUTEURS

Entre 2000 et 2011, la part de marché des dix premiers groupes de distribution alimentaire en Europe est passée de 26 % à 30,7 %. Et sur cette période, ces dix premiers groupes sont restés les mêmes, bien que leur position relative ait évolué. Le nombre d'Etats membres dans lesquels la part de marché des cinq premiers distributeurs est supérieure à 60 % est par ailleurs passée de 8 Etats membres représentant 38,4 % de la population en 2000 à 13 Etats membres représentant 52,8 % de la population en 2011.

CERTAINS MARCHÉS VOIENT ARRIVER DE NOUVEAUX ENTRANTS

Le phénomène de concentration n'est toutefois pas complètement linéaire. Dans 16 Etats membres, la progression de petits distributeurs ou l'apparition de nouveaux acteurs (hard discount par exemple) a conduit à une moindre concentration de la distribution moderne, alors qu'elle n'augmenté que dans 10 Etats membres. Pour résumer, les grands acteurs de la distribution sont toujours plus puissants, mais la progression de la distribution moderne, notamment dans les pays d'Europe de l'Est, a permis à de nouveaux entrants (souvent des groupes de distribution étrangers) de pénétrer certains marchés dont la concentration s'est ainsi amoindrie. Compte tenu des taux de croissance de la distribution moderne dans certains de ses pays (voir plus bas), la consolidation n'est peut-être pas pour tout de suite.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Commission européenne
Suivi
Suivre
concurrence
Suivi
Suivre

QUEL IMPACT SUR LA CONCENTRATION DES FOURNISSEURS ?

La concentration de la distribution s'est accompagnée, depuis sa création, de celle des fournisseurs. Et on pointe facilement du doigt le déséquilibre entre les deux parties, tout en rappelant que Coca Cola et une PME n'ont pas le même rapport de force avec les distributeurs. L'étude publiée par la Commission européenne ne relève pas de déséquilibre généralisé. Selon le rapport, la situation est favorable aux distributeurs aussi souvent qu'aux fournisseurs (analyses par catégories de produits et par Etats-membres). Dans des produits comme les céréales ou la nutrition infantile, les fournisseurs sont plus concentrés que la distribution alors que c'est le contraire pour des produits comme le fromage, le jambon ou le pain.

ESSOR FULGURANT DE LA DISTRIBUTION MODERNE À L'EST

Ces grandes tendances ne doivent pas faire oublier que la distribution moderne n'en est pas au même stade dans tous les Etats membres. En 2011, elle représentait plus de 50 % des ventes alimentaires dans 16 Etats membres (dont 12 où sa part de marché dépassait 70 %). Au cours de la décennie précédente, elle a progressé dans la quasi-totalité d'entre eux. S'il reste prédominant dans de nombreux nouveaux Etats-membres, le commerce traditionnel (dont la part de marché dépasse 70 % en 2011 en Roumanie et en Bulgarie) fait face à un essor fulgurant de la distribution moderne. De 2004 à 2012, elle a progressé de 20,9 % en Roumanie et de 18,9 % en Pologne. Notons au passage le cas particulier de la Grèce et de l'Italie. La distribution moderne y reste relativement faible, et elle ne s'y développe pas aussi vite que dans d'autres pays.